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Les Noces de Figaro à l’Opéra-Théâtre d’Avignon

vendredi 6 janvier 2012 par Emmanuel Andrieu
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Eve-Maud Hubeaux , Marcellina
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Une fois de plus, grâces soient rendues à Raymond Duffaut - conseiller artistique de l’Opéra-Théâtre d’Avignon - qui a su réunir une équipe de chanteurs-acteurs jeune, homogène et enthousiaste pour faire honneur à une des plus sublimes partitions nées sous la plume de Mozart : Le Nozze di Figaro. Recrutés dans les CNSM de Paris et de Lyon, au CNIPAL, à l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris ou encore parmi Les jeunes Voix du Rhin, les artistes engagés effectuaient tous sans exception une prise de rôle, et même pour certains, leur début sur scène. Tous ont fait montre d’un sérieux et d’un professionnalisme dignes de tous les éloges, prouvant au passage qu’un travail collectif assidu vaut cent fois mieux que l’esbroufe dont certaines stars du monde lyrique sont aujourd’hui coutumières. Bref, le bilan obtenu aura été un petit miracle de fraîcheur et de beauté !

Agée de près de 20 ans, la production de Christian Gangneron - qui a tournée un peu partout en France (Reims, Tours et déjà Avignon en 2004) - n’a pas pris une ride ! Avec ces Noces, le metteur en scène français livrait là une vision poétique et sensible de l‘ouvrage, qui refusait de sombrer dans l’innovation de principe ou la modernité à tout prix. Et aujourd’hui encore, le résultat enchante : tout rayonne et résonne ici avec la subtilité et la mobilité du rêve mozartien que tout « mozartomane » porte en soi. Le parcours obligé déroulé par l’intrigue et la partition qui l’anime a de toute évidence inspiré Gangneron, comme il pourrait le faire d’un auditeur ébloui qui laisserait ainsi la musique déployer naturellement son propos en formulant peu à peu un discours théâtral juste par nature, car généré par la musique elle-même.

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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Cela donne à ce spectacle une puissance quasi métaphorique et presque chorégraphique, où les gestes et les attitudes sont expressifs et authentiques, justement parce qu’ils résultent de l’esprit de la musique - de sa mélancolie ou de son sarcasme, de sa tendresse comme de sa violence...

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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

La cohérence et la force poétique de ce travail sont en outre fort bien relayées par toutes les composantes visuelles du spectacle : les tons ivoires et sépia du I font songer aux gravures du XVIIIème siècle et produisent un effet noir et blanc adouci qui stylise le propos et le nuance. Chaque effet de lumière est poétique en lui-même, hors de cette convention d’un éclairage qui embellirait avec le cours de la journée pour en arriver à la nuit mystérieuse de tous les quiproquos du IV.

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Manuel Betancourt, Figaro ; La Comtesse Almaviva, Marie-Adeline Henry ; Susanna, Gaëlle Arquez
© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

Les solistes, dans ces conditions, semblent tous traversés par une émotion, un humour, une grâce et un enthousiasme qui emportent l’adhésion. Chaque rôle semble avoir été résumé jusqu’à son essence même, tout en sauvegardant la richesse de ses caractères psychologiques et musicaux. Dans cet esprit, Manuel Betancourt campe un Figaro plein d’abattage et de prestance. Il possède un joli timbre de basse, avec de très beaux graves, et a tenu son rôle avec justesse. Gäelle Arquez s’est avérée une exquise et piquante Susanna, à la voix pleine et fruitée à la fois, faisant de la gracieuse camériste une vraie maîtresse femme. Son « Deh vieni, non tardar » constitue un des bons moments musicaux de la soirée. Yann Toussaint (le Comte) dispose également d’un timbre flatteur, manquant peut-être encore un peu d’ambitus, mais se distinguant favorablement par son agilité et son excellente diction italienne. La Comtesse de la soprano Marie-Adeline Henry est un pur bonheur et on ne peut que s’incliner devant sa grande élégance et sa magnifique ligne de chant. Après un saisissant « Porgi amor », elle délivre un « Dove sono » tout de bouleversante nostalgie. La plus belle révélation de la soirée !

Bérangère Mauduit s’impose également avec force en Cherubino. Pleine d’aisance, elle dessine avec vitalité son personnage d’adolescent transi et détaille les deux airs de son personnage avec charme et aplomb. Eve-Maud Hubeaux, à la voix déjà épanouie, offre une Marcellina très juste de ton et acariâtre à souhait tandis que Ludivine Gombert n’a pas de mal à camper la fraîcheur de Barbarina. De bons éléments aussi du côté des comprimari masculin. Ainsi du truculent Bartolo d’Andrei Zemskov, du pittoresque Antonio d’Olivier Dejean et de l’efficace Carl Ghazarossian, parfait dans son double emploi de Basilio et de Curzio.

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© Cédric Delestrade-ACM-Studio Avignon

On relèvera enfin l’excellente prestation de l’Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence, faisant preuve de cohésion, de justesse et de précision et répondant avec promptitude aux sollicitations du chef français Olivier Schneebeli, qui avait dirigé in loco un Amadis de Lully resté dans les mémoires. Conduisant ses musiciens avec beaucoup de dynamisme et de sens théâtral, il n’en reste pas moins très attentif à toutes les inflexions des jeunes chanteurs, se gardant de n’en jamais couvrir aucun.

Pour ceux qui auraient raté ce magnifique spectacle en Avignon, trois séance de rattrapage seront possible en mars et avril 2012 à l’Opéra de Massy avec la même exaltante équipe. Courez-y !

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- Avignon
- Opéra-Théâtre
- 31 décembre 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro. Commedia per musica en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte, d’après Beaumarchais.
- Mise en scène, Christian Gangneron ; Eclairages, Marc Delamézière ; Décors, Yves Bernard ; Costumes, Claude Masson.
- La Comtesse Almaviva, Marie-Adeline Henry ; Susanna, Gaëlle Arquez ; Cherubino, Bérangère Mauduit ; Marcellina, Eve-Maud Hubeaux ; Barbarina, Ludivine Gombert, ; Le Comte Almaviva, Yann Toussaint ; Figaro, Manuel Betancourt ; Bartolo, Andrey Zemskov ; Don Basilio/Don Curzio, Carl Ghazarossian ; Antonio, Olivier Dejean ; Deux paysannes, Runpu Wang et Julie Mauchamp.
- Chœur de l’Opéra-Théâtre d‘Avignon. Chef des chœurs, Aurore Marchand
- Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence
- Olivier Schneebeli, direction






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