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Le Quatuor Pavel Haas : retour à la simplicité

lundi 11 juillet 2011 par Philippe Houbert

Dernier samedi intense aux Fêtes musicales en Touraine puisque, avant Boris Berezovski en soirée, ce sont les musiciens du Quatuor Pavel Haas que la Grange de Meslay accueillait en fin d’après-midi. Cet ensemble ne se produisant qu’assez rarement en région parisienne, grande était notre curiosité d’entendre comment évoluait ce jeune quatuor très louangé par les critiques de concerts et de disques.

Le Quatuor Pavel Haas fut fondé en 2002, prenant ce nom en hommage au grand compositeur tchèque emprisonné par les nazis au camp de Terezin avant que d’être déporté à Auschwitz où il mourut en 1944. Le quatuor a vécu certaines des difficultés inhérentes à ce type de formation durant les premières années de travail en commun : échange de violoncellistes avec le Quatuor Skampa, deux changements de second violon. Mais ces aléas n’empêchèrent nullement les Haas de se bâtir rapidement une belle réputation, tant au concert qu’au disque, quatre CDs venant témoigner de l’excellence technique et de la musicalité très spécifique du quatuor, couronné en 2005 par le premier prix du concours Paolo Borciani.

Les Pavel Haas avaient décidé de mettre les Trois Divertimenti de Benjamin Britten au début de leur programme. Excellente idée car on ne peut pas vraiment dire que cette œuvre soit souvent donnée par les quatuors à cordes alors qu’elle a tout pour faire, soit un bon préambule, soit un bis efficace. Composés en 1933, alors que Britten était encore étudiant au Royal College of Music, les Divertimenti furent révisés deux ans plus tard et créés en février 1936. Les trois pièces semblent indépendantes l’une de l’autre, du scherzando de la March au mouvement perpétuel du Burlesque, en passant par la Waltz. Les Pavel Haas parviennent néanmoins à donner une version cohérente de ces Divertimenti, d’une mise en place technique parfaite, avec un côté grinçant que l’on qualifierait peut être trop facilement de tchèque. Seule la Waltz pourrait être interprétée avec un peu plus d’humour.

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Quatuor Pavel Haas
© Gérard Proust

Après ce début engageant, le Quatuor Pavel Haas s’attaquait au quatuor tchèque sans doute le plus joué (quoique les deux de Janacek gagnent du terrain) : l’opus 96 de Dvorak, dit « Américain ». On ne reviendra pas sur les circonstances de composition de l’œuvre qui en font la sœur jumelle de la Symphonie du Nouveau Monde. Très souvent, trop souvent, les interprétations de ce quatuor sont noyées par les intentions contextuelles : le séjour de Dvorak à Spilville (Iowa), les chants des noirs américains entendus, l’utilisation de la gamme pentatonique, l’intervalle de septième, les rythmes syncopés, l’intonation du tangara rouge au début du Scherzo, etc. Bref, tout un attirail qui, bien réalisé, peut donner de belles interprétations, mais dont l’abus sert souvent de cache-sexe au folklorisme de mauvais goût. Rien de tel avec les Pavel Haas. C’est, au contraire, une version totalement épurée, revenant aux bases de ce que doit être un quatuor, l’articulation entre les mouvements, la cohérence de la forme sonate, le respect d’un lyrisme pudique, qui nous est proposée par les jeunes instrumentistes tchèques. Cela fait un peu penser à ce que Nikolaus Harnoncourt a pu faire dans les poèmes symphoniques de Dvorak. Certains trouveront ça trop distant, pas assez « interprété ». En ce qui nous concerne, cette approche nous convient parfaitement car elle respecte les phrasés tels qu’ils sont écrits, sans en rajouter, sans sur-jouer.

