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Le soir de Sinaisky

mercredi 21 mai 2008 par Bertrand Balmitgère
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Vassily Sinaisky
Photo : www.marcoborggreve.com

C’est à une véritable soirée de gala que nous avons assisté au palais de la musique et des congrès de Strasbourg. Un concert au fort accent russe qui nous a donné le plaisir d’assister à ce qui constitue assurément le meilleur concert de la saison musicale de l’OPS, avec en point d’orgue une Symphonie Pathétique de Tchaïkovski anthologique. Dans ce succès qui restera dans les annales de la scène strasbourgeoise, un homme est pour beaucoup : Vassily Sinaisky.

Vassily Sinaisky, n’est pas un inconnu du coté la salle Erasme, puisqu’il y a déjà près de dix ans, celui-ci était déjà venu diriger un concert. Une récidive dont on ne peut que se féliciter au vu de sa dernière prestation. Sinaisky est encore un de ces chefs ignorés de la grande majorité des mélomanes, et pourtant son parcours devrait parler en sa faveur. Celui qui est actuellement en poste à Malmö fut l’assistant du mythique Kirill Kondrachine à Moscou, avant de se faire connaitre à « l’ouest » en remportant la médaille d’or au prestigieux Concours Karajan à Berlin en 1973. Il devint par la suite directeur musical et chef principal de l’Orchestre Philharmonique de Moscou puis de l’Orchestre National de Russie. Souvent invité au Bolchoï ainsi que dans le monde entier, Sinaisky n’a donc rien d’un novice. Pourtant son exposition médiatique reste limitée, alors que paradoxalement son legs discographique, pour Chandos en particulier, est important et surtout d’une rare qualité (cf. Kabalevski, Chostakovitch ou encore Glazounov).

Héritier de la tradition musicale soviétique, on attendait donc de Sinaisky qu’il nous livre une vision de la sixième symphonie de Tchaïkovski dans les pas de ses illustres pairs : Mravinsky et Svetlanov. Et nous avons été exaucé ! A cent lieues des excès contemplatifs que l’on reproche souvent aux chefs occidentaux. Au contraire on assista à une démonstration de ce que fut l’art de la direction russe « made in URSS », avec ses caractéristiques habituelles : un tranchant sans pareil à tous les niveaux de l’interprétation, un regard acerbe et sans concession sur l’œuvre, dans des tempi souvent vifs. Un Tchaïkovski teinté de réalisme, avec pour but premier de le « désembourgeoiser » et de lui ôter toute superficialité.

Dès le premier coup de baguette Sinaisky impose une démonstration de force et de puissance orchestrale soutenue par les tonitruants cuivres et les saisissantes percussions d’un OPS en grande forme ce soir, à tel point qu’on se serait parfois cru dans l’Ouverture 1812. Un premier mouvement donc cravaché, furieux à l’image d’une folle course à l’abime.
Mais même débarrassé de tout pathos, Tchaïkovski restera toujours Tchaïkovski, à savoir un compositeur qui sait comme nul autre toucher le cœur de l’auditeur et mettre des notes sur la moindre nos émotions. Tchaïkovski c’est la vie et toute sa tragédie qui se fait musique. Alors quand elle est aussi bien interprétée que ce soir là, avec une mention spéciale pour les cordes et les vents parfaits comme jamais, nul ne pouvait rester de marbre.
Ce Tchaïkovski là bouleversa tous nos sens, nous prenant tantôt à la gorge pour ensuite mieux nous pousser au bord des larmes. Totalement renversant ! On en redemande !

L’autre grand homme de ce concert fut le violoniste Boris Brovtsyn qui interpréta le concerto pour de Glazounov.

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Boris Brovtsyn
DR

Ce soliste de 31 ans, formé à Moscou ne pouvait rêver mieux que le concerto de Glazounov pour faire l’étalage de son talent, et nous a littéralement bluffé, par grande justesse, et par le tact de tous les instants dont il a fait preuve. Brovtsyn illumine de toute sa classe cette première partie de concert, sa technique d’orfèvre achevant de transformer son interprétation en véritable démonstration. L’Orchestre Philharmonique de Strasbourg à la sonorité suave fut lui aussi parfait, en état de grâce même, se révélant un véritable prolongement de l’archet du soliste. Un mot sur les vents, et surtout les flûtes (très importantes dans cette œuvre) qui concert après concert démontrent leur excellence. Enfin que dire de Sinaisky, pour lequel Glazonouv n’a plus le moindre secret depuis bien longtemps. Tout simplement qu’il a fait honneur à sa réputation de spécialiste du genre
Musicien semblant fort sympathique, Brovtsyn ravit l’assistance ainsi que l’orchestre, fait rare, avec son bis : la danse rustique de la Cinquième sonate d’Ysaye. Un grand moment où le violoniste y alla de toute sa fougue et de sa virtuosité, récoltant les vivats d’un public conquis. Après Julian Rachlin le mois dernier, l’OPS nous a encore permis de découvrir un futur grand du violon, Boris Brovtsyn. On risque d’en reparler.

En guise de conclusion nous évoquerons l’Ouverture Carnaval d’Antonin Dvorak qui débuta le concert. Menée tambour battant mais toujours avec cette pointe de poésie slave qui sied si bien à Dvorak. La cerise sur un gâteau déjà si beau.

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 15 Mai 2008
- Antonin Dvorak (1841-1904), Ouverture Carnaval Op.92 ; Alexander Glazounov (1865-1936), Concerto pour violon et orchestre en la mineur Op.82 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893), Symphonie n°6 en si mineur « Pathétique » Op.74
- Boris Brovtsyn, violon
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Vassily Sinaisky






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