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Le Quatuor Takács en démonstration au Louvre

lundi 7 décembre 2009 par Carlos Tinoco
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Takàcs Quartet
© Ellen Appel

Concert résolument tourné vers la modernité au Louvre : le Quatuor n°14 de Beethoven qui est l’une de ses partitions les plus audacieuses et qui fait quasiment figure de testament musical, et la création du Onzième quatuor de Wolfgang Rhim, le compositeur allemand actuellement le plus prolifique et le plus renommé.

Wolfgang Rhim, compositeur extrêmement fécond, s’est très tôt distingué par la manière dont il a rompu avec l’enseignement de ses maîtres, dont Karl Heinz Stockhausen, en prônant une musique qui sache retourner vers ses sources. Pourtant il a souvent protesté contre son enrôlement dans quelque camp que ce soit et, d’ailleurs, ce Quatuor n°11 est une pièce qu’on ne saurait aisément classer : commençant par des accents qui évoquent justement Stockhausen, elle vagabonde également sur les terres de Schoenberg, dans un mouvement lent d’une grande beauté, pour prendre un tour bartokien, sans qu’on puisse non plus y voir un collage, mais plutôt un parcours assez libre dont les Takács font admirablement ressortir le lyrisme et l’âpreté. Evidemment, c’est cette même liberté dans les influences qui peut soulever l’interrogation de la cohérence de l’œuvre, et on avouera que la manière dont elle a retenu notre attention n’a pas été constante. Pourtant, si elle n’est pas d’abord à chercher du côté de la forme, il y a bien une unité dans cette traversée proposée par Rhim : une spiritualité qui nous semble éclairer toute la pièce. Finalement, plus que le recours ponctuel à des techniques d’écriture anciennes, c’est peut-être l’humilité du geste de Rhim qui en fait un classique (et non pas un néo-classique). Remarquons enfin que les Takács ont fort bien su répondre à toutes les sollicitations de la partition en termes de recherches sonores et que la souplesse avec laquelle ils passent de coups d’archets romantiques à des attaques ou des frottements résolument contemporains convient parfaitement à ce que l’œuvre requiert.

S’agissant du Quatorzième quatuor de Beethoven, l’impression est plus mitigée. Les qualités instrumentales des Takács ne sont pas en cause et la splendeur sonore est souvent impressionnante. Mais le choix d’une interprétation résolument moderniste, s’il permet de mettre en valeur les audaces d’écriture dont Beethoven a fait preuve dans ce quatuor, lui font également perdre une grande partie de sa motricité. Cette manière de déconstruire le discours et de le faire procéder systématiquement de la juxtaposition de nappes sonores amène à se demander si vraiment Beethoven se souciait encore d’unité au moment où il a composé cette œuvre. C’est intéressant et fort bien fait, mais le plaisir qu’on en retire est plus intellectuel que sensible, sur une partition où on a déjà entendu d’autres formations trouver un équilibre plus évident entre modernité et tradition.

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- Paris
- Auditorium du Louvre
- 20 novembre 2009
- Ludwig van Beethoven (1770-1827), Quatuor n° 14 en ut dièse mineur op. 131
- Wolfgang Rhim (né en 1952), Quatuor n° 11, création mondiale
- Quatuor Tákacs : Edward Dusinberre, violon I ; Károly Schranz, violon II ; Geraldine Walther, alto ; András Fejér, violoncelle.











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