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Le Quatuor Pavel Haas, excellence incertaine

mercredi 1er juillet 2009 par Théo Bélaud
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Pavel Haas Quartet
© Marco Borggreve

Le jeune mais déjà prestigieux Quatuor Haas n’aura pas dépareillé dans la saison, comme toujours très relevée, de l’Auditorium du Louvre. Ni ses individualités sur un plan instrumentale, ni son engagement collectif ne souffrent de critiques majeures. Mais, dans les deux quatuors de Janacek, l’excellence de leurs enregistrement n’avait-elle pas placé la barre un peu trop haute pour l’auditeur gourmand ?

Sans être transcendants, les deux quatuors de Haydn (du Haydn en mode grave fort à propos) proposés en première partie - partie comprenant également le Sonate à Kreutzer, excusez du peu ! - montrent d’entrée que l’on se situe avec les Haas dans le très haut du panier du circuit international ; leur Haydn rappelle celui, non moins excellent, proposé par les jeunes britanniques du Doric Quartet en début de saison : une assise sonore des plus solides, un ton résolument romantique mais sans aucun effet de surlignage brahmsifiant, ni de recherche d’une caractérisation folklorique comme on peut l’entendre sous les archets tchèques. Du sobre, du sérieux, et du supérieurement dominé dans la sonorité. Un certain volontarisme aussi, plus élégant que celui des Prazak, moins stylistiquement dérangeant pour Haydn que celui, kolossal, des Hagen : plutôt une sorte de velléité d’austérité. Et particulièrement à propos, on y reviendra, dans les deux menuets. Partant de là, on ne devrait manquer de rien et vivre heureux et longtemps. Ce qui l’empêche semble relever de petites, mais toujours remarquables, dissemblances individuelles dans le mode d’engagement : et dans Janáček, ces dissemblances apparaitront davantage comme des inégalités. On pouvait pourtant fort bien ne s’apercevoir de rien au moins durant le « petit » mineur de l’opus 42, tout à fait remarquable dans le traitement de son extrême concision de discours, dans les mouvements pairs en particulier. Un signe avant-coureur : les pages exigeantes en matière de rigueur de battue collective, nécessitant de trouver la quadrature du cercle entre la nécessité de rectitude, de sentiment d’autorité, et d’absence de raideur expressive, tout cela convient à merveille à ces quartettistes supérieurement doués. L’aperçu le plus évident de ces qualités était peut-être constitué de l’exposé du finale, impressionnant de force tenue en laisse, vraie cocotte-minute.

Les Quintes, tout en continuant à, très littéralement, en imposer, confirmait les quelques gênes constatées. Venons-en au fait : de gauche à droite, nous avons : une primarius excellente dans son genre très fin et parfois un soupçon sophistiqué, mais jamais concertant ni tape-à-l’œil. Un second violon extrêmement impressionnant : Eva Karova est l’un des violonistes les plus impressionnants qu’il nous a été donné d’entendre à ce poste, si ce n’est le plus remarquable. Problème : presque trop remarquable ! Naturellement dotée d’un son plus plein que sa consoeur, elle semble bien plus souvent que cette dernière donner l’impulsion rythmique, et parait à l’occasion inverser les logiques de chant et de contrechant. Rien de foncièrement choquant, mais on en viendrait presque à concevoir une frustration de ne pas voir les deux jeunes femmes inverser leurs places respectives, par exemple dans le finale des Quintes. Peter Jarusek est un violoncelliste tout à fait impressionnant également : une synthèse parfaite du bras superlatif de Michal Kanka (Prazak), sans les moments d’épanchement, et de la sonorité classieusement rauque de Peter Prause (Talich), en peut-être plus puissant. Ces qualités sont de surcroit mises en valeur par une concentration et une autorité perçues ostensiblement graves et austères. Un contraste fort saisissant avec l’alto de Pavel Nikl, techniquement irréprochable mais mêlant curieusement phases d’excessive discrétion et soudaines sorties un rien cabotines. Tout ceci ne saurait faire désordre dans la mesure où le niveau instrumental se situe évidemment toujours au-dessus du « bon », et où ces écarts de personnalités, d’attitudes et peut-être de distinction n’affectent pas la cohésion d’approche des œuvres. Mais le caractère fusionnel de l’intensité de jeu, la respiration perçue dans les polyphonies lyriques, si, ne serait-ce qu’en raison de la multiplicité de signatures sonores. En ce sens, le mouvement lent des Quintes nous a paru le plus problématique de cette partie Haydn, alors que, immédiatement après son terrible menuet constituait le sommet de la soirée, superbement pris en main qu’il était par le violoncelliste.

On ne peut que vous recommander chaudement d’acquérir l’enregistrement des deux quatuors de Janáček par les Pavel Haas, si vous ne les possédez déjà : d’abord parce que c’est l’une des plus belles versions jamais gravées, et ensuite parce qu’ils sont proposés en compagnie des fascinants quatuors de Pavel Haas, qui ne croulent pas sous les références. Mais compte-tenu de l’inévitable appétit suscité par ces disques, le plat de résistance de ce concert nous aura assez laissé sur notre faim. Il s’agit là davantage de circonspection et d’un peu de frustration que de réelle déception. Un seul exemple résume le problème : l’immense coda du Quatuor Sonate à Kreutzer, à couper le souffle, absolument dominée rythmiquement et harmoniquement, totalement orchestrale, évidemment bouleversante. Mais que s’est-il passé avant ? Pas grand chose sortant de l’ordinaire. D’une certaine façon, le premier mouvement bénéficiait presque, dans ses oppositions-cohabitations de climats, de ces fameuses dissemblances de caractère et de son (la seconde prise du thème con moto par Eva Karova, foudroyante !). Le caractère plus épars et protéiforme du deuxième mouvement mettait à dure épreuve la continuité narrative et le violon de Veronika Jaruskova. Dans le troisième et la première partie du finale, c’est l’unité de respiration lyrique qui faisait quelque peu défaut. Plus globalement tenu, à l’exception d’un III un peu trop fuyant ou indéterminé, le Quatuor n°2 améliorait cependant l’impression générale, rehaussé lui aussi par un finale parfaitement exultant, et évidemment corsé par un violoncelle en béton armé et pourtant irréprochablement expressif. C’est bien triste à dire, mais on se serait passé de l’exécution en rappel du sublime mouvement lent de l’opus 106 de Dvořák, là encore frustrant eu égard au ratio grandeur de la musique/talent des interprètes. Ce bis venait reposer encore la même question : ce quatuor peut-il unifier ses talents instrumentaux et son imparable instinct expressif pour tendre de grandes lignes effusives ? Pas là, en tous les cas.

Notre sentiment général étant donc on ne peut plus incertain, on devra naturellement suivre à long terme l’évolution des Pavel Haas : pas si sûr que cela aboutisse à quelque certitude.

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- Paris.
- 20 mai 2009
- Auditorium du Louvre.
- Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor enmineur, op. 42, Hob. III/43 ; Quatuor enmineur, op. 76/2, Hob. III/78.
- Leoš Janáček : (1854-1928) : Quatuor n°1 ; Quatuor n°2.
- Pavel Haas Quartet : Veronika Jaruskova, Eva Karova, violon ; Pavel Nikl, alto ; Peter Jarusek, violoncelle.











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