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Les élans du coeur

vendredi 10 octobre 2008 par Bertrand Balmitgère
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Andras Schiff
DR

Si la clôture de la saison 2007/2008 de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg avait pris des allures d’apothéoses, on se demande encore quels qualificatifs pourraient être employés au sujet de ce concert d’ouverture de l’exercice 2008/2009.

Au programme, le Concerto pour piano n°1 de Brahms, suivi d’Une vie de héros de Richard Strauss. Deux œuvres qui, comme le rappelait justement l’intitulé donné à cette soirée, sonnent comme les derniers feux du romantisme.

Le Concerto de Brahms, œuvre à la genèse tourmentée (1854-1859), est à l’image de ce XIXème siècle qui le vit naître. Il demande un subtil mélange entre fureur, sentiment et une certaine idée de la grandeur. Marc Albrecht à la baguette et Andras Schiff au piano nous en donnèrent une définition des plus remarquables.

Honneur au soliste pour débuter. Comment décrire Andras Schiff et son jeu ? Résumer en quelques lignes l’homme et son art serait un exercice presque impossible et réducteur. Andras Schiff semble tout droit sorti d’un salon du XIXème siècle. Tout dans son personnage ramène à cette image, que ce soit sa tenue, sa gestuelle et même son style musical. Il est de la race des seigneurs, des aristocrates du piano. Ce soir là, il se fit le meilleur interprète au sens premier du terme de ce concerto piano n°1 de Brahms. Le public semblait admiratif, impressionné même par tant de classe. Toute la salle Erasme, y compris l’orchestre, était comme suspendue à chaque toucher, à chaque méditation du pianiste hongrois. Entre les mouvements on pouvait entendre s’élever des travées une rumeur de satisfaction.

Il faut dire que la performance de Schiff ne pouvait pas laisser indifférent. Il démontra qu’il avait parfaitement compris les ressorts de ce concerto, de cette œuvre bien plus personnelle qu’elle n’y paraît. Portant en elle le message à peine voilé d’un Brahms épris, passionné pour Clara Schumann. D’un Brahms qui souffre. Quel plus grand supplice peut-il y avoir pour un homme que de ne pas pouvoir partager son amour et de le vivre avec la femme qu’il aime ? Dans ces notes de musique, tout est dit. Après l’éclatement du premier mouvement tout en majesté, Andras Schiff nous livra un Adagio d’une rare intimité, délicat, où l’on pouvait entendre l’écho des élans du cœur de Brahms. Comment ne pas être touché par cette musique qui vient du cœur, par ces vrais instants d’émotion pure où plus d’un y aura reconnu l’un ou l’autre épisode de sa vie.

Tout au long de cet exercice d’équilibriste, Marc Albrecht, fin connaisseur de ce répertoire romantique (à l’instar de l’OPS) où il brilla plus d’une fois, laissa judicieusement Andras Schiff dans son monde, ne brisant pas ainsi ce miraculeux équilibre qui s’instaura entre le soliste et l’orchestre. A Schiff la recherche des sentiments et de l’émotion, à l’OPS leur résonance.
Inutile de préciser que l’ovation que réserva le public au pianiste fut à la hauteur de ses prouesses. Une longue acclamation comme on n’en avait pas vu depuis fort longtemps. L’enthousiasme que peut parfois produire la musique sur une salle de concert fait plaisir à voir.

Une Vie de Héros de Richard Strauss, est un de ces poèmes symphoniques qui en concert peuvent donner lieu à un embrasement sonore d’une rare intensité. Une vraie occasion pour tout bon orchestre de briller et de faire étalage de sa maitrise et ses moyens.
Au vu de sa chronologie (1898), on peut qualifier l’œuvre de dernière charge héroïque (ou chant du cygne à voir) du romantisme, à la fois par sa verve et par sa fougue. Cette symphonie à programme fut inspirée par les expériences vécues par Strauss dans sa ville natale de Garmisch-Partenkirchen, comme compositeur et comme chef d’orchestre. C’est à ce propos un éclairage intéressant sur la personnalité du compositeur, qui se voyait lui-même en héros, un véritable leitmotiv, n’hésitant pas à se mettre en scène dans ses œuvres. Richard Strauss se voulait héritier de la grande tradition romantique de l’écriture de soi.

Marc Albrecht évita le piège de l’excès que tend la musique de Strauss. La tentation d’en faire trop, de se donner en spectacle est souvent là pour les musiciens. Au lieu de cela, l’OPS nous donna à entendre une lecture des plus épurée, toute en fluidité. Ce Strauss vidé de son superflu est un ravissement. Très loin des torrents sonores que l’on peut parfois entendre, l’auditeur pouvait se laisser guider au travers des épisodes de la vie mouvementée du héros. Le tout porté par des cordes soyeuses, des cuivres tonitruants à souhait et des percussions qui s’en donnèrent à cœur joie.

Dans cette nuit des héros, l’orchestre et son chef tenaient le premier rôle. On ne répétera jamais assez que depuis l’arrivée de Marc Albrecht à Strasbourg, l’OPS apparait comme transfiguré. Sa progression n’a de cesse de nous étonner. Le choix d’un répertoire qui lui sied bien, de solistes de tout premier ordre qui tirent l’orchestre vers le haut, y sont surement pour beaucoup. Avec de telles promesses, on n’attend désormais plus qu’une seule chose. Que la suite de la saison soit toute aussi enthousiasmante et même plus si affinités...

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 25 septembre 2008
- Johannes Brahms (1833-1897), Concerto pour piano et orchestre n° 1, en ré mineur Op.15 ; Richard Strauss (1864-1949), Ein Heldenleben, poème symphonique, Op.40
- Andras Schiff, piano
Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Marc Albrecht, direction






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