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Lettre à Lise

mercredi 2 juillet 2008 par Bertrand Balmitgère
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Lise de La Salle
DR

Pour le concert de clôture de sa soixante-dixième édition le Festival de Strasbourg avait choisi de rendre hommage à une des plus illustres figures de sa riche histoire. Nous voulons bien sur parler de l’enfant du pays, le chef Charles Munch (1891-1968). Natif de la capitale alsacienne, « le beau Charles » comme aimaient à le surnommer ses admiratrices outre Atlantique, fit les beaux jours de ce festival auquel il donna ses lettres de noblesses. Combien de concerts mémorables, de créations mondiales à sont actif durant ces folles années d’après guerre où Strasbourg brillait encore au firmament de la scène musicale. Le souvenir d’un tel artiste valait bien un concert en son honneur, et quel concert !

Le programme reprenait parmi les œuvres favorites du strasbourgeois avec pas moins de quatre compositeurs : Beethoven, Ravel, Debussy, et Roussel. Autant de répertoires dans lesquels Munch s’illustra. Car derrière le chef, se cachait aussi un véritable ambassadeur de la musique française dans le monde. On ne compte plus les enregistrements (principalement chez RCA) qu’il lui consacra, que ce soit à la tête du prestigieux Orchestre Symphonique de Boston (1949–1962), de l’Orchestre National de l’ORTF (1962–1968) ou du jeune Orchestre de Paris (1967–1968).

Comme chez Munch tout commençait par Beethoven, le concert s’ouvre avec l’ouverture Coriolan. Le chef alsacien en aimait la puissance et le dramatisme. A l’image de l’ouverture Léonore III elle caractérise à merveille le style dit « héroïque » du compositeur à cette époque (1807). L’Orchestre Philharmonique de Strasbourg placé sous la direction de Claus Peter Flor, retrouvait une semaine après un vibrant Fidelio, un de ses répertoires de prédilection. L’OPS en très grande forme, une fois de plus ne trahit pas sa réputation et nous gratifie de neuf minutes de pur bonheur musical.

Mais le meilleur est encore à venir, pour ne pas dire l’excellence, tant la jeune pianiste Lise de la Salle fut impressionnante. Agée d’à peine vingt ans, la cherbourgeoise a fait montre d’une maturité sans pareil dans le Concerto en Sol de Maurice Ravel, un pari pourtant loin d’être gagné d’avance. Achevé au tournant de 1930, ce concerto est l’ultime œuvre de premier plan d’un Maurice Ravel qui peu de temps après sera touché par une maladie cérébrale qui aura finalement raison de lui en 1937. Sorte de testament entre poésie et reflets jazzy, ce melting pot musical aux allures de tourbillon sonore, requiert pour son exécution un interprète à la technique hors du commun.

Il faut donc croire que rien ne semble pouvoir résister aux doigts de Lise de la Salle, qui si elle n’a pas la fureur d’une Martha Argerich (avec Abbado, DG), fait plutôt le choix de l’élégance et de la grâce. Le public strasbourgeois totalement envouté, lui fait un triomphe à la hauteur de sa performance. En guise de bis elle joue un Nocturne de Chopin avec cette même magie qui la caractérise si bien.

La majesté de Lise de la Salle ne doit pas faire oublier l’autre grand acteur de cette soirée, Claus Peter Flor

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Claus Peter Flor
DR

(né en 1953). Le chef originaire de Leipzig qui fut l’élève de Rafael Kubelik et de Kurt Sanderling à qui il succéda à la tête de l’Orchestre Symphonique de Berlin, fait l’étalage de toute sa science au bon sens du terme. On s’étonne d’ailleurs de voir une telle baguette ne pas être à la tête d’une prestigieuse formation (il n’est actuellement « que » chef principal invité de l’Orchestre Symphonique Giuseppe Verdi de Milan).

Aussi à l’aise dans Beethoven que dans Ravel, Claus Peter Flor qui a plus d’une corde à son arc, est brillant dans Iberia de Debussy. Ce cycle de poèmes symphoniques est extrait du troisième livre d’Images, composés entre 1905 et 1908. A la différence des deux premiers opus consacrés au piano, celui-ci il est dédié à l’orchestre. Dans la lignée de la Mer par sa maturité et son enchantement, Iberia qui puise son inspiration dans cette Espagne qui fascinait tant Debussy et ses contemporains, frappe par son ascèse et ses couleurs harmoniques chatoyantes. L’éloquence de l’orchestre fait le reste.

C’est la deuxième suite de Bacchus et Ariane d’Albert Roussel (1869-1937) qui fut choisie pour clôturer cette soirée de gala. Musique de ballet composée par Roussel en 1930, elle est contemporaine de sa Troisième symphonie (1929-1930) dont elle se rapproche en bien des aspects. Ce choix n’est pas anodin car Charles Munch fut un ardent défenseur des œuvres du compositeur tourquennois. Il fut d’ailleurs le créateur de la première suite du ballet. Tonitruante et massive, la deuxième suite de celui que l’on appelle parfois le « Chostakovitch français » est aussi dionysiaque. Véritable peinture de la société française des années trente en plein dualisme, marquée par les horreurs de la première guerre mondiale tout en aspirant à jouir de la vie. A la fin du concert l’OPS y alla aussi de son bis et donna Un bal de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz (1803-1869), l’œuvre fétiche, symbolique même de l’art de Charles Munch. Le public aux anges applaudit la performance à tout rompre mais ce n’est pas faire injure à l’OPS de dire qu’à titre personnel nous préférons l’original à la copie.

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- Strasbourg
- 28 juin 2008
- Palais de la Musique et des Congrès
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Coriolan, Ouverture Op.62 ; Maurice Ravel (1875-1937), Concerto pour piano en Sol ; Claude Debussy (1862-1918), Iberia ; Albert Roussel (1869-1937), Bacchus et Ariane, 2e Suite
- Lise de la Salle (piano)
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Claus Peter Flor, direction











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