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Lohengrin au festival de Savonlinna

vendredi 26 août 2011 par Karine Boulanger
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Erika Wueschner, Elsa ; Richard Crawley, Lohengrin
© Timo Seppäläinen

Confiée à Roman Hovenbitzer, la nouvelle production de Lohengrin du Festival de Savonlinna ne se signale ni par sa cohérence ni par son originalité.

L’ensemble paraît se dérouler dans un musée où l’on expose fresques et objets d’art anciens, avec une grande croix-potence au centre du plateau à laquelle sont accrochés les écus des aristocrates soutenant le Brabant, celui de Friedrich von Telramund étant bientôt remplacé par celui de Lohengrin. Lohengrin, Elsa et son frère semblent au premier acte évoluer dans un monde enfantin, tandis que les actes suivants apparaissent plutôt comme le début d’une prise de pouvoir presque fasciste dans sa façon de dicter des comportements et des modes de pensée. Le héros est présenté en grand prêtre d’un culte nouveau dès le final du second acte et, plus curieusement, en peintre au début du troisième acte, ornant la robe d’Elsa d’un cygne, comme s’il désirait lui imposer à elle aussi le nouvel ordre. Là où Hans Neuenfels à Bayreuth transposait l’action avec nettement plus d’intérêt et de savoir faire, chez les rongeurs, Roman Hovenbitzer choisit de rester dans le volatile, avec toutes ses déclinaisons, que ce soient les ombres chinoises (Elsa, à l’acte I), les cocottes en papier (chœurs de l’acte II) ou le ballet aviaire des suivantes d’Elsa en tutu blanc battant les bras dans une parodie du célèbre ballet de Petipa (actes II et III). Les projections vidéo n’apportent rien à la lecture de l’œuvre ou au propos du metteur en scène, ne constituant qu’une sorte de paraphrase de l’action jouée sur le plateau.

Musicalement cependant, le spectacle avait un tout autre intérêt avec une distribution présentant de belles promesses, mais dont l’ensemble peinait à s’incarner, la faute en revenant peut-être à l’aspect un peu décousu de la mise en scène.

Dans le rôle d’Elsa, Amber Wagner, impressionne par la puissance de la voix, mise en valeur par l’acoustique particulière des lieux, mais aussi par la beauté du timbre, charnu et plein. La voix au vibrato serré paraît sans doute un peu mûre pour Elsa, mais ne déparerait pas une Sieglinde. Le rôle est dans l’ensemble remarquablement chanté, mais on ne trouvera pas dans cette interprétation l’innocence ou la naïveté de la jeune fille (récit d’Elsa, acte I). On regrettera aussi le manque de poésie de la première partie du second acte (« Euch Lüften » et « Es gibt ein Glück »), mais d’un simple point de vue vocal, l’ensemble est de toute beauté. En revanche, la chanteuse dispose d’une véritable autorité, rendant son affrontement avec Ortrud plus équilibré qu’à l’accoutumé (fin de l’acte II, « Du Lästerin ! Ruchlose Frau ! ») et semble presque faire reculer sa rivale. Au troisième acte, le duo avec Lohengrin est malheureusement déséquilibré par le traitement réservé au héros par le metteur en scène. Elsa toutefois prend tout d’un coup une dimension plus émouvante et la chanteuse y fait valoir de très beaux aigus, une voix homogène et veloutée.

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Thomas Hall, Friedrich von Telramund ; Jordanka Milkova, Ortrud
© Timo Seppäläinen

Face à cette Elsa peut-être surdimensionnée, Richard Crawley adapte avec succès sa voix lyrique au rôle très difficile de Lohengrin. Le chanteur en est encore à ses débuts et doit lutter avec une tessiture difficile et un rôle très long. La voix est pourtant intéressante, mais les aigus paraissent parfois étranglés, tout comme le haut médium. Le chanteur arrive cependant au bout de ses interventions sans accident, malgré une tension évidente. Peu aidé par la production, l’interprète reste encore extérieur à son rôle (acte II et surtout duo de l’acte III). La seconde partie de l’acte III est plus intéressante lorsque le chanteur délivre deux monologues très nuancés (beau diminuendo sur « Alljährlig naht von Himmel eine Taube », par exemple). On retiendra donc un bel essai, mais dans un rôle qui est certainement aux limites vocales de ce jeune musicien.

