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Les Noces de Figaro à l’Opéra de Reims

jeudi 21 avril 2011 par Richard Letawe
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Dure journée ce dimanche pour le Comte Almaviva à Reims. Les domestiques sont insolents, l’épouse a des velléités d’indépendance, la jeunesse n’a plus le respect de rien, le jardinier même se piquerait presque de donner des conseils conjugaux. Le monde ancien, stable, sûr, sans surprise est en train de s’écrouler autour du comte, qui tel le commandeur se dresse de toutes ses forces contre les temps qui changent, mais finira évidemment par lâcher prise au terme de cette harassante journée.

Jour de luttes entre les classes et les sexes, jour de triomphe pour les dominés et les femmes, c’est qui ressort très explicitement de cette mise en scène des Noces de figaro réglée par Christian Gangneron. Le metteur en scène réalise un spectacle qui visuellement ne se démarque pas de la tradition, mais il tend l’action au maximum, et dirige ses acteurs avec énormément de finesse et d’à-propos, inspirant à chacun le geste, l’attitude, la réaction qui donnera à la scène crédibilité et justesse dramatique. On a vu, on verra encore de nombreuses productions des Noces en costumes et décors XVIIIè, mais peu ont atteint ce degré de tact et de vérité, délaissant l’accessoire pour se concentrer sur des personnages tous extrêmement bien croqués. On pense par exemple au trio de vieux aigris, Marcellina, Bartolo, Basilio, fielleux et ridicules au possible, ou bien encore au comte, véritable fauve qui semble se débattre dans un filet qui se resserre petit à petit autour de lui.

D’un bon niveau global, la distribution est à la hauteur de la qualité de la mise en scène, et propose quelques interprétation de bonne facture. Elle est dominée par l’excellent Figaro d’Armando Noguera, valet au chant juste et puissant, au legato raffiné, phrasant avec élégance et souplesse. Un magnifique exemple de belcanto classique, doublé d’une fraîcheur et d’un enthousiasme scénique qui font plaisir à voir. Sur le plan du style et des manières vocales, il l’emporte largement sur son rival Almaviva, un Nigel Smith au chant mordant et aux phrasés très directs, qui s’impose par sa puissance et par sa présence physique. C’est un très bon comte, crédible en mari jaloux, auquel manque tout juste un peu de raffinement et de légèreté dans les ornements de « Vedro, mentr’io sospiro ».

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Même constat chez les dames, où la femme de chambre prend le pas sur sa patronne, avec une Sabine Revault d’Allonnes délicieuse, pleine de charme et piquant en Suzanne, face à la comtesse plus inégale d’Alexandra Coku. Celle-ci, prise à froid dans « Porgi Amor », fait passer l’expressivité avant la qualité du chant, raide instable et sans nuances. Elle se reprend dans « Dove sono », plus égal malgré quelques détimbrages, auquel elle apporte des accents de tragédienne qui sonnent juste.

Une fois n’est pas coutume, Cherubino, souvent très bien distribué, est ici assez pâle, interprété par une Anna Destraël dont le chant est correct, mais manque de rondeur et de séduction.

Les petits rôles sont bien tenus : une très gentille Barberina par Clémence Barrabé, le Bartolo assez fringant de Jean-Marie Frémaux, et même Antonio le jardinier, pour lequel la présence de Renaud Delaigue est un luxe. Le Basilio d’Antoine Normand est une véritable tique, mais il perd malheusement son air dans l’acte final, comme la Marcellina de Doris Lamprecht, vocalement assez fatiguée, mais dont l’abattage scénique et les mimiques outrées sont un des points forts de cette production.

Dans la fosse, Guy Condette se contente un peu trop de battre la mesure. Sa direction manque d’imagination et n’est guère attentive au plateau, avec lequel des décalages se font entendre. S’il n’a pas les timbres les plus raffinés du monde, l’Orchestre de l’Opéra de Reims fait preuve de cohésion et d’un engagement que ne montrent pas toujours des formations plus huppées.

Données dans un théâtre très bien rempli comme d’habitude à Reims, ces Noces de Figaro ont été triomphalement reçues, ce qu’elles méritaient bien au vu de la pertinence de la mise en scène et de la bonne tenue musicale de l’ensemble.

Prochain spectacle lyrique à l’Opéra de Reims : Giulio Cesare de Haendel les 06 et 08 mai en coproduction avec l’Atelier lyrique de Tourcoing.

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- Reims
- Opéra
- 27 mars 2011
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro. Commedia per musica en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte d’après Beaumarchais.
- Mise en scène, Christian Gangneron ; Eclairages, Marc Delamézière ; Décors, Yves bernard ; Costumes, Claude Masson
- La contessa di Almaviva, Alexandra Coku ; Suzanna ; Sabine Revault d’Allonnes ; Cherubino, Anna Destraël ; Marcellina, Doris Lamprecht ; Il conte di Almaviva, Nigel Smith ; Figaro, Armando Noguera ; Bartolo, Jean-Marie Frémeau ; Don Basilio/Don Curzio, Antoine Normand ; Antonio, Renaud Delaigue ; 2 paysannes, Christelle Pouillart, Christiane Gilbert
- Chœur de l’Atelier lyrique, Opéra/ORCCA. Chef des chœurs, Hélène Le Roy
- Orchestre de l’Opéra de Reims
- Guy Condette, direction






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