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Les argentins aux pieds de plomb

jeudi 5 janvier 2012 par Cyril Brun
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Christian Vasquez
© Wolf Marloh

Qui aurait pensé que les danses argentines de Ginastera et la Symphonie espagnole de Lalo pourraient être ainsi alourdies ? Un orchestre d’ordinaire si habitué à la finesse et à la légèreté, a cette fois-ci coiffé d’une écrasante chape de plomb la légèreté argentine et la frivolité espagnole.

D’emblée, les percussions furent trop en dehors du style, comme « à côté » du reste de l’orchestre. Dans la danza del trido, les pizzicati, comme les flûtes furent notablement indépendantes, suivant chacun deux lignes distinctes. Pareillement, les cors d’habitude si enchanteurs, ont fait cavaliers seuls, posés pourtant sur un superbe tapis de violons. Exception dans ce numéro, car le quatuor fut globalement trop massif, au point que les solistes ne faisaient que se poser dessus, sans véritablement danser avec lui. Pareillement, dans Los planes de hacienda, les cuivres en bout de souffle ne parvenaient que difficilement au terme des phrases, tandis que l’ensemble des accords tenaient plutôt du pilon. La danza final ne parvenant pas à décoller, entraîna un décalage de tempo. Les différents corps d’instruments ayant du mal à rester ensemble, chacun semblait se courir après. Toutefois, le final fut d’une impeccable précision entraînant toute la salle dans cette montée irrésistible du tempo di malembo.

Mais la lourdeur reprit avec le tutti d’ouverture de la Symphonie espagnole. Tutti lourd et écrasant. L’orchestre ne retombait pas sur ses accents avec le soliste qui du reste ne jouait pas avec lui. Pris dans ses propres rubati, Augustin Hadelich est resté longtemps indépendant de l’orchestre, sans dialoguer avec la flûte par exemple. Le second mouvement, trahissait un ensemble peu sûr qui déséquilibrait l’œuvre au point de perdre la subtilité du soliste. Les ritenuti délicats semblaient faire patiner la pièce. On sentait le soliste gêné lui-même dans cette incertitude. Il fallut attendre le troisième mouvement pour profiter vraiment du talent d’Augustin Hadelich et de sa grande fluidité. Enfin, si l’on parvenait à faire abstraction de cette double ligne qui séparait l’orchestre et le soliste, le quatrième mouvement fut de la part de celui-ci un enchantement. Mais les accents plaqués et quasi militaires du final ont plombé la dynamique par une absence répétée de fin de phrase. C’est sans doute, pourtant, dans ce mouvement que le public put le mieux apprécier toutes les qualités du jeune violoniste.

Les mêmes travers se retrouvèrent dans la Symphonie n°5 Tchaïkovski. Les forte, comme les accents étaient tout autant écrasés. On était surpris par des nuances si scolaires et des soufflets qui n’étaient en fait que des accents. Si les soli du second mouvement furent admirables, témoins de ce dont l’orchestre est d’ordinaire l’acteur enchanteur, ces derniers perçaient difficilement sous de lourdes cordes. Les thèmes semblaient plus juxtaposés sur des basses d’une incroyable lourdeur. Le jeu d’accords accentués en saillies relevait plus de Berlioz que de Tchaïkovski. L’harmonie semblait venir briser sans cesse la ligne mélodique dans un ensemble toujours très lourd. On a cherché tout du long la ligne d’interprétation et la direction, pour finalement devoir se contenter d’une suite de morceaux choisis.

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- Monaco
- Auditorium Rainier III
- 11 décembre 2011
- Alberto Ginastera, (1916-1983) quatre danses du ballet Estancia, op.84
- Edouard Lalo (1823-1892), Symphonie Espagnole pour violon et orchestre en ré mineur, op.21
- Piotr Ilytch Tchaïkovski (1840-1893), symphonie n° 5, en mi mineur op. 64
- Augustin Hadelich, violon
- Orchestre philharmonique de Monte Carlo
- Christain Vasquez, direction.











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