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Les Contes d’Hoffmann à l’ONP : une reprise sous le signe de l’intelligence musicale

vendredi 5 octobre 2012 par Gilles Charlassier
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Jane Archibald, Olympia ; Stefano Secco, Hoffmann
© Opéra national de Paris/ Ian Patrick

L’Opéra national de Paris ne s’est pas montré avare envers la production des Contes d’Hoffmann confiée en 2000 à Robert Carsen, en la reprogrammant très régulièrement. On ne s’en plaindra pas. Si les fondamentaux du prolifique canadien élaborent une lecture aboutie de l’ouvrage inachevé d’Offenbach, la direction du jeune chef tchèque Tomas Netopil n’est pas étrangère à la réussite de cette reprise, révélant l’intelligence de cet ultime opus de l’amuseur du Second Empire.

Véritable prodige des effets de spécularité, Robert Carsen n’a pu que se sentir inspiré par cette autre mise en abyme de l’art lyrique – aux côtés du Capriccio repris en ce moment à Garnier. Les choix dramaturgiques de la version retenue facilitent d’ailleurs cette structuration du spectacle, insérant les récits d’Hoffmann à l’intérieur d’un prologue et d’un épilogue entre les mains de la Muse – qui se travestit ensuite fort logiquement en Niklausse. L’un et l’autre également de noir dépouillés repoussent les frontières techniques du plateau au-delà du périmètre de sécurité, exception qui avait alors sollicité une dérogation aux dispositions réglementaires. Jouant avec virtuosité des points de vue à l’intérieur du théâtre, le rapport entre le public et la scène s’invertit, avec un rideau présentant son envers dans l’acte d’Olympia et la barcarolle des sièges rouges comme ceux de Garnier au troisième, tandis qu’elle duplique la fosse d’orchestre dans le second, coulisses du destin d’Antonia qui mourra sur la scène, comme sa mère dont elle entendait le fatal appel – sommet musical autant que scénographique de la soirée.

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Stefano Secco, Hoffmann ; Kate Aldrich, La Muse
© Opéra national de Paris/ Ian Patrick

C’est une tentation à laquelle succombe plus d’une baguette, que de se contenter d’impulser une dynamique rythmique à une partition jalonnée de formules, comme le sont ses opéras-bouffe. Leur charge parodique ne se limite pas à leur vis comica, mais témoigne également de la part de leur auteur d’une incontestable maîtrise du répertoire et de la machinerie des airs à succès, sans que ces clins d’oeil n’altèrent la continuité dramatique. Avec leurs aigus obstinés, les oiseaux dans la charmille d’Olympia détournent les clochettes de Lakmé. Antonia affirme quelque parenté avec les héroïnes de Massenet, Charlotte entre autres, et le Dapertutto prend une tournure méphistophélique que le compositeur n’a pas été cherché bien loin. Préservant une sonorité équilibrée, Tomas Netopil laisse s’épanouir l’élégance française de l’orchestre de la maison, avec une grande efficacité narrative.

S’il n’est pas irréprochable, le plateau réserve d’intéressantes incarnations. Quand bien même d’aucuns douteraient de son charisme, Stefano Secco se glisse admirablement dans les vêtements du rôle-titre, sans ouvrir le col de son émission d’une manière par trop débraillée avec laquelle un autre latin jouait sa vie pour mettre les spectateurs à ses genoux. Parfois en friction avec les normes de la prononciation, son articulation n’en demeure pas moins intelligible, économe en effets de manche. De ses trois amours, Olympia est la plus vulgaire et la brillante technicité de Jane Archibald ne transgresse pas les connotations graveleuses dans lesquelles se complaît le démembrement que Robert Carsen inflige à l’automate. La fidélité au livret a parfois un coût – le rire gras de l’auditoire, preuve s’il en est que les standards de la maison ne manquent pas de néophytes à séduire. Voix aux couleurs inégales, Ana Maria Martinez désarme ces réserves avec un instinct musical et dramatique hors pair, dans une Antonia particulièrement émouvante. Sophie Koch affirme quant à elle un métier sûr avec une Giulietta généreuse.

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Kate Aldrich, Nicklausse ; Sophie Koch, Giulietta
© Opéra national de Paris/ Ian Patrick

Cette reprise remet à l’affiche des talents émérites, à l’image d’un Jean-Philippe Lafont qui a trouvé avec Luther et Crespel des parties à la hauteur de sa carrière mature. Quadruple incarnation du tentateur, voire du Malin, Franck Ferrari surprend agréablement par une retenue qu’on ne lui connaissait plus – la prévenance du chef n’y est sans doute pas étrangère. Kate Aldrich ne démérite pas en Muse et Nicklausse, en dépit d’une relative pâleur. Qin Lin Zhang restitue les grandes lignes de la Voix – de la mère d’Antonia – quand Eric Huchet fait montre d’un savoir-faire théâtral consommé. Mentionnons encore le Spalanzani de Fabrice Dalis ainsi que les participations des pensionnaires de l’Atelier lyrique : Cyrille Dubois, Nathanaël, Damien Pass, Hermann, et Michal Partyka, Schlemil. Saluons enfin le travail de Patrick Marie Aubert à la tête des choeurs de la maison.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 22 septembre 2012
- Jacques Offenbach (1819-1880), Les Contes d’Hoffmann, Opéra en un prologue trois actes et un épilogue. Livret de Jules Barbier d’après le drame de Jules Barbier et Michel Carré.
- Mise en scène, Robert Carsen ; Décors et costumes, Michael Levine ; Lumières, Jean Kalman ; Dramaturgie, Ian Burton ; Chorégraphie, Philippe Giraudeau.
- Jane Archibald, Olympia ; Sophie Koch, Giulietta ; Ana Maria Martinez, Antonia ; Kate Aldrich, La Muse/Nicklausse ; Qin Lin Zhang, Une Voix ; Stefano Secco, Hoffmann ; Fabrice Dalis, Spalanzani ; Cyrille Dubois, Nathanaël ; Jean-Philippe Lafont, Luther/Crespel ; Eric Huchet, Andrès/Cochenille/Pitichinaccio/Frantz ; Frank Ferrari, Lindorf/Coppélius/Dapertutto/Miracle ; Damien Pass, Hermann ; Michal Partyka, Schlemil.
- Chœur de l’Opéra national de Paris ; Patrick Marie Aubert, direction des chœurs.
- Orchestre de l’Opéra national de Paris
- Tomas Netopil, direction.











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