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Les Borodine : la simplissime excellence

lundi 17 janvier 2011 par Vincent Haegele
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Quatuor Borodine
© Thomas Mueller

Le cycle de la Cité de la Musique « Lénine, Staline et la Musique », que l’on aura pu trouver convenu sur certains aspects, intéressant pour d’autres, a en quelque sorte connu une véritable apogée au cours des samedi 8 et dimanche 9 janvier. Grâce à qui ? Au Quatuor Borodine, nouvelle mouture, mais véritable renaissance (le terme de bain de jouvence serait inapproprié) : on aura craint de n’écouter qu’un vague succédané de ce qui était l’une des plus prestigieuses formations de chambre du XXe siècle. Nous voilà rassurés : le XXIe s’annonce bien.

Nous n’avons pu malheureusement assister qu’à la première partie de ce concert en deux volets, soit la soirée de samedi où étaient programmés les Quatuors n°1, 7 et 3 de Dmitri Chostakovitch. Les échos qui nous sont parvenus de la deuxième partie, donnée le lendemain, n’ont fait que confirmer nos premières impressions : c’était un grand concert, d’un seul tenant, sans contradiction, littéralement en apnée. La respiration des Borodine semble par ailleurs des plus fluides et des moins schématiques que l’on ait pu entendre : aucun accent, une absence de phrasés hors propos, une logique de discours imparable. La machine est belle, sans aucun doute. Trop belle ?

Elle le serait si cet arsenal technique (Ruben Ahoronian, le premier violon, est sidérant de maîtrise et de justesse) ne servait qu’à dévider le contenu d’une partition aux aspérités soigneusement polies avec le temps. Il n’en est rien : leur lecture du Troisième quatuor n’a rien à envier à celle que fit jadis Mravinski de la Huitième symphonie. Cette comparaison se justifie, bien qu’elle ne soit pas évidente dans un premier temps : les deux partitions sont contemporaines, marquées par la guerre, la détresse et la faim, leur voile funèbre n’est retiré que pour mettre en valeur le grotesque de l’humanité. Elles sont en cinq mouvements toutes les deux, et toutes les deux comportent deux mouvements finaux intimement imbriqués autour d’un schéma obsessif (passacaille, notamment). Leurs conclusions sont pour ainsi dire identiques : désolées et illuminées.

Désolé et illuminé : voilà bien les adjectifs qui conviennent à l’interprétation des Borodine de ces trois pièces : certes, le Quatuor n°1 porte encore des traces d’insouciances (fort bien rendues, du reste, notamment dans le très simple premier mouvement, au rythme de marche légèrement implacable) mais dès le Septième, deuxième numéro de la soirée, il est évident que le tragique l’emporte sur tout autre sentiment. Mais il ne s’agit pas d’un tragique de façade : celui que proposent les Borodine porte les traces d’une histoire longue, pleine de parallèles et d’allers-retours. Le Troisième quatuor, enfin, fait figure d’acmé, mais en toute simplicité.

Il y a sans doute d’autres manières de jouer Chostakovitch, mais peu de personnes peuvent prétendre le faire de cette manière, avec autant de détachement paisible que d’urgence véhémente. Les Borodine ont trouvé une synthèse qui fera encore longtemps date.

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- Paris
- Cité de la Musique
- 08 janvier 2011
- Dmitri Chostakovitch (1906-1975), Quatuors à cordes n° 1 en Ut majeur Op.49 ; n°3 en Fa majeur Op.73 ; n°7 en fa dièse mineur Op.108
- Quatuor Borodine : Ruben Aharonian, violon ; Andrei Abramenkov, violon ; Igor Naidin, alto ; Vladimir Balshin, violoncelle






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