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Les Modigliani sont un grand quatuor

mardi 18 août 2009 par Carlos Tinoco
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Quatuor Modigliani
DR

On en avait eu le sentiment lors de leur récital à l’Auditorium du Louvre, la confirmation a été éclatante, dans le cadre superbe du cloître de Cimiez. Un Debussy transcendant, une très grande justesse stylistique dans chacune des trois œuvres, bref, ces quatre-là ont tout l’avenir devant eux.

Un grand quatuor n’existe pas sans grand primarius. Philippe Bernhard est de ceux-là. La fantaisie et la liberté avec laquelle il construit ses phrases ne l’empêchent pas de toujours conduire fermement l’ensemble. De ce point de vue, l’opus 77 n°1 de Haydn, sur lequel on avait eu des réserves au Louvre, est une véritable démonstration. Tour à tour espiègle, charmeur, lyrique, ce premier violon entraîne ses partenaires dans un jeu vibrant où le mouvement est incessant. Mais un grand quatuor est aussi fait de voix médianes qui savent soutenir la structure avec subtilité. De ce côté, l’entente de Loïc Rio en second violon et de Laurent Marfaing à l’alto est parfaite. Démontrant de grandes qualités instrumentales lorsque la partition les place à découvert, ils ont surtout un art des nuances formidable, qui s’ajoute à cette science du tempo qu’on avait déjà relevée à Paris. Il faut un violoncelle capable de jongler d’un registre à l’autre, une personnalité susceptible d’affronter celle du premier violon sans déséquilibrer l’ensemble, et une très grande intelligence musicale : François Kieffer a tout cela, et un son splendide. Enfin, plus encore que des qualités individuelles, il faut une pâte d’ensemble, une osmose si fragile que nombre de formations s’abîment avec le temps sans qu’on puisse forcément en déceler la cause. Pour l’heure, c’est dans l’enthousiasme et l’humilité que les Modigliani s’emparent des œuvres. Leur Haydn n’est pas seulement enchanteur, ils en exposent toute la finesse d’écriture par la transparence de leur jeu.

Dans le Quatuor de Debussy, on atteint des sommets. Ils entrent dans cette partition avec une évidence rarement entendue. Les nuances sont renversantes, mais c’est encore une fois leur manière d’appréhender le temps qui fait merveille. Car, dans cette composition, le risque est que la splendeur sonore de chaque moment débouche sur un ensemble éclaté, qui n’avance plus. Ce que les Modigliani font magnifiquement, c’est allier l’exploration sonore de l’instant et la construction du discours. Avouons-le : nous n’avons pas souvenir, même au disque, d’un tel aboutissement dans cette œuvre. Le premier mouvement notamment, où il est si facile de se perdre, est tenu de bout en bout avec un grand lyrisme. Les pizzicatos du deuxième mouvement sont dansants, colorés, audacieux et extrêmement sensuels. Le troisième mouvement est tel qu’on l’avait entendu au Louvre en rappel : un vertige sublime, que prolonge un finale où la fièvre et l’immense douceur coexistent pour parachever une interprétation d’une humanité bouleversante.

Après un tel moment, comment enchaîner ? Le choix de Mendelssohn est périlleux, car si l’inspiration mélodique et la tension dramatique de son dernier quatuor sont indéniables, l’auditeur ne passe pas facilement de la subtilité d’écriture de Debussy à celle-ci. L’aisance avec laquelle les Modigliani vont d’un style à l’autre, de l’impressionnisme un peu abstrait à un romantisme à la vigueur toute germanique, est admirable, et leur lecture de l’opus 80 est enflammée, mais on n’évolue plus tout à fait dans les mêmes sphères. Il manque à cette lecture un soupçon d’abandon, de souplesse dans certains phrasés, pour donner à cette partition une profondeur qu’elle n’a pas toujours spontanément.

Cette infime réserve ne change rien au fait que nous avons assisté à un magnifique concert et à la gourmandise avec laquelle nous attendrons que les Modigliani défrichent d’autres répertoires.

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- Nice
- Cloître de Cimiez
- 07 août 2009
- Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor en sol majeur, op. 77 n° 1
- Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor en sol mineur, op. 10
- Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor en fa mineur, op. 80
- Quatuor Modigliani : Philippe Bernhard, Loïc Rio, violons ; Laurent Marfaing, alto ; François Kieffer, violoncelle






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