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Luxembourg

Les Noces de Figaro, d’Aix à Luxembourg

Grand Théâtre
vendredi 16 novembre 2007 par Richard Letawe

Cette production des Noces de Figaro a été créée cet été au Festival d’Aix en Provence, sans grand succès. La mise en scène fut généralement jugée banale, la distribution était très faible, et dans la fosse oeuvrait le surestimé Daniel Harding, médiocre mozartien s’il en fût. Pour trois fois moins cher qu’à Aix, le public du Grand Théâtre de Luxembourg pouvait entendre ce dimanche un plateau de grande qualité, un excellent orchestre et un vrai chef, et conséquence : c’est enfin le succès.

C’est la cinquième mise en scène mozartienne de Vincent Boussard, et le résultat ne surprend guère ceux qui ont vu ses précédentes productions, Il re pastore et Cosi fan tutte à la Monnaie par exemple, car une même équipe est à l’œuvre, comprenant Vincent Lemaire aux décors, et Christian Lacroix aux costumes.

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©Festival d’Aix en Provence

Composé de hauts murs gris pâle, de grandes portes et d’une fenêtre, le décor est beau, mais froid et nu, et reste pratiquement inchangé tout du long. Un peu de variété n’aurait pas nui. Même minimalisme pour les accessoires : successivement, un matelas, un fauteuil, une paire de chaussures, un fusil, une épingle,… Les costumes sont somptueux, un peu trop peut être, car les paysannes faisant état de leur pauvreté, dans leurs robes au chiffonnage sophistiqué, et qui sentent le luxe à cent lieues à la ronde, ne sont pas très crédibles, même si c’est très plaisant pour les yeux. Dans ce cadre chic, Boussard réalise une mise en scène peu spectaculaire, guère révolutionnaire, mais très intéressante, car les personnages sont bien dirigés, et ont une vraie épaisseur humaine. De plus, le metteur en scène insiste sur les conflits traversant le livret, entre couples et entre classes, et une violence pas toujours contenue affleure de la pièce, qui est tout sauf un marivaudage sans conséquence. La brutalité est présente dès la première scène entre Susanna et Figaro, qui ne se querellent pas pour le plaisir d’avoir le dernier mot, mais parce qu’ils jouent leur avenir et leur bonheur, et n’ont guère de droit à l’erreur. Les rapports du couple seigneurial sont encore bien plus conflictuels, et si le comte y met les formes, il a bien du mal à se contenir dans les actes II et III, qui sont tendus à l’extrême, et leur réconciliation finale a bien peu de chances de durer. Boussard réalise donc de la belle ouvrage, toujours captivante à voir, mais pêche cependant par certains détails. D’abord une utilisation trop systématique des portes, qui deviennent à la longue des cachettes de polichinelle. Ensuite, des accessoires dont il ne retire pas tout le potentiel dramatique. Premier exemple, dans Se vuol ballare, Figaro a les bottes du comte en main. Pourquoi n’en fait-il pas des marionnettes, qui suivraient le rythme du menuet, plutôt que de les jeter aux coins de la pièce ? Second exemple, à l’acte II, le Comte entre avec un fusil dans les appartements de son épouse- il revient de la chasse- le dépose contre un mur, et ne le reprendra plus durant tout le finale ! Il aurait été visuellement bien plus impressionnant qu’il l’ait en main au moment où il s’attend à voir sortir le page du cabinet de sa femme. Susanna le dit d’ailleurs : « … Il brando prendete, il paggio uccidete… », alors que l’arme est contre un mur.

