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Le TGV Unfairy Queen passe en gare Pleyel

mercredi 30 novembre 2011 par Philippe Houbert
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Sophie Karthaüser
DR

Ici même, nous rendions compte il y a un an d’une Fairy Queen mise en espace à la Cité de la Musique. Le pauvre Philip Pickett et ses valeureux musiciens et chanteurs du New London Consort peinaient à se faire entendre face au calamiteux fourbi d’un metteur en scène spécialiste de séances de « team building » en entreprise. La même année 2010, nous avions pu voir à l’Opéra Comique une Fairy Queen, mise vraiment en scène par Jonathan Kent, spectacle brillant que même la direction approximative de William Christie n’avait pas réussi à gâcher. Décidément, la Reine des Fées doit aimer venir faire ses emplettes à Paris puisqu’elle faisait halte Salle Pleyel, dans une version de concert, donc réduite à la seule musique des cinq masks. Maître d’œuvre : Hervé Niquet.

Il faudra un jour se poser la question de l’intérêt de jouer ces musiques totalement déconnectées du contexte théâtral pour lequel elles furent conçues. Car le risque est grand de réduire un pur bijou musical en un collier de numéros instrumentaux et vocaux sans lien les uns avec les autres. Avec Hervé Niquet s’auto-caricaturant, donc dirigeant encore plus vite que d’habitude, sans la moindre respiration, comme si le monde de Titania avait été brusquement piqué par une tarentule, le risque s’est transformé en dure réalité. Point de féérie mais une bourrasque emportant tout sur son passage. Point de poésie mais une seule respiration obligeant musiciens et chanteurs à faire du mieux qu’ils pouvaient pour rester dans ce TGV musical. C’est fort dommage pour l’œuvre car, au bout d’un moment, abandonnant l’espoir d’être surpris, on se prend à n’écouter que d’une demie oreille. C’est aussi regrettable car le Concert Spirituel a, à l’exception des trompettes mises en danger par l’ouragan, désormais atteint un niveau technique tout à fait remarquable et nous aurions bien aimé en apprécier toutes les beautés de timbres et de couleurs. Dans ces conditions délicates, auxquelles il faut ajouter l’acoustique de Pleyel si peu propice aux épanchements baroques, purent être sauvés quelques jolis effets, tel l’écho obtenu dans le trio May the God of Wit inspire, la symphonie martiale introduisant l’acte IV, mais malheureusement pas la superbe Chaconne conclusive que le public faillit zapper, pressé qu’il était d’applaudir à l’issue du dernier chœur.

En lieu et place de Véronique Gens et Ingela Bohlin, ce sont Sophie Karthäuser et Emmanuelle de Negri qui tenaient les parties de sopranos. Emmanuelle de Negri a une très jolie voix et une technique remarquable (Sing while we trip it à l’acte II) mais la projection des mots est souvent absente (Ye gentle spirits of the air à l’acte III et, encore plus, Now the night au début de l’acte IV), nous laissant perplexe. Rien de tel avec Sophie Karthäuser. Oh ! Certes, nous l’avons déjà vue et entendue plus concernée par ce qu’elle chantait et ses premières interventions, parfaites techniquement, nous parurent trop réservées. Mais, du When I have often heard de l’acte III à la sublime Plainte de l’acte V où elle semblait tout prendre en main, y compris un orchestre enfin respirant, la soprano belge fit merveille : qualité du timbre, excellence de l’anglais chanté, technique de legato optimale : oui, Sophie Karthäuser est bien l’une des grandes chanteuses du moment. On a connu Cyril Auvity à un bien meilleur niveau que durant cet après-midi dominical. La technique est toujours remarquable mais il semblait peu impliqué par ce qu’il chantait (Thus the gloomy world à l’acte V). Emiliano Gonzalez Toro, à la voix qui doit en faire un excellent Almaviva du Barbier de Séville, fit très bonne impression, ajoutant tout ce qu’il pouvait produire théâtralement dans une production qui s’y prêtait si peu. Enfin, Christopher Purves démontra tout ce que le fait de chanter dans sa langue maternelle pouvait apporter à ce répertoire : évidemment l’humour lié au personnage, mais aussi une projection des mots naturelle.

Terminons cette chronique sur une note positive concernant Hervé Niquet. L’excellence du chœur (mise en place, diction, ampleur) est bien sûr à mettre à son actif.

Curieux après-midi où la poésie purcellienne resta sur le quai de la gare Pleyel.

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– Paris
- Salle Pleyel
- 06 novembre 2011
- Henry Purcell (1659-1695), The Fairy Queen, semi-opéra sur un livret anonyme d’après le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare.
- Emmanuelle de Negri et Sophie Karthäuser, sopranos ; Cyril Auvity, haute-contre ; Emiliano Gonzalez Toro, ténor ; Christophe Purves, basse
- Chœur et orchestre du Concert Spirituel
- Hervé Niquet, direction






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