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Le départ de Reims

vendredi 24 octobre 2008 par Richard Letawe

Initiée par le Centre français de Promotion Lyrique, ce Viaggio a Reims, coproduit avec une quinzaine de théâtre lyriques, prenait le départ depuis le Grand Théâtre de Reims d’une tournée qui va le mener dans toute la France jusqu’en mars 2009, avec au total plus de quarante représentations. La troupe a été recrutée sur concours, elle compte 28 jeunes chanteurs, ce qui permet d’avoir deux distributions en alternance pour les rôles principaux.

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©Alain Julien

Les metteurs en scène de cette production ont pris le parti de transposer l’action dans un palace des années 30 pour, ils s’en expliquent dans leur note d’intention, retrouver l’esprit des comédies cinématographiques de l’époque. C’est un parti pris intéressant, et cela donne un spectacle assez beau, pour les décors et les costumes, qui manque un peu de rythme et d’humour, mais qui assez distrayant pour un opéra à l’argument bien mince.

Du côté de la distribution également, le constat est positif, une surprise pour un ensemble de chanteurs aussi jeunes. Une légère déception est causée par les deux ténors, qui ont du style, mais qui manquent beaucoup de charisme, et sont bine fragiles : le Belfiore de James Elliott chante délicatement, mais la voix est sans couleurs et peu puissante, et Jud Perry en Libenskoff projette peu une voix assez fade, aux aigus enroués. Petit regret encore pour le Lord Sidney de Istvan Kovacs, qui gâche un beau timbre de basse et des moyens très intéressants par une émission exagérément nasale. Le reste du plateau est très réjouissant, avec en premier lieu un duo de barytons aux caractéristiques fort similaires, Don Profondo de Gerardo Garciano et Don Alvaro d’Armando Noguera, de belles voix saines et bien menées, mais des chanteurs qui n’extériorisent pas tout à fait leur chant. Le Trombonok de Vladimir Stojanovic est un peu gris, mais chante noblement, alors que la basse Patrick Bolleire a le temps de montrer dans le court rôle de Don Prudenzio un potentiel vocal très appréciable.

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©Alain Julien

C’est cependant du côté des dames que l’on entend les meilleures choses, celles qui marquent les mémoires. Elisabeth Bailey (Comtesse de Folleville) connaît quelques problèmes de justesse, mais sa voix aux aigus très fins est agile et séduisante. En Corinna, la gracieuse Hye Myung Kang donne un aria « Arpa gentil » absolument splendide, d’une pureté de ligne et d’une virtuosité inoubliables. Un léger cran au dessus, deux chanteuses qui ont déjà une expérience préalable de leur rôle : Oxana Shilova a fait partie de la troupe du Théâtre Marinski, et a ainsi participé à la production dirigée par Valery Gergiev, qui a été vue à Paris au Théâtre du Châtelet. Elle chante Madame Cortese, où elle fait preuve d’une forte présence scénique, presque digne d’une meneuse de revue, et où ses qualités vocales font merveille. Le timbre est beau, plein de lumière et de couleurs, la vocalisation est très sûre, et les aigus qu’elle émet avec beaucoup de goût sont splendides. Kleopatra Papatheologou quant à elle a déjà chanté la Marchesa Melibea rien moins qu’à Pesaro. La justesse est impeccable, la puissance du chant est spectaculaire, et à part un timbre un rien métallique, on ne voit rien à lui reprocher, car elle plie sa grande voix aux exigences belcantistes sans problèmes. On sera curieux de la réentendre en d’autres occasions. Le bilan de la distribution est donc très encourageant, car le tournée sera longue, les chanteurs vont pouvoir apprendre à habiter leurs rôles et arranger certains détails. On peut cependant déjà affirmer que ces jeunes gens sont tous à la hauteur de leur tâche : personne n’est désagréable ni dépassé, tous ont leur place dans cette production, au moins pour ceux que nous avons entendus ce dimanche.

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©Alain Julien

L’Orchestre du Grand Théâtre de Reims a des timbres un peu crus, mais réalise quand même une excellente prestation : l’ensemble est très discipliné, et réagit vivement à chaque sollicitation du chef. Celui-ci, Giuliano Acocella, est confronté au souvenir de Claudio Abbado, qui avait presque fait de cette partition sa chasse gardée. Il s’en sort bien, donnant une lecture assez vive et élégante, mais qui pourrait être plus jubilatoire et plus contrastée. Les menus décalages avec le plateau seront certainement réglés lors des représentations suivantes.

Voici donc une production du Viaggio a Reims qui tient toutes ses promesses, et même un peu plus. La voir partir de Reims est un joli symbole, et un beau début de saison pour un Grand Théâtre qui avait fait le plein pour cet événement.

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- Reims
- Grand Théâtre
- 05 octobre 2008
- Gioachino Rossini (1792-1868), Il Viaggio a Reims.
- Mise en scène, Nicola Berloffa ; Décors et costumes, Guia Buzzi ; Lumières, Valerio Tiberi ; Assistant à la mise en scène, Fabio Cherstich
- Corinna, Hye Myung Kang ; Marchesa Melibea, Kleopatra Papatheologou ; Contessa di Folleville, Elizabeth Bailey ; Madama Cortese, Oxana Shilova ; Cavaler Belfiore, James Elliott ; Conte Libenskof, Jud Perry ; Lord Sidney, Istvan Kovacs ; Don Profondo, Gerardo Garciano ; Barone di Trombonok, Vladimir Stojanovic ; Don Alvaro, Armando Noguera ; Don Prudenzio, Patrick Bolleire ; Don Luigino, Jean-Christophe Born ; Maddalena, Ekaterina Metlova ; Delia, Céline Kot ; Modestina, Rany Boechat ; Antonio, Yann Toussaint ; Zefirino, Baltazar Zuniga ; Gelsomino, Romain Pascal
- Chœur de l’Atelier Lyrique ; Chef de chœur, Sandrine Lebec
- Orchestre du Grand Théâtre de Reims
- Luciano Acocella, direction






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