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Les Arts Florissants chantent Charpentier ou de l’importance d’être constant

mercredi 10 octobre 2012 par Jean-Charles Jobart
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William Christie
© Michel Szabo

Le nouveau programme de William Christie s’inscrit à l’évidence dans la continuité. Peu de surprise, certes ; mais que de plaisir ! Pourquoi changer une formule que tous aiment et qui possède un double mérite : continuer à exploiter l’immense répertoire des 500 pièces de Charpentier pour y trouver les pépites qui feront s’émerveiller l’auditeur et continuer à trouver de jeunes et belles voix pour faire vivre et vibrer ce magnifique répertoire ?

William Christie a ainsi construit un programme autour de trois œuvres peu connues du public mais magistrales : Cécile, vierge et martyre (H. 413), Motet pour les trépassés, « plainte des âmes du Purgatoire » (H. 311) et L’Enfant prodigue (H. 399).

Cécile, vierge et martyre n’est sans doute pas la plus émouvante des œuvres de Charpentier mais elle possède des pages d’une grande sensualité, notamment le duo Cécile – Valérien ou le chœur en apothéose des anges qui accueillent au Paradis la jeune et loyale Cécile. On ne peut que louer le choix de William Christie d’avoir confié à la soprano Rachel Redmond le rôle de Cécile. D’une voix limpide et lumineuse, mais manquant sans doute encore un peu d’épaisseur, la chanteuse écossaise est une juste incarnation vocale de la jeunesse et de la pureté de la martyre. S’il n’était un léger vibrato qui parfois vient perturber la pureté de la ligne de chant, tout serait parfait. La dernière prière de la sainte, expirée dans un piano délicat, fut particulièrement émouvante.

L’époux de la sainte, Valérien, est incarné par Benjamin Alunni, d’un chant clair, élégant, parfaitement articulé, mais manquant un peu d’émotion et parfois une nuance en retrait par rapport à ses partenaires, notamment Tiburius, le frère de Valérien, interprété d’une voix solaire par Reinoud Van Mechelen. Le haute-contre, malgré un son parfois nasal inhérent à sa tessiture, développe un timbre brillant et perçant. Son interprétation du fils prodigue fut particulièrement splendide, avec ses lignes parfaitement tenues et ses sons délicatement filés. L’interprétation est sensible, théâtrale mais toujours sans excès : bref, un bonheur !

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Les Arts Florissants
© Guy Vivien

De même, Luigi De Donato, en Almachus, démontre toutes les qualités de son beau chant : timbre profond, puissance sonore, interprétation tempétueuse, mais vocalises par moments un peu lourdes. Il formera en particulier un remarquable trio avec Benjamin Alunni et Reinoud Van Mechelen dans le Motet pour les trépassés.

Elodie Fonnard, en ange, fut divine. La voix est à la fois claire, souple et magnifiquement chaleureuse. Chaque phrase est interprétée avec ferveur et sensibilité. Le duo avec le second ange, Virginie Thomas, fut ainsi un moment de grâce.

La direction de William Christie est toujours précise, sensible mais empreinte d’une certaine retenue, d’une mesure caractéristique de la musique française et de son « bon goût ». Dans le chœur final de Cécile, vierge et martyre, il sait gérer les répétitions par un effet d’amplification exaltant le dolorisme de la musique et évitant toute lassitude. Les instrumentistes sont d’une impeccable cohérence et d’un parfait équilibre avec les chanteurs. Le timbre des vents et la délicatesse des cordes servent à merveille la suavité de la musique de Charpentier. Il faut louer l’engagement du continuo - claviers, viole de gambe et théorbe – qui soutient et entraine les solistes tout en restant discrets : une prouesse !

Le concert est poursuivi par une pièce splendide : le Motet pour les trépassés. Qu’il est lourd, le fardeau de la grâce divine ! Qu’il est douloureux, qu’il est délicieux ! Quel bonheur d’écouter les plaintes des trépassés condamnés pour un temps au Purgatoire. La douleur est grande mais elle est joyeuse car source de rédemption. Le chœur démontre ici toutes ses qualités techniques et expressives, admirable de délicatesse, de suavité. Le son est parfaitement homogène, les attaques et enchainements d’une parfaite précision, les lignes mélodiques à la fois enlacées et distinctes.

Enfin, Le Fils prodigue aura constitué autant le final que le sommet de ce concert. La structure et le brillant de cet oratorio ne sont pas sans évoquer les meilleures pages de Carissimi auprès duquel Charpentier s’est formé. Solistes, chœur et instrumentistes s’y illustrent à nouveau avec talent, notamment dans le vigoureux chœur final « Gratias tibi Deus clemens ». Pierre Bessières, en Père du Fils prodigue, développe un chant agréable, malgré une diction pas toujours claire, avec un timbre profond, n’excluant pas une souplesse certaine dans de belles vocalises.

Williman Christie et les Arts florissants ont interprété avec talent ce qui constitue le cœur de leur répertoire et a fait leur renommée : la musique baroque française. Si ce programme Charpentier n’offre pas de grandes surprises au public, il est source d’un authentique plaisir musical. William Christie et ses musiciens ont ainsi illustré à merveille toute l’importance d’être constant en musique.

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- Toulouse
- Halle aux Grains
- 05 octobre 2012
- Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Cécile vierge et martyre H. 413 ; Motet pour les trépassés H. 311 ; L’Enfant prodigue H. 399
- Rachel Redmond, Violaine Lucas, Elodie Fonnard, Virginie Thomas, dessus
- Reinoud Van Melechen, haute-contre
- Benjamin Alunni, Thibaut Lenaerts, taille
- Pierre Bessière, basse
- les Arts Florissants
- William Christie, direction






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