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Les Prazak, lueurs dans un ciel obscurci

mercredi 1er février 2012 par Vincent Haegele

Le Quatuor Prazak est un invité régulier de la Biennale de Quatuors à cordes qui fête, cette année, sa cinquième édition consécutive, et affiche une belle santé, compte tenu de la fréquentation qu’elle génère. Ensembles en devenir et valeurs sûres se croisent l’espace d’une petite semaine, et généralement autour d’une seule et même thématique, en l’occurrence, Wolfgang Rihm pour cette année. Cette intégrale Rihm a pu réserver quelques belles surprises, tenant parfois du miracle : on n’attendait pas vraiment les Prazak dans ce répertoire, c’est pourtant avec lui qu’ils ont réussi pleinement à nous convaincre.

Voilà déjà quelques années que l’on se pose des questions angoissées sur l’état de santé du Quatuor Prazak en soi : la question, un temps suspendue à la forme chancelante de son primarius, Vaclav Remes, semblait avoir été résolue avec son remplacement par le professeur Pavel Hula. Mais, il y a un mais, ce remplacement n’a sans doute pas permis à l’ensemble de retrouver son équilibre d’autant : plus seul que jamais, c’est le violoncelliste Michal Kanka qui réalise un travail d’abattage surhumain pour tenir ce qui peut encore se révéler une magnifique machine musicale. La preuve en est, s’il le faut, dès le premier mouvement du redoutable Quatuor n°7 de Ludwig van Beethoven, où le violoncelle se fraie un chemin avec une grâce souveraine, au milieu d’approximations stylistiques qui font parfois peine à entendre. Notre impression est de ce fait terriblement mitigée, partagée entre un sentiment de bonheur (à l’écoute notamment du Quatuor n°4 de Wolfgang Rihm, moment où la sauce semble enfin trouver une température idéale) et un sentiment de peur, tant la fragilité de l’ensemble semble en permanence prête à voler en éclat.

De ce fait, le très rare Quintette à cordes op.29 de Beethoven qui ouvre le concert n’est pas exempt de certaines maladresses et défauts récurrents, notamment pour ce qui concerne les passages les plus techniques : autant le premier mouvement est solidement bâti autour d’un dialogue très fin entre les deux altos et les deux violons (le violoncelle réduit d’une certaine manière à la ponctuation harmonique n’en est pas moins extraordinairement présent), autant le final, qui réserve au primarius l’intégralité des prouesses, techniques, se révèle un mouvement piégé et déçoit forcément l’auditeur. Par ailleurs, quelle bonne idée d’avoir convié Vladimir Bukac pour assurer la partie de second alto dans ce quintette trop régulièrement boudé par les formations. Les interventions des deux instruments mediums sont d’une grande finesse et d’une belle inventivité, quand les violons restent prudemment dans un sentier balisé.

Mais c’est véritablement, après ce hors-d’œuvre en Ut majeur, le Quatrième quatuor de Rihm qui ouvre pour de bon le bal : d’une difficulté technique relative, ce quatuor n’en est pas moins une merveille d’architecture et de précision. Il y a des éléments troublants dans la musique de ce Rihm-là, qui oscille en permanence entre la tentation de l’épure et les délices de la complexité cérébrale, les phrases tonales aux reliefs cassants, les grandes plages de rêveries musicales et les accès de violence jamais contenu. Rihm apparaît très libre dans ce type d’écriture, un temps abandonné au profit d’une exégèse plus « darmstadtienne » et naturellement plus stérile, et le retour opéré ces dernières années vers un langage personnel et toujours intéressant, bien que moins violent, plus primesautier (!) et parfois surprenant. Le Quatuor n°4 porte, quant à lui, très bien son héritage beethovénien : les figures qui s’enchaînent s’inscrivent dans une tradition réelle, mais sont subitement subjuguées par des irruptions théâtrales qui auraient pu être mises en musique par un Chostakovitch tardif. Sans cesse retournant au canevas initial, le premier mouvement traite de choses graves et tristes de la façon la plus digne et la moins consensuelle, et ce quatuor, décidément étonnant, fait la part belle aux effets acoustiques les plus extrêmes à partir du deuxième mouvement. On est certes très loin de la violence magistrale du Quatuor n°5, mais assurément, la pièce ne laisse guère indifférent.

Plus naturel et plus décontracté, le Quatuor n°12, donné également par des Prazak très convaincus par ce qu’ils font (et qu’ils font bien) nous laisse néanmoins plus sur notre faim, malgré une construction logique et d’un fil conducteur tenu. Moins convaincant dans sa forme et dans son contenu, ce Douzième quatuor reste malgré tout de très belle facture et constitue une agréable introduction au monument qu’est l’Opus 59, n°1 de Beethoven. Monument, qui, hélas, s’enchaîne difficilement pour un quatuor déjà fatigué par l’effort fourni auparavant et dont le premier violon ne trouvera jamais les clés pour surmonter les obstacles mis sur sa route. Cela sonne mal et à plus d’une reprise, surtout dans le premier mouvement, la confusion s’installe. Un très bel Adagio ne parviendra pas à nous faire oublier la curieuse sensation de gêne ressentie durant l’exécution du quintette introductif.

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- Paris
- Cité de la Musique
- 21 janvier 2012
- Ludwig van Beethoven (1770-1827) Quintette à cordes en Ut majeur op. 29 ; Quatuor n°7 en Fa mineur op. 59 n°1
- Wolfgang Rihm (1952) : Quatuors à cordes n°4 et n°12
- Vladimir Bukac, alto
- Quatuor Prazak











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