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Les Capulets et les Montaigus à Paris

jeudi 19 juin 2008 par Hélène Biard
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© C. Leiber / Opéra National de Paris

Bellini composa I Capuleti e i Montecchi en 1830 pour la Fenice de Venise, où l’oeuvre fut créée lors du carnaval de cette même année. Au départ c’est son confrère Giovanni Pacini qui devait fournir un opéra mais, surchargé de travail, il se trouvait dans l’impossibilité de satisfaire la commande. L’urgence dans laquelle il se trouvait pousse donc Bellini à réutiliser des mélodies de ses opéras précédents, notamment
Zaira, qui avait connu un échec retentissant à l’Opéra de Parme l’année précédente. Le librettiste lui-même reprit un livret qu’il avait écrit pour un autre compositeur et y fit de nombreuses modifications en accord avec Bellini. Après sa création, I Capuletti e i Montecchi a été redonné en 1859, et est tombé plus ou moins dans l’oubli depuis, au profit de
La Norma, La sonnambula ou I Puritani.

L’action de ces Capulets et Montaigus est très simplifiée par rapport à la pièce de Shakespeare et aux opéras précédents puisque Mercutio et Paris, entre autres personnages, disparaissent, et que la romance entre Roméo et Juliette a déjà débuté au lever du rideau. Nous n’assistons donc plus à la naissance de l’idylle entre les deux jeunes gens. Quant à Lorenzo, il n’est plus prêtre, mais médecin et conseiller du père de Juliette.

Très peu donné en France, I Capuleti e i Montecchi a fait son entrée à l’Opéra de Paris en 1995 dans une mise en scène de Robert Carsen. C’est cette production qui est reprise pour l’heure à Bastille, pour laquelle Gérard Mortier a réuni une distribution de très haut vol.

Patrizia Ciofi, qui remplace pour la troisième fois Anna Netrebko enceinte, donne à sa Giulietta une dimension inattendue ; à la fois très forte et très fragile, elle est tiraillée entre son amour pour Roméo et son amour pour son père. Vocalement, Ciofi est en grande forme, la tessiture du rôle de Giulietta lui va parfaitement, et elle se joue des difficultés sans efforts ; son aria « Ecomi in lieta vesta » est interprétée de façon remarquable, et les deux duos avec Roméo sont également superbes et très émouvants.

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© C. Leiber / Opéra National de Paris

Joyce Di Donato en Roméo est l’autre triomphatrice ; excellente comédienne elle donne à son Roméo l’image d’un jeune homme impétueux. Si le chef de guerre est bien présent, le jeune homme fougueux et inconscient le dispute à la détermination du guerrier ce qui provoque bien des larmes de part et d’autre. En grande forme vocale, sa maîtrise de la tessiture est impressionnante. Le duo avec Tebaldo est un des moments les plus touchants, tant les deux protagonistes sont eux même très affectés par la « mort » de Giulietta.

Matthew Polenzani est certes un beau Tebaldo, mais il reste en deçà de ses collègues. Très beau comédien, la voix est très belle mais manque de puissance, et elle est régulièrement couverte tant par l’orchestre que par ses collègues dans les ensembles ou dans les soli. C’est d’autant plus dommage que Polenzani donne à son personnage un relief qui pourrait être plus éclatant avec un peu plus de charisme.

Giovanni Battista Parodi en Capellio est remarquable tant vocalement que scéniquement. Chef de guerre à part entière, sa fille n’est qu’un pion sur l’échiquier politique et l’amour de la jeune fille pour le chef de la maison adverse est ressenti comme une trahison plutôt que comme la promesse d’une paix possible. Mikhail Petrenko est un Lorenzo excellent ; seul ami de Roméo et Juliette en ces temps de guerre, il tente tout ce qui peut l’être pour les aider et pousser Capellio à faire la paix avec les Montaigus. Le chagrin le dispute à l’inquiétude, quand la guerre entre les Capulets et les Montaigus reprend de plus belle devant les corps sans vie des deux amants.

Evelino Pido, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Paris est en grande forme et sa direction met la musique de Bellini en valeur avec un brio incomparable, tant les moments d’émotions ne manquent pas, que ce soit pour souligner l’amour sincère et passionné des deux jeunes gens, les batailles ou la détresse. Les choeurs sont bien préparés dans l’ensemble, mais ont cependant pêché au niveau d’une diction pas toujours impeccable. Quand au choeur invisible qui accompagne l’inhumation de Giulietta, il est un peu trop lointain pour être vraiment audible.

La mise en scène de Robert Carsen est sobre, donnant toute sa force au drame qui se joue sous nos yeux avec une intensité rare.

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© C. Leiber / Opéra National de Paris

Les costumes, les décors et les lumières, judicieusement choisis soulignent la rivalité entre les deux familles véronaises avec une simplicité éloquente et l’amour des deux jeunes gens est remarquablement mis en avant. On ne peut qu’apprécier pleinement une conception aussi humaine et génératrice d’émotions.

La reprise de cette production restera donc une grande réussite, grâce à une distribution de très haut vol qui a rendu justice de façon remarquable à cette oeuvre de Bellini fort injustement méconnue.

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- Paris
- Opéra Bastille
- 15 juin 2008
- Vincenzo Bellini (1801-1835), I Capuleti e i Montecchi, Opéra en deux actes sur un livret de Felice Romani
- Mise en scène : Robert Carsen ; Décors et costumes : Michael Levine ; Lumières : Davy Cunningham
- Capellio : Giovanni Battista Parodi ; Giulietta : Patrizia Ciofi ; Roméo : Joyce Di Donato ; Tebaldo : Matthew Polenzani ; Lorenzo :
Mikhail Petrenko.
- Choeurs de l’Opéra de Paris. Chef des chœurs, Alessandro Di Stefano
- Orchestre de l’Opéra de Paris
- Evelino Pido, direction






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