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Le Voyage à Reims fait étape à Clermont Ferrand

mercredi 14 janvier 2009 par Benoît Donnet
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©Alain Julien

Le Centre Lyrique d’Auvergne accueillait ce soir une production originale, subtile et remarquablement aboutie du Voyage à Reims de Rossini, qui fait le tour de France depuis son départ de Reims au mois d’octobre dernier. Un vrai bonheur que cette soirée fine et bien menée par des chanteurs et un orchestre en excellente forme.

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©Alain Julien

Le Voyage à Reims, oeuvre de circonstance écrite en 1825, raconte comment quatorze protagonistes venus de toute l’Europe, réunis dans l’hôtel prestigieux du « Lys D’Or » en attendant de partir pour Reims briller lors des cérémonies du sacre de Charles X, s’aiment, se jalousent et s’acoquinent dans une ambiance délicieusement désuète et truculente de dialogues épicés. Si l’action se réduit à bien peu - car faute de diligences, le voyage n’aura pas lieu, de sorte que tout l’opéra se déroule à l’hôtel -, la richesse des situations, l’inventivité du librettiste et le charme fou de l’ensemble confèrent à cet opéra sans doute mineur dans la production de son auteur, un indéniable attrait, pour peu que la mise en scène se trouve soignée et créative. Et c’est bien ce que l’on a eu le plaisir d’observer : Nicola Berloffa a réalisé un travail remarquable, qui mêle avec finesse et humour certains costumes d’époque et des éléments de décor contemporains - comme des vélos d’appartement -, refuse l’excès (la scène reste dans l’ensemble assez sobre), le kitsch et invente un espace visuel agréable qui offre la possibilité aux dialogues et aux intrigues plus amusantes que tragiques, mais toujours traitées sur le mode dramatique, quel que soit leur degré de gravité, de se déployer sans trop de sérieux. Car c’est bien l’ironie et la dérision qui priment dans cette oeuvre qui juxtapose querelles amoureuses, flirts et rencontres imprévues dans un enchaînement soutenu de situations diverses et toujours amusantes.

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©Alain Julien

La qualité musicale de l’interprétation est à peu près idéale. Roberto Fores-Veses témoigne d’un talent remarquable pour faire vivre chaque instant de la musique rossinienne, restituer avec vie mais sans histrionisme les couleurs enjouées de son orchestration, et dirige certes avec moult grands gestes spectaculaires, mais aussi avec un engagement et une intelligence qui appellent à être salués. Son orchestre languedocien est d’ailleurs parfait, ou presque, la sonorité des cordes en particulier suscite l’admiration, à l’égal de la virtuosité, très sollicitée ici, du pupitre de flûtes. Les choeurs ont été à la hauteur, justes et pleins de puissance, et les basses doivent être félicitées de leur sonorité digne des grands ensembles choraux qui se commettent au disque.

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©Alain Julien

Quant aux chanteurs, le niveau global de leur prestation est très élevé, et ne souffre d’aucune véritable faiblesse, ni sur le plan de la mise en place (l’opéra a déjà été monté plusieurs fois, et l’on ressent en effet chez les interprètes une certaine expérience - qui exclut par ailleurs toute routine), ni sur celui de la qualité musicale ; chacun connaît visiblement son rôle dans la pièce et si la théâtralité du jeu n’est ponctuellement pas toujours aussi soulignée que nous pouvions, en étant très difficiles, l’attendre dans une telle oeuvre, l’ensemble respire le plaisir de jouer, de chanter et de badiner, ce qui est évidemment l’indice d’un spectacle de haute volée. Parmi les interprétations, on peut particulièrement saluer la prestation d’Elizabeth Bailey, délicieuse Parisienne frivole et virtuose dans l’art de se faire remarquer, et celle d’Alexey Kudrya, comte russe d’une grande élégance, et ténor tout à fait admirable, mais c’est la troupe toute entière, où les rôles secondaires sont également très bien tenus, notamment l’Antonio facétieux et musicalement très au point de Yann Toussaint, qui est à couvrir d’éloges.

De fait, nous avons assisté à un spectacle remarquable de justesse et d’intelligence.

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- Clermont-Ferrand
- Maison de la Culture, Salle Jean Cocteau
- 10 janvier 2009
- Gioachino Rossini (1792-1868), Il Viaggio a Reims.
- Mise en scène, Nicola Berloffa ; Décors et costumes, Guia Buzzi ; Lumières, Valerio Tiberi ; Assistant à la mise en scène, Fabio Cherstich
- Corinna, Hye Myung Kang ; Marchesa Melibea, Kleopatra Papatheologou ; Contessa di Folleville, Elizabeth Bailey ; Madama Cortese, Oxana Shilova ; Cavaler Belfiore, James Elliott ; Conte Libenskof, Alexei Kudrya ; Lord Sidney, Shadi Torbey ; Don Profondo, Gerardo Garciano ; Barone di Trombonok, Vladimir Stojanovic ; Don Alvaro, Armando Noguera ; Don Prudenzio, Patrick Bolleire ; Don Luigino, Jean-Christophe Born ; Maddalena, Ekaterina Metlova ; Delia, Céline Kot ; Modestina, Rany Boechat ; Antonio, Yann Toussaint ; Zefirino, Baltazar Zuniga ; Gelsomino, Romain Pascal
- Choeurs de l’Opéra National de Montpellier-Languedoc-Roussillon
- Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon
- Roberto Fores-Veses, direction











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