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©Festival d’Aix en Provence

Malgré ces petites remarques, la soirée est belle, et Boussard, présent sur place, est fort applaudi aux saluts. La distribution comportait quelques noms très alléchants, et au final, tient ses promesses, avec beaucoup de hauts et peu de bas. Parmi les bas, le Bartolo sans grave de Simon Kirkbride, qui débite son air sans être jamais ni menaçant ni vindicatif. On attendait mieux de Marie McLaughlin, qui peine à suivre le rythme, et détone dans Il capro e la capretta, malgré une évidente bonne volonté. Enfin, Daniel Teadt est bien jeune pour faire un comte crédible. Le chant est stylé, mais il manque d’impact et de projection, le timbre n’est pas assez corsé, et l’interprète est encore timide, remplaçant la morgue et l’autorité naturelle de son personnage par une brutalité un peu surjouée. On regrettera également qu’on ait coupé l’air de Basilio, alors qu’Alain Gabriel semblait tout à fait apte à le chanter. Parmi les satisfactions, notons d’abord le couple bien chnant, fais et juvénile composé par Barbarina et Cherubino (Liesbeth Devos et Katja Dragojevic), qui sont parfaits et adorables. Giorgio Caoduro en Figaro est jeune, et encore un peu vert, mais le chant est aiguisé et plein d’autorité, et comme seul un italien en est capable, il donne aux mots une couleur et une saveur inimitables. Enfin, au plus haut, deux prime donne qu’il est bien difficile de départager. Sophie Karthaüser chante sa deuxième Susanna, après Lyon en avril. Magnifique mozartienne, elle tient ce rôle avec assurance, déployant beaucoup d’énergie sur scène, sans jamais perdre de vue la qualité de son chant. Celui-ci est d’une beauté rare, bien timbré, souplement phrasé, et pleinement à l’aise sur toute la tessiture. De plus, elle a la rare faculté d’adopter un ton direct, populaire, sans qu’on la prenne pour une soubrette et sans devenir vulgaire. La comtesse de Olga Pasichnyk déploie un chant très différent : plus sophistiqué, moins direct, et délicieusement artificiel. Le legato est onctueux, Porgi amor est phrasé avec un art infini, et on apprécie pleinement les ressources d’un timbre magnifique, coloré autant que velouté. Quand elle arrondira un peu la ligne de son Dove sono, elle polira une interprétation de haut vol, très différente de celle qu’elle avait donnée à Munich dans Orlando. Dans la fosse œuvre le Concerto Köln que nous retrouvons avec plaisir après leur concert à Liège en septembre. L’orchestre est vigoureux et homogène, les attaques sont franches, et les sonorités sont affûtées et colorées. A sa tête, un chef qui monte, Andreas Spering, dont les disques (la Création de Haydn chez Naxos notamment), et les prestations (il est très présent au Vlaamse Opera de Gand et Anvers) sont souvent très convaincantes. Sa direction est ardente et tranchante, et les tempi sont d’une extrême vivacité, dans les ensembles comme dans les airs. Il est très attentif à la respiration des chanteurs, et tient bien son vaste plateau en main, sauf dans l’acte IV, qui lui échappe un peu, ce qui se traduit par quelques décalages et un peu de précipitation. Le public luxembourgeois, très respectueux et attentif comme à son habitude, est venu nombreux, son enthousiasme se traduit par une belle ovation pour l’ensemble des protagonistes de cette folle journée.

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- Luxembourg
- Grand Théâtre
- 14 octobre 2007
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro
- Mise en scène, Vincent Boussard ; Décors, Vincent Lemaire ; Costumes, Christian Lacroix ; Lumières, Alain Poisson
- Il Conte di Almaviva, Daniel Teadt ; Contessa di Almaviva, Olga Pasichnyk ; Susanna, Sophie Karthauser ; Figaro, Giorgio Caoduro ; Cherubino, Katija Dragojevic ; Marcellina, Marie McLaughlin ; Bartolo, Simon Kirkbride ; Basilio, Alain Gabriel ; Don Curzio, Michael Bennett ; Barbarina, Liesbeth Devos ; Antonio, Frédéric Caton
- Concerto Köln
- Arnold Schönberg Chor
- Chefs de chœur, Jordi Casals
- Direction, Andreas Spering











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