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Les Capulets et les Montaigus en version de concert

lundi 21 novembre 2011 par Karine Boulanger
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Olga Peretyatko
© Uwe Arens

Pour son passage annuel au Théâtre des Champs-Elysées, l’Opéra de Lyon avait encore choisi une œuvre appartenant au répertoire du bel canto, profitant de la direction d’Evelino Pidò dont la maîtrise de ce genre lyrique n’est plus à démontrer. Sixième œuvre lyrique de Bellini, la plus célèbre après Norma et peut-être la Somnambule, les Capulets et les Montaigus puisent dans la pièce de Shakespeare mais en resserrant le drame autour des deux personnages principaux, confiés à deux femmes, et en détournant le rôle de Tybalt. Malgré ces petits aménagements, il s’agit de l’un des plus beaux opéras du compositeur italien, d’une très grande force dramatique.

Dans une œuvre où les rôles de Roméo et Juliette sont dévolus à deux voix féminines, l’une mezzo et l’autre soprano, il était de première importance de choisir deux artistes dont les timbres puissent s’accorder pour les longs duos que comportent les deux actes, mais aussi dont la coloration des voix puisse se différencier afin que chaque personnage garde son identité et c’est là sans doute le seul reproche que l’on pourrait faire à Anna Caterina Antonacci et Olga Peretyatko.

En effet, la mezzo italienne retrouve là un rôle écrit dans une véritable tessiture de mezzo soprano et doit parfois malmener sa voix de falcon pour négocier les graves de la partition, ce qu’elle fait toutefois avec une véritable élégance sans jamais forcer le trait ou perdre de vue sa ligne de chant (« Se Romeo t’uccise un figlio », acte I). La voix bouge peut-être un peu, mais la chanteuse est l’incarnation même de l’expressivité et on admire toujours avec la même émotion le phrasé et les nuances dont elle émaille chaque page de son rôle. L’instrument au timbre un peu clair paraît cependant parfois déséquilibré dans la première partie (duo de la scène 6), face à la Juliette d’Olga Peretyatko qui apparaît comme véritable révélation. La voix de la soprano russe, au timbre juvénile, est superbe, puissante, très homogène et au bas médium solide (attaques de « O ! Quante volte », chanté avec sensibilité et délicatesse). Le souffle long autorise une belle messa di voce et lui permet de nuancer ainsi son portrait très attachant de l’héroïne. La première partie de la longue scène entre les deux héros de l’opéra montre les interprètes cherchant encore leurs marques, puis trouvant un bel équilibre, cette fois-ci parfaitement au diapason (« Soccorso, sostegno, accordagli, o cielo », acte I).

La seconde partie inverse un peu les rapports entre les deux artistes, malgré une très belle prière de Juliette avec de beaux piani, mais l’interprétation d’Anna Caterina Antonacci est tout simplement exceptionnelle. La chanteuse traduit chaque émotion avec le ton le plus juste, depuis l’arrivée de Roméo, son arrogance face à Tybalt, jusqu’à sa douleur en apprenant la mort de Juliette. Les scènes de la tombe et de la mort de Roméo sont admirables de sensibilité et de pathos, sans jamais perdre une certaine retenue, le chant de l’artiste étant idéalement accompagné par la direction d’Evelino Pidò.

Juan Francisco Gastell est, dit-on, le ténor qui monte, et il est vrai que la voix est bien conduite, à défaut de posséder des couleurs très agréables. Les graves sont parfois légers et les vocalises timides manquent encore de fluidité (« E serbato a questo acciaro », acte I, confrontation avec Roméo à la fin de la première partie). On regrettera aussi, dans toute la première partie une tendance un peu lassante à ne chanter que mezzo forte. La seconde partie est plus nuancée, avec un duo émouvant face à Roméo, lorsqu’il lui apprend la mort de Juliette, au diapason de l’interprétation d’Anna Caterina Antonacci.

Carlo Cigni est un Frère Laurent à l’autorité naturelle, bien chantant. Giovanni Battista Parodi (Capulet) en revanche, n’est guère à son affaire dans cette partition avec une voix cotonneuse et un phrasé terriblement haché. Les chœurs n’appellent aucun reproche.

Evelino Pidò donne le ton d’entrée de jeu avec une ouverture littéralement cravachée, tonitruante, sans nuances ni réelles variations de dynamique. Ce défaut marque malheureusement la plupart des grands ensembles (fin de la première scène de l’acte I et final) où l’orchestre couvre une bonne partie de la distribution, avec des cuivres trop présents. Les autres scènes en revanches sont plus calmes et montrent une véritable attention aux chanteurs (entrée de Juliette, grande scène avec Roméo, acte I). La fin de l’opéra est en tous les cas magnifique, Evelino Pidò accompagnant admirablement l’ultime duo de Roméo et Juliette avant de conclure avec gravité cette belle soirée.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 11 novembre 2011
- Vincenzo Bellini (1801-1835), I Capuletti e I Montecchi, opéra en deux actes, livret de Felice Romani, d’après Shakespeare.
- Roméo, Anna Caterina Antonacci ; Juliette, Olga Peretyatko ; Thibault, Juan Francisco Gastell ; Frère Laurent, Carlo Cigni ; Capello, Giovanni Battista Parodi
- Orchestre et chœurs de l’Opéra de Lyon
- Evelino Pidò, direction






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