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Le Tancredi de Tourcoing en version de concert à Paris

mercredi 30 décembre 2009 par Karine Boulanger
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Jean-Claude Malgoire
DR

L’occasion est trop rare d’entendre un Rossini seria à Paris, pour bouder une version concert de Tancredi, surtout quand le chef d’orchestre propose à l’issue du concert d’offrir en bis au public le final « heureux » de la création à la Fenice en 1813.

Après René Jacobs à Pleyel en 2007, Jean-Claude Malgoire empoigne à bras le corps le premier grand succès de Rossini à Venise. L’ouverture donne le ton d’un concert dans l’ensemble très inégal : l’ensemble est mené avec une grande vivacité, mais manque parfois d’équilibre entre les différents pupitres (cordes peu homogènes régulièrement noyées par les vents et les percussions). On note aussi un certain manque de nuances qui nuit au fameux crescendo rossinien, passant immédiatement de piano à fortissimo (dernière section du finale de l’acte I). Les chœurs, en revanche, sont excellents.

Nora Gubisch, essentiellement connue pour ses incursions dans le grand répertoire de la seconde moitié du XIXe siècle, s’empare du rôle de Tancrède avec le tempérament qu’on lui connaît. La tessiture semble tout de même trop basse pour cette voix de mezzo, perdant parfois son émail, sonnant à plusieurs reprises comme assourdie. Les vocalises sont exécutées avec assurance mais manquent de panache, de naturel et de fluidité, la chanteuse ayant aussi malheureusement tendance à poitriner et à utiliser un quasi parlando à des fins expressives. La difficulté vient peut-être d’une inadéquation entre le tempérament de l’interprète et le rôle de Tancrède dont elle semble incapable de traduire les doutes (à l’écoute du récit d’Amenaïde, notamment), paraissant tomber de l’extase la plus complète (« Di tanti palpiti ») à la fureur la plus noire. La mort du héros est cependant chantée avec une rare émotion.

Elena de la Merced est une belle Amenaïde à la voix bien projetée et aux aigus brillants, seul le bas médium restant un peu faible, comme atone. Elle exécute avec aplomb les airs les plus difficiles (acte I) et incarne ce rôle d’innocente accusée à tort de façon très convaincante (émouvant « No, che il morir » au second acte).
Filippo Adami attire immédiatement l’attention en Argirio : la voix est brillante, les aigus assurés et conquérants, mais les vocalises manquent peut-être encore de vélocité, les trilles restent timides. Il incarne un roi d’une grande autorité, traduisant admirablement le doute qui s’empare du personnage dans sa grande scène de l’acte II (« Ah, segnar, invano io tento »).

Christian Helmer dispose d’un beau timbre sombre, mais la voix semble constamment poussée, avare de couleurs et de nuances, se complaisant dans le mezzo-forte. Gemma Coma-Alabert n’appelle que des éloges en Isaura, chantant avec grâce et musicalité son air du second acte. Valérie Yeng-Seng semble complètement dépassée par les récitatifs de Roggiero, parlant plus qu’elle ne chante, mais exécute proprement son air du second acte. La voix reste cependant bien trop légère.

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- Paris
- Théâtre des Champs-Elysées
- 16 décembre 2009
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Tancredi mélodrame héroïque en 2 actes, livret de Gaetano Rossi d’après Voltaire
- Tancrède, Nora Gubisch ; Argirio, Filippo Adami ; Amenaïde, Elena de la Merced ; Orbazzano, Christian Helmer ; Isaura, Gemma Coma-Alabert ; Roggiero, Valérie Yeng-Seng
- Ensemble vocal de l’atelier lyrique de Tourcoing
- la Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction





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