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Les Pêcheurs de perles

jeudi 3 avril 2008 par Richard Letawe

Après le Roi d’Ys à l’ORW, notre week end d’opéra français se poursuit cette fois au Grand Théâtre de Reims, avec les Pêcheurs de Perles, encore une production de Saint Etienne, mise en scène elle aussi par Jean-Louis Pichon, mais qui est d’abord passée par Shanghai, et y a gagné une distribution chinoise avant d’atteindre la cité champenoise.

De la production, on retient surtout les décours, un peu à l’étroit sur la petite scène rémoise, la plupart du temps un joli promontoire qui sert de lieu de prières, et lors du premier tableau de l’acte III, l’intérieur d’un temple, figuré par un mur évoquant les ruines d’Angkor, qui est d’ailleurs applaudi par le public lorsqu’il est dévoilé. A part ces beau décors, on assiste à une mise en scène très classique, sans contresens ni audace, où les pécheurs de perles ne sont ni des rescapés du tsunami ni des dockers de Rotterdam. Le seul élément perturbant est la coiffure très années 80 de Nadir, dont le brushing et les mèches longues dans le dos font penser à un croisement entre un footballeur et un chanteur de boys band.

La distribution est donc chinoise. En d’autres occasions, il nous est arrivé de regretter que les emplois dans le répertoire français, en France d’autant plus, soient trop souvent confiés à des chanteurs non francophones sans éclat, qui massacrent la langue, alors que tant de jeunes chanteurs du cru vivotent entre chômage et rôles mineurs. Dans ce cas-ci cependant, la distribution n’est pas le résultat du travail d’influence des agents, ou du complexe d’infériorité que les francophones ressentent trop souvent en matière musicale, mais d’un projet cohérent, et d’une démarche de coopération culturelle bien menée. De plus, ces Pêcheurs de perles franco-chinois montrent que le rayonnement à l’étranger de l’opéra français peut passer par d’autres titres que Carmen ou Faust.

Bien sûr, cette distribution chinoise implique un niveau artistique moindre, non pas en terme de qualité de chant, qui est très honorable, et souvent excellent, mais en matière de diction, de maîtrise de la prosodie, malgré le stage que les chanteurs ont pu faire à Saint Etienne. Le français est une langue difficile, et pour des palais chinois non entraînés, certains sons semblent même impossibles à prononcer : on ne compte plus le « pour » ou les « par », qui se transforment en « prrr ». On entend donc des accents très improbables, des sons bizarres, on sent que les chanteurs n’ont pas une totale compréhension des mots, et les surtitres sont donc bien utiles. Pourtant, cette distribution est tellement sympathique, fait de tels efforts, et s’implique avec tant d’enthousiasme et de probité artistique, qu’on a envie de la soutenir et d’être convaincu.

Le chant est donc de bonne tenue, et malgré qu’il soit rendu périlleux par l’absence de maîtrise de la langue, deux des membres du quatuor de solistes sont vraiment mémorables. Chen Yong tout d’abord, au chant remarquablement souple, à l’aigu facile, et au timbre clair, plein de lumière, est un Nadir splendide, émouvant et très impliqué. Sa partenaire Xiao-Ying Xu est une révélation en Leila : sa voix est longue et bien timbrée, les aigus sont puissants et justes, et elle ne crie jamais. Sa prononciation est parfois un peu bousculée, ce qui nuit à la fluidité de son chant, mais elle semble très bien comprendre son texte, et se montre très touchante. Le Zurga de Xiao-Yong Yang est un cran en dessous : la voix est belle, mais le vibrato est bien trop prononcé, et il se trompe souvent dans son texte. Malgré cela, il reste honorable, car son chant est très généreux, et il campe bien son personnage, jaloux, colérique mais également charitable. Nourabad, le grand prêtre est un rôle beaucoup moins développé, que Qi Xu tient dignement. Son français est en outre le plus compréhensible des quatre.

Les chœurs sont français, et du côté des hommes, sont assez médiocres : ils chantent faux, et pas ensemble. Les dames, au chant juste et aux timbres assez flatteurs, relèvent heureusement le niveau. L’Orchestre du Grand Théâtre de Reims connaît quelques faiblesses parmi les cordes, en léger manque d’agilité, mais a des bois d’un très bon niveau, et le pupitre de cors est rayonnant. Le chef Zhang Guo Yong fait preuve d’un solide métier. Le premier acte est un peu trop appuyé, et manque de nuances, mais les deux suivants sont beaucoup plus pertinents : aérés et légers, le chef y fait preuve de finesse, et d’un allant remarquable.

La salle est particulièrement bien remplie pour cette représentation en matinée, d’un public un peu bruyant, mais enthousiasmé par cette attachante production des Pêcheurs de perles.

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- Reims
- Grand Théâtre
- 30 mars 2008
- Georges Bizet (1838-1875), Les pécheurs de Perles, opéra en trois actes sur un livret de Michel Carré et Eugène Cormon
- Mise en scène, Jean-Louis Pichon ; Chorégraphie, Zhu Xu ; Décors et costumes, Frédéric Pineau ; Lumières, Michel Theuil ; Assistante à la mise en scène, Sylvie Auget ; Interprète, David Li Wei
- Leila, Xiao-Ying Xu ; Zurga ; Xiao-Yong Yang ; Nadir, Chen Yong ; Nourabad, Qi Xu
- Danseurs : Song Wei ; Yang Xiaoxi ; Sun Peng ; Liu Yan
- Chœur : Atelier Lyrique, collaboration Grand Théâtre de Reims-Orcca/Mission Voix ; Chef de chœur, Hélène Le Roy
- Orchestre du Grand Théâtre de Reims
- Zhang Guo Yong, direction






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