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Le retour de Fortunio à l’Opéra comique

mercredi 23 décembre 2009 par Karine Boulanger
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© Elisabeth Carecchio

Créé à l’Opéra comique en 1907, Fortunio couronne la carrière brillante d’un compositeur, qui, à peu d’exceptions près, préfèrera se consacrer au genre léger, avec l’élégance et le goût d’un fin connaisseur du théâtre et de ses conventions.

De fait, la comédie lyrique Fortunio doit son bel équilibre tant à sa partition de Messager qu’au livret concocté par Gaston Arman de Caillavet et Robert de Flers, tiré dans ses grandes lignes du Chandelier d’Alfred de Musset. L’ensemble constitue une pièce charmante, enlevée, sans temps mort. La partition minutieusement ciselée par le défenseur de tant de grands noms de la musique française de la fin du XIXe et du début du XXe siècle témoigne d’un art consommé de la « conversation en musique », effaçant la distinction entre récitatifs et airs, enchaînant avec une grande fluidité les différentes formes (duos, trios, airs, chœurs) et dont l’apparente simplicité cache en réalité un subtil dosage de légèreté et de gravité, ne sombrant jamais dans le trivial ou la vulgarité et évitant l’écueil du mélodrame de pacotille.

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© Elisabeth Carecchio

Confiée à Denis Podalydès, la mise en scène vise à l’essentiel, suivant toujours la musique, s’appuyant sur une direction d’acteur fine et parfaitement réglée, suscitant le sourire même devant la situation éculée de l’amant dans le placard. L’ensemble est transposé sans dommages à l’époque de la création, ce petit vaudeville bourgeois pouvant aussi bien être transposé à la Belle Epoque. Les décors sobres de Eric Ruf ne comportent que les accessoires indispensables à la pièce, et les beaux costumes de Christian Lacroix ne tombent jamais dans le piège de l’ostentatoire de la reconstitution historique.

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© Elisabeth Carecchio

La direction musicale de Louis Langrée se caractérise par une attention constante à l’équilibre de cette comédie légère mais raffinée, attentif aux chanteurs, se plaisant parfois à souligner (un peu trop ?) quelques parentés avec des partitions de Massenet, mais où l’invention mélodique n’entrave pas la vivacité de l’action.

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© Elisabeth Carecchio

La distribution se distingue par son homogénéité, chaque rôle distribué au mieux, sans personnalité véritablement dominante, mais au contraire avec un ensemble, un esprit de troupe qui servent l’œuvre. On louera aussi la qualité de la diction de la plupart des interprètes, indispensable dans une comédie où les bons mots et les effets doivent être immédiatement compris du spectateur pour faire mouche. Joseph Kaiser campe un Fortunio emprunté et tourmenté (Denis Podalydès y voyant un cousin français de Werther, au destin moins tragique) et se sort convenablement des demi-teintes exigées par le rôle. Il soutient non sans efforts la tessiture relativement haute, appelant un beau lyrisme et des aigus aisés qu’il faut pouvoir soutenir légèrement, sans forcer. La chanson de Fortunio est cependant très exposée, les aigus tenus forte en contradiction avec l’élégance qui caractérise la musique.

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© Elisabeth Carecchio

Virginie Pochon est parfaite en Jacqueline dont la fausse candeur et l’esprit mutin disparaissent vite face à la grâce du « chandelier », le troisième acte marquant la métamorphose de la coquette prise au dépourvu lorsque l’aimable badinage cède la place à de véritables sentiments. La voix est légère mais bien projetée, le timbre agréable. Jean-Sébastien Bou est un Clavaroche avec juste ce qu’il faut de suffisance et d’airs conquérants et on reprochera seulement à Jean-François Lapointe (Landry) une diction peu claire. Jean-Marie Frémeau est excellent en Maître André, jaloux sans être méchant, bonhomme au fond. Le reste de la distribution et les chœurs n’appellent que des éloges.

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- Paris
- Opéra comique
- 14 décembre 2009
- André Messager (1853-1929), Fortunio, comédie lyrique en quatre actes. Livret de Gaston Arman de Caillavet et Robert de Flers d’après le Chandelier d’Alfred de Musset
- Mise en scène, Denis Podalydès ; décors, Eric Ruf ; costumes, Christian Lacroix ; lumières, Stéphanie Daniel
- Fortunio, Joseph Kaiser ; Jacqueline, Virginie Pochon ; Maître André, Jean-Marie Frémeau ; Clavaroche, Jean-Sébastien Bou ; Landry : Jean-François Lapointe ; Lieutenant d’Azincourt : Philippe Talbot ; Lieutenant de Verbois : Jean Teitgen ; Madelon, Sarah Jouffroy ; Maître Subtil, Jérôme Varnier ; Guillaume, Eric Martin-Bonnet ; Gertrude, Clémentine Margaine
- Chœur de chambre Les Eléments ; chef des chœurs, Joël Suhubiette
- Orchestre de Paris
- Louis Langrée, direction











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