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Le Poème Harmonique brille d’Espagne en Italie : El Cancionero de Don Luis

mardi 21 décembre 2010 par Philippe Houbert
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Isabelle Druet
© Thomas Bartel

Après le Cadmus et Hermione anthologique déjà relaté dans nos colonnes, le Poème Harmonique a su régaler le public francilien au travers de deux concert et spectacle témoignant de l’extrême diversité des sources d’intérêt de l’ensemble dirigé par Vincent Dumestre.

En l’Opéra royal du château de Versailles, c’est à l’influence d’une certaine musique espagnole à la cour de France au début du dix-septième siècle qu’un très intéressant concert était consacré. Si l’influence italienne paraît évidente du fait du mariage du bon roi Henri avec Marie de Médicis, l’Espagne n’avait pas bonne presse depuis que Philippe II avait soutenu ouvertement le parti ligueur ultra-catholique, à l’origine des quatre guerres civiles qui avaient ensanglanté la France dans le dernier tiers du seizième siècle. Néanmoins, et comme souvent dans l’histoire des relations diplomatiques entre grandes puissances, c’est par la culture que les choses s’améliorèrent, notamment dans les toutes premières années du siècle suivant par l’introduction des œuvres de Lope de Vega, de Gongora et bientôt Cervantes. Cette percée littéraire hispanique fit dire à Nicolas Faret, dans son l’Honnête homme ou l’Art de plaire à la cour de 1630, que son modèle devait au moins « entendre les langues italienne et espagnole ».
Sur le plan musical, c’est par le biais des deux grands genres en vogue à la cour, le ballet de cour et l’air de cour, que l’influence espagnole se fit sentir. La pavane d’Espagne vint se frotter aux chaconne, passacaille et autre sarabande. Les grandes collections d’airs rassemblés dans la première décennie du siècle firent de plus en plus de place aux mélodies écrites sur des poèmes de Lope de Vega et Luis de Gongora. Guédron, Tessier, Boesset (tous les trois formidablement servis par Vincent Dumestre et le Poème harmonique chez Alpha) composèrent des airs espagnols ou influencés par la musique d’Outre-Pyrénées. Mais c’est dans les années 1620 que la percée se fit plus forte, avec les compositions d’Etienne Moulinié et l’influence qu’exerça la publication, en 1626, d’une méthode destinée à l’apprentissage facile de la guitare espagnole. L’auteur de cet ouvrage, Luis de Briçeño, était installé à Paris depuis une dizaine d’années, marié à une française et très bien introduit dans certains cercles influents de la Cour. La méthode s’ouvre par une introduction à l’art de bien accompagner « à l’espagnole », soit dans un style « rasgueado » (accords battus par opposition au style « punteado », plus contrapuntique), style mis ensuite en pratique dans une série de pièces instrumentales (une dizaine de danses populaires) et vocales (28 « canciones » sur des textes espagnols pour lesquelles ne sont donnés que l’accompagnement en tablature et quelques repères rythmiques afin de suivre la voix). Les mélodies circulaient de recueil en recueil et étaient donc supposées déjà connues du public. C’est de cette collection, véritable « cancionero » de Don Luis de Briçeño, qu’étaient extraites la plupart des pièces données par l’ensemble de Vincent Dumestre.

De ce répertoire très peu connu, nous ne disposons d’aucune référence. Sans doute est-ce une bonne façon d’apprécier cette musique pour ce qu’elle est, sans aller chercher midi à quatorze heures. Musique d’agrément, basée sur des danses populaires, qu’elles soient instrumentées ou chantées, il y faut des interprètes qui croient en elle. Et dieu sait si les musiciens réunis par Dumestre sont des croyants ! A commencer par les deux solistes vocales, les Hermione et Charite de Cadmus, Claire Lefilliâtre et Isabelle Druet, absolument remarquables, notamment la seconde nommée, par leur abattage dans ces pièces souvent drôles (« Ay, ay, ay, todos se burlan de mi » ou « El caballo de Marques »). Mais le très bel ensemble instrumental réuni n’était pas de reste avec la superbe partie de violon tenue par Mira Glodeanu et les guitaristes Massimo Moscardo, Thor-Harald Johnsen et Vincent Dumestre.

Très beau succès auquel nous ajouterons un infime bémol concernant l’adéquation de la salle en regard d’un répertoire somme toute intimiste. En tout cas, un beau chaînon de la musique dans la France de la première moitié du XVIIème siècle, mis à notre connaissance.

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- Versailles
- Opéra royal du Château
- 12 décembre 2010
- El Cancionero de Don Luis : enthousiasmes et querelles autour de la guitare espagnole.
- Œuvres de Luis de Briçeño, Francisco Berxes et anonymes
- Le Poème Harmonique : Claire Lefilliâtre, dessus ; Isabelle Druet, bas-dessus
- Mira Glodeanu, violon ; Lucas Peres, basse de viole ; Thomas de Pierrefeu, violone ; Marie Bournisien, harpe ; Massimo Moscardo, Thor-Harald Johnsen, Vincent Dumestre, guitares ; Joël Grare, percussions
- Vincent Dumestre, direction






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