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Le Roi d’Ys

mercredi 2 avril 2008 par Richard Letawe
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Sébastien Guèze
© Jacques Croisier

Liège accueillait ce vendredi la première du Roi d’Ys de Lalo dans une production créée la saison dernière à l’Opéra de Saint Etienne. Alors qu’une autre version a été montée à Toulouse cette année, on peut donc se réjouir de voir ce magnifique ouvrage retrouver le chemin des planches, et déplorer que scandaleusement, aucune version discographique n’en soit couramment disponible aujourd’hui.

Pour le livret, le poète Edouard Blau adapte librement et habilement, mais en produisant des vers d’une platitude incontestable, la légende bretonne de la ville d’Ys. Margared, fille du roi d’Ys, doit épouser le prince Karnac, ennemi de la cité, pour sceller la paix entre les deux parties. Mais elle aime en secret Mylio, qu’on croit perdu au gré d’une expédition maritime, et qui revient fort opportunément le jour de la noce. Margared refuse donc la main de Karnac, qui reprend les armes. Mylio prend la tête des troupes d’Ys, mais Margared découvre que celui-ci est en réalité l’amant de sa sœur Rozenn, dont la main lui est promise par son père s’il revient victorieux. Furieuse, Margared s’allie à Karnac, vaincu lors de la bataille, et lui montre le chemin des écluses qui protège la ville de la mer. Les écluses ouvertes, Karnac est découvert et tue par Mylio, mais déjà les flots montent, et la moitié des habitants d’Ys périssent. Aux survivants apeurés, Margared vient confesser son crime. Le peuple veut la mettre à mort, mais le roi et sa sœur s’interposent. Elle sait cependant que seul son sacrifice pourra arrêter la montée des eaux, et se jette en expiation dans l’océan. Saint Corentin, protecteur de la ville fait alors reculer les eaux.

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E. Martin-Bonnet, G. Punti, S. Guèze, G. Girard
© Jacques Croisier

La mis en scène de Jean-Louis Pichon, dans des décors de Alexandre Heyraud, situe l’action à l’époque de la composition de l’œuvre plutôt qu’à celle de la légende (de toute façon indéterminée) : un monde froid, minéral, humide, à dominante industrielle. Les costumes de Frédéric Pineau sont résolument tirés du XIXe siècle, mais d’un XIXe siècle revisité par la BD : Flash Gordon, le « Rayon U » d’Edgar P. Jacobs ne sont pas loin. Ces costumes sont d’ailleurs un peu difficiles à porter : Karnac et ses troupes ont des uniformes rouge vif et des casques à chenille, alors que les habitants d’Ys sont tous en robe et chapeau de même couleur, un vert aux reflets dorés, mais ces tenues ne détonnent pas, et trouvent naturellement leur place dans le cadre. La direction des acteurs est traditionnelle, mais fort bien faite, et très naturelle, et le spectacle est prenant à voir, sans temps mort. La scène la plus spectaculaire est bien sûr la dernière, où l’on voit les survivants effrayés, sous la tempête, prier au pied de la dernière digue, dans une atmosphère de fin du monde, mais toutes les autres sont intéressantes, et forment des tableaux d’une grande force dramatique.

Vocalement, la soirée est plutôt bonne, même si aucun membre de la distribution ne remplit totalement les exigences de sa partie. Margared est un superbe rôle de femme jalouse, passionnée et opiniâtre, mais il nécessite des moyens vocaux très étendus, dont ne dispose pas Giuseppina Piunti. Celle-ci a la puissance requise, un registre grave très développé et un beau timbre sombre, mais les aigus sont émis avec de grandes difficultés, souvent éraillés, parfois faux, et le chant, très brut, manque de nuances, de souplesse et de variation dynamique. Heureusement, elle fait preuve d’un investissement scénique louable, a un maintien princier, et son français, s’il est un peu guttural, est très compréhensible. Une belle artiste, dans un emploi qui ne lui convient pas.

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Sébastien Guèze, Guislaine Girard
© Jacques Croisier

Le rôle de sa sœur Rozenn est tenu par Guylaine Girard, vocalement nettement plus satisfaisante, mais qui ne l’écrase pas, leurs duos étant des pages splendides, de complicité puis de rivalité. Son timbre de soprano est brillant, la voix est puissante, bien projetée, très égale, la diction excellente, et le chant simple, émouvant, d’une grande sobriété. Mylio est interprété par Sébastien Guèze, très joli timbre, bonne diction, aux aigus parfois un peu engorgés, mais à l’expression très sincère, et au chant élégant et puissant.

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Giuseppina Punti, Werner Van Mechelen
© Jacques Croisier

Comme toujours très apprécié à Liège, le baryton belge Werner Van Mechelen a de la prestance en Karnac, n’est guère mis en difficulté par l’écriture du rôle, et offre un français impeccable. Cependant, la voix est un peu pauvre en harmoniques, manque de séduction, et l’interprète n’est pas très subtil. Il est malgré tout cent coudées au dessus d’Eric Martin-Bonnet, qui à part une évidente sincérité d’expression, est complètement dépassé, ne faisant entendre qu’une pauvre voix blanche, creuse et éraillée. Un noyé avant l’heure en quelque sorte.

L’orchestre de l’ORW, mis à part des cuivres pas toujours bien en place, donne de belles satisfactions. Dès l’ouverture, les cordes sonnent puissamment, sans faiblesse, et les bois, très volubiles, sont fruités et bien présents. Les chœurs n’ont pas la partie facile (et sont bizarrement placés de dos lors de leur première intervention), mais se comportent aussi de façon très honorable, tant scéniquement que musicalement.

Aux commandes de la soirée, Patrick Davin a la baguette parfois un peu lourde et expéditive, mais son enthousiasme est contagieux, et il soutient remarquablement ses chanteurs et ses choristes.

Belle soirée donc, largement applaudie, et qui montre une fois encore que les chefs d’œuvre de l’opéra français, même un peu méconnues aujourd’hui, « marchent » très bien auprès du public. A voir encore jusqu’au 05 avril

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- Liège
- Théâtre Royal
- 28 mars 2008
- Edouard Lalo (, Le Roi d’Ys, Opéra en trois actes et cinq tableaux, sur un livret d’Edouard Blau
- Mise en scène, Jean-Louis Pichon ; Décors, Alexandre Heyraud ; Costumes, Frédéric Pineau ; Lumières, Michel Theuil ; Assistant à la mise en scène, Jean-Christophe Mast
- Margared, Giuseppina Piunti ; Rozenn, Guylaine Girard ; Le Roi d’Ys, Eric Martin-Bonnet ; Mylio, Sébastien Guèze ; Karnac, Werner Van Mechelen ; Saint Corentin, Léonard Graus ; Jahel, Marc Tissons
- Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie ; Chef des chœurs, Edouard Rasquin
- Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie
- Patrick Davin, direction











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