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Les Artemis et Jacques Ammon jouent Piazzolla aux Bouffes du Nord : ¡ Que concierto che !

dimanche 13 décembre 2009 par Carlos Tinoco
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Quatuor Artemis
© Boris Streubel

On savait Astor Piazzolla grand compositeur, on savait les Artemis grand quatuor, on découvre en Jacques Ammon un superbe pianiste dans ce répertoire. Mais surtout, on croyait Eckart Runge allemand. Erreur ! Pour jouer le tango avec un tel naturel, il faut avoir grandi à Buenos Aires. On ne sait pas encore s’il est membre de la hincha de Boca Juniors ou de celle de River Plate, mais personne ne nous fera croire désormais qu’il prend autre chose que des empanadas au petit déjeuner. En tout cas, grand merci à lui d’avoir emmené les autres membres du quatuor au pays de Sabato, de Maradona et de Mafalda, en nous offrant ce concert prodigieux. Bravo maestro !

Quand la musique atteint de tels sommets, le critique n’a plus qu’à applaudir, et tenter de transmettre un peu de son exaltation. On pourrait croire, à la lecture du programme, qu’il s’agissait d’un collage entre Mozart et Beethoven d’un côté, la musique argentine de l’autre, pas du tout ! D’une extrême intelligence, ce programme était d’abord construit autour de Bach. De sa science de la fugue et du contrepoint, et de la manière dont elle a influencé ses successeurs, aussi bien immédiats que lointains. Cette continuité, inscrite dans les partitions, a été admirablement mise en valeur par les interprètes, tout du long.

On relèvera, au milieu d’un jeu si inspiré, que Gregor Sigl s’est désormais fondu dans la formation au point de laisser éclater ses qualités d’archet lorsqu’il est premier violon (les Artemis font de l’alternance premier et second violon un de leur credo depuis toujours). Les Mozart (ou les Bach, tant ces compositions sont fidèles à l’esprit du Cantor) sont merveilleux de concentration et de spiritualité.

La Malinconia, jouée juste après une magnifique Soledad, révèle deux autres fils directeurs du programme : cette nostalgie éperdue qu’on trouve autant chez Beethoven que dans le Tango, et, plus surprenant : cet entrelacement des registres, cette élégance dans les mauvaises manières, qui leur est aussi commun. Car le Tango, né dans les bordels de Buenos Aires, est aussi la musique la plus classe du monde. D’une classe sauvage, que les Artemis retrouvent dans une Grande Fugue proprement inouïe. Quand on prend des risques pareils et qu’on offre un tel maelström musical, quelle importance si Natalia Prishepenko s’y perd pendant plusieurs mesures ? Cela fait presque partie de la grandeur du geste. D’autant qu’elle nous aura tellement gâté dans tout le concert, qu’on lui pardonne aisément. Bien sûr, elle n’a pas un sens aussi naturel qu’Eckart Runge de la musique argentine ; mais elle utilise sa sensibilité slave pour trouver dans son jeu l’expressionnisme et la sensualité que demande Piazzolla, sans jamais tomber dans la caricature. Friedemann Wiegle princier et fougueux à l’alto, c’est l’ensemble du quatuor qui parvient à rendre toutes les facettes de sa musique : de la filiation avec la tradition européenne la plus savante, jusqu’aux accents gouailleurs sans lesquels on ne pourrait y croire.

Jacques Ammon, ancien lauréat du concours Claudio Arrau (qui était, paraît-il, un très bon danseur de Tango et dont on n’aura pas assez relevé combien son jeu, dans le rapport au chant et à la rythmique, venait du cône sud de l’Amérique autant que de Berlin) se révèle un maître des couleurs et de ce swing si particulier qu’on trouve dans ces régions. Quant à Eckart Runge, grand architecte de ce Piazzolla Project, et auteur avec Ammon de tous les arrangements pour quatuor ou pour violoncelle et piano des pièces présentées ce soir, il est canaille, enjôleur, romantique jusqu’à la pointe de la bottine, sublime comme savait l’être Carlitos Gardel.
Viva Argentina !

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- Paris
- Théâtre des Bouffes du Nord
- 07 décembre 2009
- Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Prélude en ré mineur ; Fugue en ré mineur n°4 K405 ; Prélude en mi bémol majeur ; Fugue en mi bémol majeur n°2 K405
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), La Malinconia, extrait du Quatuor à cordes en mi majeur Op. 18 n°6 ; Grande Fugue, extrait du Quatuor à cordes en si bémol majeur Op. 133
- Angel Villoldo (1861-1919), El Choclo pour violoncelle et piano
- Astor Piazzolla (1921-1992), Canto y fuga pour violoncelle et piano ; Soledad pour violoncelle et piano ; Primavera Porteña ; Suite Del Angel ; Concierto Para Quinteto
- Quatuor Artemis : Natalia Prishepenko et Gregor Sigl, violons ; Friedemann Weigle, alto ; Eckart Runge, violoncelle
- Jacques Ammon, piano






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