Les nuances dynamiques et de tempo sont parfaites. L’Allegro initial est bien ma non troppo tout en restant allegro. Le deuxième thème est magnifiquement énoncé, avec une grande pudeur, et le fugato conclusif est très en place et magnifique de conduite. Mais le sommet de cette interprétation fut sans doute atteint dans le Lento en ré mineur, sorte de berceuse, où les Pavel Haas surent laisser chanter la cantilène, presque sans accent, maintenir le tempo immuable, et surtout, émouvoir le public de la grange de Meslay par une très réussie coda où la mélodie se laisse mourir, simplement. Suivait un Molto vivace scherzando d’une parfaite homogénéité (l’une des grandes forces de ce quatuor est justement de ne pas avoir à citer un instrumentiste plutôt qu’un autre). Enfin, le Vivace final, justement ma non troppo, nous conduit plus « par les prés et bois de Bohême » qu’au milieu des tambours d’Indiens de l’Iowa. C’est décidément une bien belle version de ce quatuor que les Pavel Haas nous donnèrent.

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© Gérard Proust

La seconde partie était consacrée au Quatuor n°2 de Leos Janacek. Autre œuvre sur-contextualisée que ces « Lettres intimes » dont Pierre-Emile Barbier, éminent spécialiste du quatuor et de la musique tchèque, dit que « Janacek y réussit le tour de force de transformer l’une des formes les plus pures de la musique en une expression directe de la vie, de la passion la plus profonde et la plus exaltée ». Cette confession, à peine pudique, du fol amour du compositeur pour la jeune Kamilla Stösslova a rendu ce quatuor très attractif pour un public avide de sentiments étalés sur la place publique. Nombre de formations ont poussé l’interprétation de l’œuvre dans un sens expressionniste, qui peut fasciner mais finit pas lasser, et surtout à vider l’œuvre d’une partie de son contenu. C’est l’un des nombreux mérites du Quatuor Pavel Haas que d’en revenir à une lecture la plus précise de cette partition très exigeante, sans transformer des ff en ffff et des p en ppp. Ceci ne veut pas dire que la passion en soit absente mais elle n’est ni exacerbée ni porteuse de confusion dans le discours. L’Andante initial est d’une précision phénoménale, et là, il faut quand même distinguer le premier violon de Veronika Jaruskova et l’alto de Pavel Nikl. L’Andante katya-kabanovien fut d’une beauté apaisante presqu’ambiguë tant il y a de musique dans le moindre de ses silences. Seul le troisième mouvement, dans son second Presto, vit les Tchèques sortir de leurs gonds, renforçant ce cri de détresse surchargée d’amour par le fait même de la parfaite maîtrise de ce qui avait été entendu avant. C’est ce genre de moment qui nous persuade de la musicalité spécifique de cet ensemble. Quant au Finale, danse funambulesque convoquant Katya Kabanova et De la maison des morts, elle suscita, par la qualité diabolique de sa mise en place et de son homogénéité instrumentale, une telle ferveur qu’un coq de la ferme voisine joignit sa voix au quatuor, comme un clin d’œil des victimes de la Petite renarde rusée.

Une des deux Valses opus 54 de Dvorak venait, en bis, parachever ce très beau concert qui confirme la place des Pavel Haas dans le petit peloton de tête des quatuors d’aujourd’hui, raison de plus de nous étonner de leur absence lors des deux dernières éditions de la Biennale du quatuor à cordes de la Cité de la Musique, absence encore confirmée en janvier 2012. Mystère …. !

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- Grange de Meslay
- 25 juin 2011
- Benjamin Britten (1913-1976), Three Divertimenti, pour quatuor à cordes
- Antonin Dvorak (1841-1904), Quatuor à cordes n°12 en fa majeur opus 96, B.179 « Américain »
- Leos Janacek (1854-1928), Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes »
- Quatuor Pavel Haas : Veronika Jaruskova , premier violon ; Eva Karova, second violon ; Pavel Nikl, alto ; Peter Jarusek, violoncelle











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