L’Ortrud de Jordanka Milkova, sur les indications du metteur en scène, joue surtout sur la séduction, mais passe peut-être un peu à côté du côté manipulateur et froid du personnage. La chanteuse possède une voix magnifique, très chaude, dotée de beaux aigus, capable de traduire les éclats qui émaillent sa partie (imprécations, finale de l’acte II). Le rôle est très bien chanté, mais le personnage ne semble pas complètement abouti et l’interprète ne paraît pas tout à fait consciente des paroles d’Ortrud, ce qui est dommage pour le début de l’acte II où elle est particulièrement bien soutenu par le chef d’orchestre.

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Jaakko Ryhänen, Heinrich der Vogler
© Timo Seppäläinen

Dans le rôle de Friedrich von Telramund, Thomas Hall délivre une interprétation convaincante, avec un personnage plus agité et vindicatif qu’à l’accoutumé, reléguant presque Ortrud au second plan lors du premier acte. La voix est claire, avec des aigus faciles et l’écriture du rôle ne lui pose aucun problème, à l’exception des passages rapides où la diction perd sa précision (acte II).
Jaakko Ryhänen possède l’autorité du roi Heinrich, mais le phrasé est peu varié et la voix disparaît parfois lorsque le chanteur descend en dessous d’une nuance forte. Le chanteur montre en outre des signes de fatigue évidents au troisième acte. Samuel Youn, en revanche, est un héraut remarquable, plus noble que le roi.

À la tête de l’orchestre et des chœurs du festival, Philippe Auguin alterne de longs moments sans relief et des parties plus réussies comme le début du second acte avec des bois insinuants et de belles envolées des cordes soutenant l’indignation de Telramund, ou encore la seconde partie du troisième acte. Le reste est bien tenu, mais manque parfois de mystère (début de l’ouverture, par exemple), avec des tempi vifs et des tutti parfois trop brutaux (finale de l’acte I, compromis aussi par l’acoustique trop réverbérée). La transition entre les deux grandes sections du deuxième acte s’enlise sans raison et la fin de l’acte peine aussi à s’animer. Les chœurs, enfin, chantent avec un bel ensemble, mais leur nombre et leur puissance déséquilibre parfois l’ensemble avec des solistes inaudibles à la fin de l’acte I et un orchestre luttant pour se faire entendre.

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- Savonlinna
- Forteresse d’Olavinlinna
- 20 juillet 2011
- Richard Wagner (1813-1883), Lohengrin, opéra romantique en trois actes
Mise en scène, Roman Hovenbitzer ; décors, Hermann Feuchter ; costumes, Hank Irwin Kittel ; lumières, Wolfgang Göbbel ; vidéo, Andreas J. Etter
- Heinrich, Jaakko Ryhänen ; Lohengrin, Richard Crawley ; Elsa, Amber Wagner ; Friedrich von Telramund, Thomas Hall ; Ortrud, Jordanka Milkova ; Héraut, Samuel Youn ; nobles brabançons, Joonas Eloranta, Kalla Koiso-Kanttila, Jouni Kokora, Matti Turunen ; pages, Kristel Pärtna, Heini Dahlroos, Michaela Heimsch, Tuuli Takala, Elisabeth Lipinsky, Emma Suszko, Egle Kull, Anu Pulkkinen
- Orchestre et chœurs du festival de Savonlinna ; chef des chœurs, Matti Hyökki
- Philippe Auguin, direction





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