ClassiqueInfo.com




Le Trouvère au Capitole de Toulouse : Scène vide et plein chant

mercredi 15 février 2012 par Jean-Charles Jobart
JPEG - 43.5 ko
Tamara Wilson, Leonora ; Vitaliy Bilyy, Le Comte de Luna
© Patrice Nin

Le Théâtre du Capitole est une maison prestigieuse qui ose les opéras ambitieux. En montant le Trouvère de Verdi, l’institution toulousaine a su rassembler les talents nécessaires à ce grand classique du répertoire. Si la mise en scène n’a pas toujours convaincu, les chanteurs ont suscité l’admiration du public.

Du minimalisme au vide, il y a une frontière qui se laisse aisément franchir. Laisser la scène nue, remplie en son fond par de vastes vélums à l’esthétisme inspiré de l’Extrême-Orient, afin de débarrasser le drame de ses accidents circonstanciels pour se concentrer sur l’essence des conflits humains engendrés par l’amour, la jalousie et surtout la vengeance, est en soi respectable. Le metteur en scène, Gilbert Delfo, ambitionne de relier ainsi un drame romantique empesé d’un Moyen Age fantasmé à la tragédie grecque antique, aux sources et aux prototypes mêmes de la fatalité humaine. Cela ne nuit en rien au spectacle et à la musique. Mais était-il nécessaire de caricaturer les oppositions en faisant s’affronter le camp d’un monde lunaire et bleu de méchants jaloux et meurtriers à celui d’un monde solaire et rougeoyant de gentils amoureux et révoltés ? Fallait-il affubler les chanteurs et choristes de costumes parfois grotesques (les soldats bleus ne sont-ils pas affublée de casques ressemblant à de ceux de policiers ?) dont les détails colorés rappellent la distinction manichéenne, voire simpliste, de la mise en scène ? Fallait-il, lors du chœur des gitans, faire frapper des enclumes sur scène de façon aussi caricaturale ? Le minimalisme et le simplisme de la mise en scène n’ont pas convaincu. Mais en abordant la direction d’acteur, le minimalisme devient vide : chacun entre en scène, se plante et lance son air. On peine pour le Comte, planté durant la deuxième scène du premier tableau alors qu’il chante sa nervosité et sa jalousie, ou pour Leonora, figée en fond de scène, les bras tendu durant tout le final de Di quella pira. De même, le chœur bouge de façon machinale, que ce soit pour la sortie du chœur des gitans ou lors du chœur militaire Squilli, echeggi la tromba guerriera. Cette sobriété des gestes et attitudes ne sert nullement le drame mais, au contraire, ne fait qu’en accentuer l’artificialité. Heureusement, la musique était là pour faire oublier les faiblesses de la mise en scène.

JPEG - 73.6 ko
Nahuel Di Pierro, Ferrando
© Patrice Nin

La direction de Daniel Oren à la tête de l’Orchestre du Capitole est brillante, théâtrale, bouillante d’énergie, forte en contrastes. L’orchestre fulmine sur des scènes de bravoure, accentuant parfois le caractère déjà pompier de certains passages de la partition, mais sait aussi se faire onctueux et délicat pour accompagner les romances suaves ou les méditations les plus douces. Le chœur du Capitole, sous la direction d’Alfonso Caiani, a une nouvelle fois prouvé ses très grandes qualités d’homogénéité, de nuances et de phrasé. On aura en particulier remarqué la beauté et la délicatesse des chœurs de coulisse.

Côté chanteurs, il est devenu d’usage au Théâtre du Capitole de doter certaines productions d’une double distribution, afin d’offrir l’occasion à de jeunes talents de débuter dans de grands rôles. Ainsi a-ton pu admirer les prestations magnifiques de ces futures gloires des scènes lyriques.

