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Les trois premières

lundi 18 avril 2011 par Richard Letawe
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Louis Langrée
© B. Ealovega

L’éternel retour de Louis Langrée à Liège a été un peu retardé cette saison. L’ancien directeur musical de l’OPL aurait déjà dû diriger l’orchestre fin du mois de mars dans la Septième Symphonie de Bruckner, mais il a dû déclarer forfait pour cause de dos récalcitrant, remplacé alors par Christoph Campestrini. On le retrouve donc la semaine suivante, visiblement encore un peu souffrant, pour un programme tout symphonique, mêlant les Premières Symphonies de Mozart, Beethoven et Brahms. Comme toujours lorsque Louis Langrée dirige l’OPL, le public était présent en foule à la Salle Philharmonique.

Louis Langrée semble éprouver de l’affection pour la petite Symphonie n°1 de Mozart que nous l’entendons, si nos souvenirs sont justes, au moins diriger pour la troisième fois ce soir. Il la traite avec beaucoup de respect et de sérieux, donnant une version à la fois énergique et élégante de cette œuvre de jeunesse. Le mouvement le plus intéressant de cette interprétation est l’Andante, qui peut être fastidieux sous des baguettes peu imaginatives, auquel les phrasés assez abrupts adoptés par le chef apportent une pointe d’inquiétude et de noirceur qui semble déjà annoncer les chefs d’œuvre de la maturité du compositeur. En formation assez nombreuse, l’orchestre fait preuve de bonne volonté, mais a déjà beaucoup mieux joué Mozart dans le passé : les bois manquent de caractère, et le jeu des cordes n’a pas la précision des grands soirs.

La transparence de l’OPL, si souvent louée, n’est pas au rendez-vous de la Symphonie n°1 de Beethoven : les tutti manquent d’équilibre et de fini, les pupitres sont touffus, et les sonorités n’ont pas le charme et le brillant habituel. L’orchestre est pugnace et engagé, mais comme dans Mozart, il a laissé de meilleurs souvenirs précédemment, et laisse une impression de manque de sérénité et de netteté.

Louis Langrée dirige cette symphonie avec la fougue qui le caractérise dans ce répertoire, qui s’exprime dans un premier mouvement plein de punch et de vie, aux accents bien marqués et aux phrasés tranchants. On admire encore l’Andante, à la pulsation idéale, et qui est marqué par des phrasés raffinés et poétique, mais toujours simples et naturels, sans l’ombre d’un maniérisme. Les deux derniers mouvements sont conduits avec la même force par le chef, mais celui-ci perd un peu son emprise sur la conduite du discours, qui apparaît assez morcelée, le finale perdant parfois en tension, ce sont aussi les mouvements où les faiblesses de l’orchestre sont les plus notoires. On ne peut s’empêcher de penser, après cette symphonie de Beethoven, que le couple OPL-Langrée a déjà fait bien mieux que cela.

Heureusement, la Symphonie n°1 de Brahms renouera ensuite le lien avec les plus beaux souvenir liégeois de Louis Langrée. L’orchestre d’abord retrouve des couleurs : les cuivres sont sûrs et robustes, les cordes sont lumineuses et endurantes, les bois sont tranchants, le timbalier est d’une précision rigoureuse, et surtout, tous les pupitres se répondent enfin harmonieusement, et forment un tout cohérent, sans laisser de place à l’imprécision ou au laisser-aller. A la tête de cet instrument docile, souple et léger, qui rappelle le niveau atteint durant son mandat liégeois, Langrée peut donner la pleine mesure de ses talent de chef.

On surnomme parfois cette symphonie la Dixième de Beethoven, tant Brahms, obsédé par la figure tutélaire de la musique allemande a placé pour composer sa Première Symphonie ses pas dans ceux de Beethoven. Cette filiation est particulièrement perceptible dans la direction de Louis Langrée, qui en donne une version nerveuse et cinglante, très éloignée des confortables interprétations traditionnelles, sans toutefois la sécheresse qu’y mettent parfois les chefs « baroqueux » qui se sont emparés de ce répertoire. La Première de Brahms par Langrée est brûlante et turbulente, suffocante parfois par sa ténacité et sa radicalité. Les deux mouvements extrêmes sont une pure merveille d’intelligence, de cohérence et d’intégrité, le discours est parfaitement cohérent, toujours tendu et logique, le chef menant l’Allegro initial d’un pas ferme, mais sans s’interdire un rubato subtil et naturel. Chaque épisode semble nécessaire, la gestion des transitions se fait dans la plus grande simplicité, et le crescendos sont conduits avec un sens des proportions et de la tension admirable. Très fluide, le finale n’est ni pesant ni boursouflé, l’arrivée du thème beethovénien fait l’effet d’une libération, d’un lumineux hymne à la joie qui s’étend alors sur de longues minutes de ravissement et d’ivresse, jusqu’à une coda enlevée de main de maître, portée par un orchestre incandescent. Moins spectaculaires, plus intimes, les deux mouvements centraux ne sont pas les parents pauvres de cette interprétation, joués avec un soin extrême apporté aux nuances et la douceur des phrasés, ils sont d’une fraîcheur jubilatoire, le chef prenant un malin plaisir à y cajoler ses pupitres.

La saison de l’OPL se poursuit avec plusieurs très beaux rendez-vous dans les prochaines semaines : la Turangalîla-Symphonie de Messiaen la semaine prochaine, dirigée par Pascal Rophé, le Week-end à la belge du 06 au 08 mai, ainsi qu’une tournée qui mènera l’orchestre à Varsovie et Vienne sous la direction de Louis Langrée.

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- Liège
- Salle Philharmonique
- 01 avril 2011
- Wolgang Amadeus Mozart (1756-1791), Symphonie n°1 en Mi bémol majeur KV16
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Symphonie n°1 en Ut majeur Op.21
- Johannes Brahms (1833-1897), Symphonie n°1 en ut mineur Op.68
- Orchestre Philharmonique de Liège
- Louis Langrée, direction











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