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Le Requiem de Verdi, un éternel débat ?

jeudi 16 juillet 2009 par Cyril Brun

Ça ne pouvait être que grandiose et ce le fut. Ça aurait dû avoir une âme et ce n’en eût point. Voila ce que nous pourrions retenir de cette dernière soirée du Festival « Musiques au cœur ». Comme toute formule lapidaire, c’est évidemment réducteur et il convient d’apporter beaucoup de nuances à ce qui, malheureusement, est bien ce qui reste de cette ultime nuit.

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Marco Guidarini
DR

Et pourtant on pourrait être encore plus binaire, car ce qui était grandiose avait de l’âme, mais ce qui aurait dû être l’âme n’en avait pas vraiment, au contraire. De fait les chœurs et l’orchestre furent rien moins que magnifiques : le tandem Guidarini/Magnanini a encore une fois démontré sa redoutable efficacité. Dès les premières notes des violoncelles, on est saisi par l’extraordinaire profondeur de leur entrée. Le décor est campé et toute la puissance dramatique de Verdi est là.

Mais très vite le quatuor vocal dénote. Globalement il n’entrera jamais dans l’intention dramatique du Requiem, indéfectiblement rivé au style lyrique de l’opéra. Là, c’est toute une conception de l’œuvre qui est en cause, et malheureusement, ce Requiem ne parvient pas à se défaire de l’étiquette d’opéra en habit ecclésiastique. Or l’interprétation, musicalement impeccable, du quatuor semble vouloir démontrer combien est absurde une telle conception de l’œuvre ; c’est, qui plus est, une lecture erronée des détails de la partition, ce qu’a vraiment souligné cette interprétation. Toutefois, il faut distinguer dans le quatuor : Sylvie Brunet, à contre courant des autres, est réellement entrée dans la supplique du défunt et de ses proches face à Dieu ; Nicolas Cavallier manquait de naturel déclamant un texte vidé de sa substance ; malgré une voix réellement magnifique, Cécile Perrin, en prenant le parti de l’opéra, fut totalement aux antipodes de la conception du chef ; pour Carlo Guido, visiblement gêné par une gorge prise, il est difficile de faire la part de l’interprétation et du handicap.

Cette configuration du quatuor a conditionné un certain nombre de décalages. À l’intérieur même de celui-ci, et notamment dans certains duos ou trios, les choix différents d’interprétation ont conduit à une instabilité des voix, qui ne parvenaient pas à s’unir. Entre les deux femmes, de vrais retards, notamment sur les fins de phrase, ont marqué cette double ligne d’interprétation. Pour imaginer le décalage entre l’interprétation et le texte, il faut imaginer une phrase lue avec toutes les intonations contraires ; ou, par exemple, un point d’exclamation lu dans le style interrogatif. À ce déséquilibre interne au quatuor s’ajoute, de fait, une grande indépendance de celui-ci vis-à-vis de l’orchestre. Ce dernier au diapason du chœur est parfaitement entré dans le drame de ce Requiem, et Marco Guidarini, fin spécialiste, a bien repris l’intention de Verdi de mettre ses compétences de compositeur d’opéra au service d’une pièce religieuse s’il en est. Toutefois, Verdi n’a pas traité ce Requiem comme l’eut fait un classique ou un baroque, mais bel et bien comme un romantique et l’on retrouve là quelque chose de l’intention de Beethoven avec la Missa Solemnis – qui du reste pâtit souvent du même a priori. Le Dies irae interprété par Marco Guidarini en est une magistrale démonstration. En ayant situé les trompettes (absolument remarquables) sur le toit de la villa, il a mis en relief la place, si symbolique dans ce type d’œuvre, des trombones. Comment ensuite croire qu’après avoir ainsi imposé la présence de Dieu, le reste de l’œuvre est une suite d’opéra ? Comment comprendre le jeu plein de hargne revendicatrice de Cécile Perrin dans le Libera me ?

On se délecterait à reprendre presque mesure après mesure l’interprétation du maestro Guidarini tellement elle souligne avec brio l’intention et toute la science de Verdi. Une interprétation soutenue par l’excellence des chœurs et un orchestre vraiment à la hauteur du maître de Naples.

Il est réellement dommage que le quatuor, pourtant remarquable, ait ainsi miné l’interprétation et vidé totalement ce Requiem de son âme, surtout lors des demandes du Libera me où les fins de phrases relâchées trahissaient plus un désintérêt qu’une supplique. De bout en bout les interprètes n’ont pas eu l’air concerné. Quand bien même on refuserait l’aspect religieux de cette pièce, on pourrait tout du moins en épouser l’aspect dramatique, type de l’opéra romantique. Certes il ne faudrait pas aller jusqu’à un vérisme déplacé, mais plus de réalisme n’eut pas été de trop. Faire de ce Requiem un moment grandiose n’a de sens que s’il renvoie à l’humble supplique que ce grandiose souligne. C’est précisément là le génie de Verdi et toute l’âme de cette pièce.

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- Antibes
- Villa Eilenroc
- 10 juillet 2009
- Giuseppe Verdi (1813-1901), Requiem
- Cécile Perrin, soprano
- Sylvie Brunet, mezzo soprano
- Carlo Guido, tenor
- Nicolas Cavallier, baryton
- Chœur et Orchestre de l’opéra de Nice.
- Marco Guidarini, direction











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