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Les Pacifica au Louvre : qu’est devenue l’école américaine du quatuor ?

dimanche 14 novembre 2010 par Carlos Tinoco
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Pacifica Quartett
DR

Les conditions d’enregistrement étant ce qu’elles sont désormais, il faut toujours aller écouter les artistes sur scène pour savoir de quoi il retourne. On avait aimé l’intégrale Mendelssohn des Pacifica, l’un des meilleurs quatuors américains de ces dernières années, et on était curieux de les découvrir en concert. Un programme très copieux, et une grande déception.

On l’avait écrit à propos de l’intégrale Beethoven du Quatuor Alexander, on ne peut utiliser le qualificatif « américain » en matière de quatuor de façon péjorative. Le souvenir est encore trop vif des Juilliard, des Lassalle, des Fine Arts (première mouture), des Cleveland ou des Guarneri. Le doute a commencé à s’insinuer avec les Emerson, qui constituent un des plus grands paradoxes de ces vingt dernières années dans le domaine. D’un niveau technique superlatif, ils ont laissé des disques d’un fini irréprochable et leurs concerts témoignaient (ce n’est plus vraiment le cas) du fait que cela ne devait rien aux artifices du studio. Mais combien de leurs enregistrements documentent de manière essentielle les répertoires qu’ils ont abordés ? Combien de leurs concerts nous laisseront une marque impérissable ? À notre connaissance, pas un, même si on hésite à l’écrire, tant ils ont pu se révéler impressionnants.

S’agissant des Pacifica, le constat est encore bien plus dur. Là aussi, un niveau technique de haute volée, si on excepte une faiblesse du côté du second violon (mais peut-être est-il passé complètement à côté de son concert car la carence ne nous était pas apparue au disque). Dans un programme aussi exigeant, on pouvait apprécier la qualité de la mise en place (et Dieu sait combien c’est difficile pour le Quatuor n°4 de Bartók ou pour le Deuxième de Janacek), mais on n’a rien apprécié d’autre. L’ « Alouette » de Haydn avait encore une conduite, même si elle nous a paru très discutable. Enjolivé à l’excès, ce Haydn laissait un goût de sucre et une impression de superficialité, du fait notamment de l’arbitraire des phrasés et des rubatos de Simin Ganatra, peu tempérée par la réponse du violoncelle et de l’alto, dont on avait l’impression qu’ils étaient trop occupés à lui construire l’écrin de princesse qu’elle demandait, pour pouvoir même tenter d’emmener l’œuvre ailleurs.

À partir du Quatuor n°4 de Bartók, on a commencé à se demander s’il y avait même une vision de l’unité de l’œuvre. La gestion du tempo, notamment, est devenue incompréhensible. C’est même une expérience rarement vécue : d’habitude, même quand on n’aime pas une interprétation, on en aperçoit le dessein et on peut anticiper sur tel ou tel rubato, sur telle ou telle conclusion, sur le moment où va tomber telle attaque. Là, rien, la surprise constante, et un chemin erratique dont on ne peut jamais prévoir où il va nous mener à la phrase suivante. Comme si tous les quatre, et en particulier le premier violon, étaient en train de chercher phrase par phrase comment y créer un effet (dynamique, de timbre, de phrasé), sans jamais se préoccuper de son insertion dans l’ensemble.

Le magnifique deuxième quatuor de Janacek s’est enchaîné dans la même absence de perspective qui ne laissait subsister de l’œuvre que des moments épars d’un lyrisme dont l’adéquation stylistique était pour le moins sujette à caution. Car, et c’est à signaler, l’une des constantes tout au long du concert, c’est cette incapacité à s’approprier les idiomes viennois, MittelEuropa, ou slaves, autrement que dans une lointaine caricature qui faisaient penser à la manière dont une certaine Amérique réinvente parfois une Europe de carton-pâte pour en faire le décor de ses casinos. Quand on repense à la manière dont les Juilliard pouvaient devenir incroyablement germaniques, à ce mélange d’intégrité et de respect stylistique qui a fait la marque des quatuors américains cités plus haut, le jeu des Pacifica laisse perplexe !

Finalement, c’est dans « la jeune fille et la mort » que le décalage a été le moins flagrant, comme si dans la fougue romantique ils trouvaient enfin une écriture dans laquelle ils peuvent se couler. On a retrouvé alors l’énergie et le dynamisme qui nous avaient séduit dans leurs disques Mendelssohn, mais cette impression favorable n’a pas permis de masquer les doutes que le reste du programme avait fait surgir.

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- Paris
- Auditorium du Louvre
- 03 novembre 2010
- Joseph Haydn (1732-1809), Quatuor en ré majeur Op64 n°5 Hob.III.63, « l’Alouette »
- Béla Bartók (1881-1945), Quatuor n°4 en ut majeur Sz.91
- Leos Janacek (1854-1928), Quatuor n°2 « Lettres intimes »
- Franz Schubert (1797-1828), Quatuor n°14 en ré mineur D 810 « La jeune fille et la mort »
- Pacifica Quartett : Simin Ganatra, violon I ; Sibbi Bernhardsson, violon II ; Masumi Per Rostad, alto ; Brandon Vamos, violoncelle











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