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Leonard Slatkin, la belle sans la bête

mardi 9 décembre 2008 par Théo Bélaud
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Leonard Slatkin DR

Dans ses deux répertoires de prédilections - le romantisme contemporain américain et Tchaïkovski - Leonard Slatkin a rempli son contrat à la tête du Philharmonique de Radio France, sans donner beaucoup plus toutefois qu’un honnête concert. Se contente-t-on d’un honnête concert quand est programmée la Pathétique, voir !

On ne s’appesantira pas sur la curieuse ouverture de concert par la Fantasia Upon One Note de Purcell, arrangée pour cordes, qui suggère certes le penchant de John Corigliano pour la valorisation de la tradition, et qui fait ainsi écho à une oeuvre de ce dernier qui n’était pourtant pas donnée ce soir, la Fantasy on a Ostinato. Bien proprette et décontractée, l’exécution du Philhar était tout à fait irréprochable et anecdotique. Son Concerto pour Violon, auquel le compositeur doit une bonne partie de sa célébrité, est quand à lui une page fort écoutable, notamment son premier mouvement, mais n’est pas le sommet de l’oeuvre de Corigliano - certainement moins, en tous cas pour ce genre, que son Concerto pour Clarinette. Il est cependant incontestablement représentatif d’un style d’écriture qui mérite le respect et surtout nécessite l’exigence pour être crédible, et dont Corigliano est un continuateur important, aux côtés de Christopher Rouse, John Danielpour et de nombreux autres. La principale faiblesse de ce concerto est de s’étendre en des dimensions un peu trop vastes (quarante minutes) pour sa substance musicale. Le disque a à la fois la faiblesse et l’avantage de tendre à ne faire conserver que les meilleurs éléments en-dehors de la continuité, le reste pouvant s’accommoder d’une fonction de fond sonore : pourtant, l’œuvre n’est pas réductible à un continuum de poncifs néo-romantiques.

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Joshua Bell © Chris Lee

Mais au concert, y compris avec des exécutants investis, de nombreux développements, pour puissamment articulés et orchestrés qu’ils soient, paraissent un peu didactiques, surtout dans les deux derniers mouvements. La chaconne et le petit scherzo initiaux font meilleure impression et bénéficient d’une présentation manifestement excellente de la part de l’orchestre et à coup sûr remarquable de la part de Joshua Bell. Ce dernier aura au moins montré qu’il avait, en concert, plus de personnalité et de son à revendre que ce que la personnalité, lisse et superficielle de gendre idéal souriant, présentée par les éditeurs et les reportages cul-culturels ne laissent croire. Bell est en fait tellement formidable qu’il ne joue pas de Bach en bis, mais du... Corigliano (une pièce légère assez à propos, tirée de la BO du film The Red Violin auquel le concerto doit sa célébrité.

Aux plans formels et stylistiques, difficile de mettre en cause le travail de Slatkin dans la Pathétique. Le chef bannit toute excentricité, toute lourdeur et tout surlignage malvenu, et va à l’essentiel ; son attention aux phrasés les plus naturellement suggérés par le texte est indéniable, autant dans la respiration du thème lyriques des cordes dans le premier mouvement que le sujet principal de la valse. Sa gestion des plans sonores est globalement exempte de reproches. Que manquait-il donc, mise à part, certes, une présence supérieure dans la conduite du discours ? Évidemment, un orchestre meilleur que bon. C’est bien le problème crucial avec cette symphonie, et pas tant parce qu’elle est jouée chaque saison trois à cinq fois au moins dans les grandes salles parisiennes. Mais plutôt parce qu’une œuvre dont l’écriture sollicite autant les extrêmes expressifs et la personnalité des pupitres, et pour laquelle on a à ces égards de tels niveau d’attente, ne supporte manifestement pas la seule bonne tenue. Et de fait, ce n’est pas de faiblesses instrumentales qu’il s’agit, car il n’y en avait guère. Ni même de volonté et de conviction : il suffisait de regarder les premiers violons lancer le climax central du premier mouvement : la conviction perçue au moins visuellement faisait assez plaisir à voir, à commencer par celle du jeune konzertmeister amené dans les bagages de Slatkin - curieuses manières, tout de même : quand vous êtes invité à diner, amenez-vous vos couverts pour vous assurer de l’hygiène du repas ? L’audition présentait pourtant un léger décalage avec cette impression, même à cet endroit, celui où l’orchestre semblait - mais comment pouvait-il en être autrement - le plus investi (m. 171-188). L’accord introductif du fameux passage, mou et imprécis, n’avait il est vrai guère aidé à stimuler les énergies. À la fin de cette même section, les trombones du Philhar’ faisaient le travail, jouant juste et fort, mais il n’est même pas sûr qu’un enfant de cinq ans en aurait eu peur... d’autant que le dernier fortissimo était totalement oublié (m. 302), ce qui est fréquemment le cas lorsque l’on n’est par parvenu à atteindre le ffff demandé deux mesures avant.

L’ensemble n’avait pourtant pas mal débuté, nonobstant des basses nettes mais trop timides durant toute l’introduction - problème récurrent du Philhar’. Les élans lyriques du premier développement, sans tirer des larmes, étaient très acceptables dans l’esprit et la réalisation, tout comme à la réexposition de ceux-ci. On ne pouvait même pas reprocher aux violons (m. 305-325, par exemple) de ne faire que du joliment amoureux : mais entre l’éviter et faire entendre le morbide absolu, il y a un grand pas. La conclusion bénéficiait d’une bonne harmonie en général, et de bonnes trompettes en particulier là où attendu : elle aurait été idéale avec des pizz plus autoritaires et inexorables. Juste avant, le dernier rappel du thème à la clarinette solo, réellement con tenerezza, allait s’avérer être le seul éclair de véritable émotion de toute la soirée. Les violoncelles et la petite harmonie, sans trouver de miraculeuse signature sonore, se montraient tout à fait justes et exacts dans la valse, menée de la plus probe et intelligemment des façons par Slatkin : mais ici comme à tant d’autres endroits, si cette approche est la plus susceptible de montrer de grandes choses, comment y parvenir sans des timbres et des couleurs dix fois plus caractérisés ? La remarque s’applique naturellement à tout le reste, sans que jamais l’on ne puisse remettre en cause le sérieux et l’application de l’orchestre, ni la rigueur de la conduite du chef. Les reproches factuels ne pouvaient être que marginaux : une grosse caisse légèrement envahissante dans le troisième mouvement (mais des timbales excellentes par ailleurs), une intonation légèrement approximative des bassons au début de l’adagio... rien de très significatif et qui puisse tenir lieu de justification d’un relatif ennui, qui ne peut s’expliquer que par l’absence d’un feu sacré que trop peu de chefs arrivent à faire monter du professionnalisme presque trop grand du Philhar’... Mais cet orchestre doit-il être moins ou plus dompté, voilà une question compliquée.

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- Paris.
- Salle Pleyel.
- 28 novembre 2008.
- Henry Purcell (1659-1695), Fantasia Upon One Note, arr. pour cordes de Peter Warlock ; John Corigliano (né en 1938) : Concerto pour Violon ; Piotr Ilitch Tchaikowski (1840-1893) : Symphonie N°6 en si mineur.
- Joshua Bell, violon.
- Orchestre Philharmonique de Radio France.
- Leonard Slatkin, direction.






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