JPEG - 90.3 ko
Tamara Wilson, Leonora ; Alfred Kim, Manrico
© Patrice Nin

Tamara Wilson possède une grande voix lyrique. Lors de son premier air, Tacea la notte placida, on a pu sentir la soprano d’abord quelque peu crispée. Mais, très vite, sa voix se détend lors de la reprise et explose lors des vocalises et des trilles de l’allegro. Le timbre est homogène, le registre ample, jusqu’à gratifier le public d’un ut dans la scène de prison, et le soutient puissant. Sa voix peut tout, depuis les cris de douleur jusqu’à filer avec délicatesse les notes les plus aigues. Mais Tamara Wilson est encore trop attentive à bien chanter lors de ses airs lents, tel le D’amor sull’ali rose, pour paraître naturellement dominer la musique et faire vibrer le public d’émotion. Mais dès que la musique s’agite, la soprano s’oublie et offre avec générosité des vocalises stupéfiantes, des forte et des aigus incroyables. Ajoutons que sa mort scénique fut très touchante et laisse entrevoir ce qu’elle est déjà : une très grande chanteuse.

JPEG - 72.3 ko
Andrea Ulbrich, Azucena ; Vitaliy Bilyy, Le Comte de Luna
© Patrice Nin

Andrea Ulbrich, dans le rôle d’Azucena, offre une magnifique prestation. Son interprétation, sa puissance dramatique et vocale, ont convaincu et conquis le public. La mezzo soprano focalise le regard par sa présence scénique tandis qu’elle déploie une voix puissante et douloureuse au timbre sombre et homogène jusque dans les notes les plus aigues. La prestation offerte au public fut stupéfiante, digne d’une diva.
Vitaly Bilyy a campé un superbe Conte di Luna. Ce baryton verdien possède une voix exceptionnelle : richesse des harmoniques et métal mordant du timbre, projection impeccable, forte péremptoires, le tout allié à une interprétation dramatique convaincante. Vitaly Bilyy a su également faire la démonstration de nuances délicates et d’un beau phrasé de belcantiste dans l’air Il balen del suo sorriso. Si on a pu déceler un instant de faiblesse au début de l’ultime scène de l’opéra, il se ressaisit très vite pour conclure l’œuvre avec vigueur. Il est évident que ses qualités et son talent feront à l’avenir merveille dans les rôles d’Enrico dans Lucia ou de Rigoletto.

On pensait avoir épuisé les compliments alors que la véritable révélation de la soirée fut le ténor Alfred Kim. La diction est parfaite et permet de tout comprendre, le timbre est brillant mas jamais agressif, le phrasé toujours souple et élégant, les nuances parfaites et le contre-ut époustouflant. Il y a là une perfection vocale alliée à une musicalité rare. Sachant exprimer toute la palette des sentiments, le ténor passe de l’amour à la guerre, de la joie à la douleur en multipliant les couleurs et les nuances. En outre, Alfred Kim vit le drame qu’il chante et interprète avec conviction et intensité chaque situation. Sa prestation fut quasi parfaite et le public a pu acclamer ce soir-là un chanteur exceptionnel.

Enfin, il serait injuste de ne pas mentionner la soprano Eve Christophe-Fontana qui interpréta Inès avec une voix au timbre splendide et Nahuel Di Pierro qui campa un remarquable Ferrando en franchissant brillamment de sa profonde et pourtant agile voix de basse toutes nombreuses difficultés de la première scène de l’opéra. Il n’est donc en rien étonnant que le public toulousain ait su faire un triomphe à tant de talents réunis sur scène.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Toulouse
- Théâtre du Capitole
- 09 février 2012
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Il Trovatore
- Gilbert Deflo Mise en scène ; William Orlandi, Décors et costumes ; Joël Hourbeigt, Lumières ; Laurence Fanon, Chorégraphie
- Tamara Wilson, Leonora ; Andrea Ulbrich, Azucena ; Alfred Kim, Manrico ; Vitaliy Bilyy, Le Comte de Luna ; Nahuel Di Pierro, Ferrando ; Eve Chistophe-Fontana, Inès ; Alain Gabriel, Ruiz ; Claude Minich, Un Messager ; Carlos Rodriguez, Un vieux Gitan
- Chœur du Capitole. Alfonso Caiani, chef des choeurs
- Orchestre national du Capitole
- Daniel Oren, direction






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 829930

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License