ClassiqueInfo.com




Les Folies Françoises font triompher Campra

samedi 23 octobre 2010 par Philippe Houbert
JPEG - 25.2 ko
Les Folies Françoises
DR

En à peine dix années, Patrick Cohën-Akenine a su, avec ses Folies Françoises (appellation tirée du treizième Ordre de François Couperin), bâtir un des meilleurs ensembles actuels de musique baroque. De concert en concert, d’enregistrement en enregistrement, la qualité artistique, le sens de la passion, la curiosité pour des répertoires peu souvent arpentés, transparaissent et font le bonheur des amateurs de la musique de ce fin XVIIème-début XVIIIème siècle.

Dans le cadre des Grandes Journées du Centre de musique baroque de Versailles consacrées cette année à André Campra, la somptueuse chapelle royale du château accueillait un très beau programme sous-titré « les voix de la piété » et dont le contenu principal était constitué de cinq petits motets du compositeur aixois.

C’est la période baroque française qui créa la distinction entre le motet à grand choeur (nommé « grand motet »), pièces apparentées aux « anthems » anglais et aux cantates allemandes et engageant plusieurs voix, instruments concertants, orchestre et basse continue, et le motet à petit effectif (ou petit motet) qui se développa sous le règne de Louis XIV.
Œuvres d’une spiritualité plus intérieure, destinées à des moments plus intimes de la liturgie, ces petits motets furent principalement pratiqués dans les grandes institutions religieuses du royaume (grands couvents masculins et féminins, Chapelle royale, maison royale de Saint Cyr, ..).
Henry Du Mont, Pierre Robert et Marc-Antoine Charpentier furent les principaux illustrateurs du genre. Mais le tournant du dix-huitième siècle marque, tout comme pour la musique instrumentale, une évolution sensible sous l’influence de la mode italienne. Les proportions des oeuvres s’élargissent ; chaque mouvement ou section est traité de façon spécifique ; la virtuosité gagne du terrain.

André Campra, attaché à la Maison du duc d’Orléans, futur Régent, exploite ce courant italianisant au sein de petits motets qui deviennent des alternances, comme dans la sonate corélienne, de mouvements contrastés : récits, airs, symphonies instrumentales. Cette veine sera très prolixe puisque donnant naissance à une soixantaine d’œuvres à une, deux, ou trois voix, avec ou sans symphonie instrumentale, et rassemblées dans cinq recueils publiés en 1695, 1699, 1703, 1706 et 1720.

Sur les cinq motets donnés ce 16 octobre en la Chapelle royale, deux ( « O Jesu amantissime » et « Immensus es Domine ») étaient extraits du deuxième Livre de 1699 et comportaient la même forme de sonata da chiesa : lent-vif-lent-vif. Le second mouvement lent de « O Jesu amantissime » est une plainte très poignante. Ces deux motets se terminent par un mouvement fugué en forme de gigue.
« Quam dilecta » est extrait du premier recueil de 1695 et s’appuie sur quelques versets du psaume 83. Ici, nous sommes dans une forme ternaire : deux mouvements extrêmes où brille le trio vocal, encadrant un récit où interviennent successivement les trois chanteurs.

Après le relatif insuccès du troisième Livre en 1703, Campra maintint le cap italianisant dans son recueil suivant, en 1706. Il va même accentuer le trait, notamment dans le motet pour voix de taille, violon et basse continue « Beati omnes », dans lequel se succèdent un « aria da capo », un air à la française en forme de gavotte et un mouvement sur un rythme de courante.

Le dernier motet au programme, « Salvum ma fac Deus », plus développé, fut aussi le plus admirable. Pièce pour trois voix et symphonie instrumentale qui voient se succéder un mouvement lent « gravement », une aria très italienne de style pour voix de basse, accompagné de mouvements évoquant le déchainement des flots, un récitatif amenant une partie plus grave dans laquelle domine l’imploration du « Exaudi me, Domine », le motet se concluant par un chant de louange virtuose.
Il serait presque vain de dissocier les mérites des trois chanteurs, Jean-François Lombard, en voix de haute-contre, Jean-François Novelli, en voix de taille, et Marc Labonnette, en basse-taille. Mais, pour l’expressivité de son chant, la beauté du timbre et la qualité technique, nous ne pouvons échapper au petit plus décerné au deuxième nommé. Novelli confirme ici tout le bien pensé lors de précédentes prestations, de Dumestre à Rousset en passant par Pierlot et ses Lunaisiens (en équipe avec Arnaud Marzorati).

En complément de programme inséré entre les troisième et quatrième motets donnés, les Folies Françoises jouaient la première sonate en trio de Jean-François Dandrieu, datée de 1705. Patrick Cohën-Akenine expliqua, en préambule, l’importance du projet de reconstitution des hautes-contre, tailles et quintes de violon mené sous la houlette du CMBV et avec l’expertise des luthiers Antoine Laulhère et Giovanna Chitto, projet qui devrait permettre d’entendre, à terme, les Vingt-quatre Violons du Roi que l’on nommait la Grande Bande, tels qu’ils avaient disparu depuis le milieu du XVIIIème siècle. Il s’excusa presque de ne pas être en mesure de donner de pièce instrumentale de Campra, puisque ce dernier n’a pas composé de sonate. Celle de Dandrieu, petit bijou, permit, là encore, d’apprécier l’extrême musicalité de jeu de Cohën-Akenine et de son ensemble dans une pièce tout à fait à sa place dans ce programme centré sur l’influence italienne en ce tournant « du Grand siècle au Siècle des Lumières », sous-titre de ces très belles journées Campra.

Un programme plein de belles découvertes servies par un ensemble de haute qualité, bref, l’un des plus beaux concerts de musique baroque de ces récentes années.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Versailles
- Chapelle royale du Château
- 16 octobre 2010
- André Campra (1660-1744), Petits motets : Les voix de la pitié
« Immensus es Domine » (Deuxième Livre de motets, 1699) ; « Beati omnes » (Quatrième Livre de motets, 1706) ; « O Jesu amantissime » (Deuxième Livre de motets, 1699) ; « Quam dilecta » (Premier Livre de motets, 1695) ; « Salvum me fac Deus » (Quatrième Livre de motets, 1706)
- Jean-François Dandrieu (1682-1738), Première sonate en trio en ré mineur (1705)
- Les Folies Françoises : Jean-François Lombard, haute-contre ; Jean-François Novelli, taille ; Marc Labonnette, basse-taille ; Cécile Garcia-Moeller, dessus de violon ; François Poly, basse de violon ; André Heinrich, théorbe ; Maude Gratton, clavecin
- Patrick Cohën-Akenine, violon et direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 822929

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Musique vocale et chorale   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License