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Münchner Opernfestspiele 2007 : Les Noces de Figaro

samedi 17 novembre 2007 par Richard Letawe
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© bayerische staatsoper

Après Werther et Orlando, nous poursuivons notre recension du Festival d’Opéra de Munich avec les Noces de Figaro, toujours au Nationaltheater, pour une reprise d’une production créée en 1997.

La mise en scène est de Dieter Dorn, qui réalise un spectacle très classique, mais serré, animé, et dramatiquement très efficace. Il ne transpose d’ailleurs pas l’action, ce qui est presque audacieux par les temps qui courent. Le seul reproche à adresser à cette production est au niveau du décor, dont les murs d’un blanc immaculé sont un peu nus, et du costume du Comte dans les deux derniers actes, d’un rouge assez peu seyant.

La distribution réunie ce soir est encore une fois d’un niveau superlatif, et savoir que les Munichois entendent peu ou prou cette qualité de chant toute l’année a de quoi rendre jaloux. Simon Keenlyside d’abord, est un Comte tout à fait remarquable, dont la prestation allie prestance scénique et beauté vocale. Grand seigneur, il dégage naturellement l’assurance que lui confère son rang, mais est progressivement déstabilisé par ses échecs successifs. Il réagit alors avec brutalité et confusion, sans cependant perdre de sa noblesse, et ses colères restent redoutables. Le chanteur a un timbre splendide, un instrument souple et puissant, et des manières vocales de grande classe, avec des phrasés naturels et jamais forcés, et un italien mordant. Il forme avec son épouse un couple électrisant, dont on n’a aucun mal à imaginer les colères et les disputes, et la passion qui couve toujours, malgré les incartades du mari, ce qui donne un grand deuxième acte que leur confrontation rend brûlant et tendu. Anja Harteros, enfant chérie du public munichois, est une Comtesse de grand format, aux allures de tragédienne. Elle conduit ses récitatifs avec beaucoup de grandeur et de nuances, donne un « Porgi amor » douloureux, mais bien tenu, et très juste d’intonation, et un « Dovo sono » passionné, noble et puissant.

Face à ces deux patriciens, Hanno Müller Brachmann est un Figaro plus rustique, à la voix un peu blanche et au chant manquant de legato, cependant, la justesse est impeccable, la puissance y est, et ce serviteur a de la présence et du mordant. Maïté Beaumont est également un excellent Cherubino, à la voix ample et corsée, et à l’italien ensoleillé, qui emporte tout sur son passage dans « Non so piu cosa son », mais donne un « Voi che sapete » un peu corseté. On ne saurait parler de déception face à la prestation de Heidy Grant Murphy, tant les insuffisances de la chanteuse sont connues. Elle campe une Susanna pépiante, au chant aigre et peu puissant et aux intentions forcées. La voix est instable, la justesse trop souvent oubliée, et elle produit des couinements qui relèvent plus d’un improbable « sprechgesang » anglo-saxon que du bel canto italien. La présence de cette chanteuse en pleine déconfiture vocale, sur les plus grandes scènes, de Paris à New York, a de quoi rendre perplexe.

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© Wilfried Hösl

En Marceline, Cynthia Jansen est presque inaudible, et on constate avec soulagement que son air « Il capro e la capretta » est coupé. Le reste des petits rôles est très bien distribué, avec un Maurizio Muraro assez fringant en Bartolo, Alfred Kuhn un excellent acteur en Antonio, et un Basilio au chant très propre. Un moment de grâce enfin, avec la Barberina au sombre timbre de mezzo de la chaleureuse Chen Reiss. Au fil des soirées, on constate que le seul véritable point faible du Staatsoper de Bavière se situe au niveau des chefs invités, qui ne sont pas toujours à la hauteur de leur tâche. Ce soir, nous entendons Lothar Zagrosek, qui commence par un énorme décalage dans le premier duo Figaro Susanna, et passe la soirée sur le fil du rasoir, maîtrisant mal son plateau, et dirigeant son orchestre d’une baguette certes énergique, mais surtout lourde et peu précise. Cette contre-performance au pupitre ne vient cependant pas gâcher une soirée qui grâce à la haute qualité d’ensemble de la distribution, dont le couple comtal est digne de figurer au panthéon du chant mozartien, et à une mise en scène soignée, restera un des moments forts de notre séjour bavarois.

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- Munich
- Nationaltheater
- 23 juillet 2007
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le nozze di Figaro, Opera buffa en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte
- Mise en scène, Dieter Dorn ; Décors et costumes, Jürgen Rose ; Lumières, Max Keller ; Dramaturgie, Hans-Joachim Ruckhäberle
- Il Conte di Almaviva, Simon Keenlyside ; La Contessa di Almaviva, Anja Harteros ; Cherubino, Maité Beaumont ; Figaro, Hanno Müller-Brachmann ; Susanna, Heidi Gran Murphy ; Bartolo, Maurizio Muraro ; Marcellina, Cynthia Jansen ; Basilio, Ulrich Reß ; Don Curzio, Kevin Conners ; Antonio, Alfred Kuhn ; Barbarina, Chen Reiss
- Chor der Bayerischen Staatsoper ; Chef de chœur, Andrés Máspero
- Das Bayerische Staatsorchester
- Lothar Zagrosek, direction











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