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Le Quatuor Arcanto, en deux temps

dimanche 14 décembre 2008 par Théo Bélaud
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Il fallait bien qu’un jour on tombe sur un concert moins qu’excellent au Louvre ! Cela a fini par survenir avec la venue du Quatuor Arcanto. Durant une longue et douloureuse demi-heure, il était même écrit que ce serait l’une des pire soirées de la saison. Avant que, finalement...

Le Quatuor Arcanto est une formation hybride, en un sens assez inhabituel : ni quatuor vraiment exclusif et permanent, ni réunion de solistes aux parcours tout à fait indépendants, mais un mélange des deux. Au concert et au disque, l’ensemble semblait avoir donné des gages de qualité, que nous avons bien cru ne jamais trouver lors de leur concert à l’Auditorium du Louvre. Les Arcanto ont-ils programmé en première partie deux quatuors de Haydn pour satisfaire à une dimension rituelle de la présentation d’un quatuor ? Il y a des raisons de le croire (l’exécution) et au moins une de ne le pas le penser (la relative rareté des quatuors choisis). On aurait donc aimé profiter davantage des œuvres : hélas, ce que nous avons entendu à cette première partie constituait simplement la plus mauvaise audition de quatuors de Haydn que nous ayons connue. Il est toujours désagréable de faire porter la faute à un membre dans un ensemble de chambre, mais c’est ici inévitable : Antje Weithaas est une soliste de musique de chambre dont la réputation, au moins outre-Rhin, interdit de penser qu’elle ne peut jouer mieux que cela. C’est-à-dire, mieux qu’avec une à deux notes fausse par phrase rapide ! On pariera donc sur une grosse méforme passagère, pas loin de contaminer tout l’ensemble, au moins s’agissant de la précision rythmique et de l’assurance des attaques (Jean Guilhem Queyras excepté). Au moins Tabea Zimmermann avait-elle une excuse évidente : un gros (mais vraiment gros) rhume !

Quoiqu’il en soit, la défaillance globale de la primarius hypothéquait à peu près les huit mouvements haydniens, à commencer par tous les exposés de mouvements rapides : l’incipit à nu au premier violon du si mineur, - rêche, détimbré, beaucoup trop fort, bourré de doubles attaques de corde accidentelles - tout le premier exposé (les triples croches...) pourraient constituer le résumé de ce triste ratage. Ou le trio du menuet du même, très loin du dolce requis, et de la chaleur polyphonique exigible, les instrumentistes semblant jouer dans des pièces séparées. S’il fallait à tout prix, pistolet sur la tempe, sauver quelque chose, ce serait l’adagio du majeur, relativement bien servi en matière de phrasés, notamment par Queyras dans le thème - mais un Queyras que l’on a tout de même entendu plus rond et expressif que cela. Compte tenu de ce que nous avons entendu par la suite, nous ne pouvons que souhaiter et parier que c’était là le mauvais endroit et le mauvais moment pour découvrir les Arcanto.

Car c’était bien les quatre mêmes qui revenaient livrer un très bon Cinquième de Bartók. Si l’on excepte, peut-être, un deuxième mouvement ne prenant pas tout à fait autant à la gorge que l’on peut le souhaiter - mais tout de même. C’est dans cette page sublime que subsistaient certaines des faiblesses précédemment observées, essentiellement pour ce qui concerne l’assurance instrumentale dans la tenue et la caractérisation des timbres : là encore, on attendait davantage du violoncelle de Queyras. En revanche, ici comme ailleurs, l’alto de Zimmermann se montrait assez à la hauteur de sa réputation, ce qui est heureux. Les autres graves défauts techniques des Haydn disparaissaient en revanche pour laisser place à un engagement à la fois infiniment plus grand et largement mieux contrôlé, que ce soit dans la cohésion des intonations et des levées rythmiques, ou dans la cohérence dynamique : en résultaient notamment des mouvements extrêmes supérieurement convaincants.

Les bis de quatuors sont généralement les plus supportables : ils ne revêtent pas systématiquement le caractère démago-démonstratif de ceux des orchestres, ni la complaisance narcissique plus ou moins protocolaire de nombreux solistes. Leur faiblesse est simplement d’être cependant trop souvent anecdotiques dans leur portée par suite de ce qui a précédé. Les Arcanto réussissaient le tour de force d’éviter tous les écueils à la fois pour laisser l’auditeur repartir sur une impression presque irréelle comparée à celle de l’entracte. Pour ne pas paraître superflu après une œuvre de la profondeur et de la consistance formelle du Cinquième de Bartók, il fallait bien les mêmes attributs du troisième mouvement du Quatuor en ut mineur de Brahms, dont les Arcanto, quelques semaines avec l’interprétation du Doric Quartet dans la même salle et celle du Cuarteto Casals au Châtelet, offraient la vision la plus convaincante qu’il nous a été donnée d’entendre en concert. Une exécution superbement contrôlée dans le parti pris de la suggestion permanente, en réussissant l’exploit de ne jamais donner dans le salonard, mais simplement dans le naturel le plus évident. Et dans ce mouvement où à nouveau l’alto est au centre des débats, entendre Madame Zimmermann, même sous antibiotiques, est un privilège pour lequel l’on restera reconnaissant.

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- Paris.
- Auditorium du Louvre.
- 2 décembre 2008.
- Franz Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor N°70 enmajeur, op. 71/2, Hob. III/70 ; Quatuor N°64 en si mineur, op. 64/2, Hob. III/68 ; Béla Bartók (1883-1945) : Quatuor N°5.
- Quatuor Arcanto : Antje Weithaas, violon 1 ; Daniel Sepec, violon 2 ; Tabea Zimmermann, alto ; Jean-Guilhem Queyras, violoncelle.






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