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Le Quatuor Ebène joue Fauré, Ravel et Debussy au Val-Dieu

lundi 22 juin 2009 par Richard Letawe
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Quatuor Ebène
© Julien Mignot

Située à proximité de Liège, la région de Herve et d’Aubel est l’un des plus beaux coins de Belgique, connu pour son apaisant paysage vallonné, parsemé de haies et de vergers, et célèbre pour les produits de son terroir, cidre, salaisons, sirop, fromage, bière,.. Depuis quarante-deux ans, l’Abbaye du Val-Dieu, au cœur de cette région, accueille les Concerts du printemps. Ceux-ci se déroulaient cette année sur cinq soirées, accueillant pour les premières dates les chœurs de Hasselt, le pianiste Eri Le Sage et le Quatuor Fauré. Le concert qui nous occupe ce soir, dédié à la mémoire de Mme Annette Schumacher, était donné par le Quatuor Ebène, avant que le festival se clôture la semaine prochaine par la venue de la Philharmonie des Flandres sous la direction de Philippe Herreweghe dans la Symphonie romantique de Bruckner.

Le Quatuor Ebène joue ce soir le programme de son premier disque paru chez Virgin, ajoutant au traditionnel diptyque Ravel-Debussy le Quatuor de Fauré. Pour commencer ce copieux programme, le Quatuor de Ravel, dans une lecture très maîtrisée, dans laquelle les Ebène prennent rapidement possession sonore de la vaste abbatiale. Le premier mouvement est attaqué avec beaucoup de vigueur, laissant une impression d’amertume et de tension un peu inhabituelle, assez différente de la version du disque, qui est bien plus charmeuse et plaisante. On peut déjà y admirer la grande cohésion des instrumentistes, l’éloquence altière du premier violon, et la solidité du jeu de l’altiste. Le deuxième mouvement laisse un sentiment mitigé, entre des pizzicati qui manquent parfois de chair, un deuxième thème énoncé avec superbe, et un deuxième épisode un rien statique. Il manque une unité d’inspiration à ce mouvement, ce qui n’est plus le cas du Très lent, fascinant de bout en bout, d’une justesse d’expression irréprochable, particulièrement sensible dans l’épisode après le premier solo du violoncelle, dont l’autorité et la franchise sont admirables. Enfin, le dernier mouvement est un bel exemple de maîtrise collective, d’assurance virile et de puissance, qui couronne cette magnifique interprétation.

Le violoncelliste Raphaël Merlin prend la parole avant d’entamer Fauré, pour expliquer, en résumant ses propos, que le monde des mélomanes était divisé entre deux camps, les fanatiques de Fauré et les sceptiques, mais que le Quatuor Ebène faisait résolument partie du camp des défenseurs du compositeur de cette musique rêveuse, qui est parfois une douce incitation à l’assoupissement. Pas de risque de s’endormir pourtant avec le Quatuor de Fauré sous les archets des Ebène, qui soulignent avec habileté ses surprises harmoniques, et qui entament le premier mouvement sans faiblir, et imposent un jeu tout en équilibre, en nuances et en souplesse, sans manquer de force ou de caractère. Les dernières mesures de ce premier mouvement, d’une douceur exceptionnelle, précèdent un Andante qu’on a du mal à qualifier autrement que de sublime, tant la pureté du chant, alliée à une ferveur rigoureuse et pudique remua les esprits, dans un sentiment presque religieux. Heureuse détente ensuite avec un final très rythmé, au climat ludique et extraverti.

Au long de ce concert, la conviction des Ebène ne cesse d’impressionner, de même que leur caractérisation très juste de chaque compositeur, leur jeu se modelant précisément au style de chaque œuvre. La perfection individuelle n’est semble-t-il pas leur préoccupation première, et on perçoit parfois de légère faiblesses d’intonation et de soutien chez les violons, mais l’homogénéité de ces quatre musiciens est frappante, témoignant d’une véritable communion des esprits, et d’une réflexion très poussée sur la nature des œuvres.

Cette cohésion est ce qui est le plus marquant dans leur lecture du Quatuor de Debussy qui fit encore l’effet d’un palier supplémentaire sur la voie de l’aboutissement artistique le plus éclatant, avec un premier mouvement exactement Animé et très décidé, comme noté par Debussy, dont l’ampleur symphonique et la vigueur pleine de noblesse sont la cause d’un étonnement constant, de même que la rayonnante beauté de la sonorité, que les Ebène avaient dans Ravel et Fauré, non pas négligée, mais légèrement dissimulée. Le deuxième mouvement fantasque, au caractère dansant, semble trouver son inspiration en Espagne, puis l’Andatino, limpide, mais d’une intensité déchirante, avant un finale frémissant, confondant d’assurance et de vigueur.

Ce très grand concert, à peine troublé par les toux d’un public par ailleurs venu en nombre réconfortant, est terminé par deux bis, dans lesquels les Ebène montrent l’une de leurs autres facettes, celle des jazzmen et des amateurs de répertoires insolites, qui ont des projets de transcriptions plein la tête, et ont proposé ici la musique de Pulp fiction et un blues de Miles Davis.

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- Aubel
- Abbaye du Val-Dieu
- 19 juin 2009
- Maurice Ravel (1875-1937), Quatuor en Fa majeur
- Gabriel Fauré (1845-1924), Quatuor en mi mineur Op.121
- Claude Debussy (1862-1918), Quatuor en sol mineur Op.10
- Quatuor Ebène : Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure, violon ; Mathieu Herzog, alto ; Raphaêl Merlin, violoncelle











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