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Le Nain de Zemlinsky et L’Enfant et les sortilèges de Ravel à l’Opéra national de Lyon

lundi 4 juin 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Stofleth

Le couplage de deux ouvrages à priori aussi dissemblables que L’Enfant et les sortilèges et Der Zwerg pouvait certes, au premier abord, ne pas paraître des plus aisés - quand bien même ils partagent le thème commun de la cruauté. A Lyon, un long entracte technique a permis au public de se fondre, sans trop de heurts, d’un univers à l’autre, de l’onirisme « merveilleux », si subtil de forme et d’expression, créé par Ravel et Colette, à la fable humaniste, particulièrement dramatique, imaginée par Oscar Wilde et Zemlinsky.

Signataire d’une remarquable mise en scène du Joueur de Prokofiev in loco en 2009, l’homme de théâtre polonais Grzegorz Jarzina, accompagné de sa fidèle décoratrice Magda Maciekewska, propose dans le premier ouvrage une énième version de « théâtre filmé ». Ainsi voit-on s’agiter, pendant l’action, toute une équipe de techniciens du cinéma sur scène, tandis qu’un immense écran projette en temps réel les image du tournage qui se déroule sous nos yeux. Nous avouerons que l’œil est tellement sollicité que l’oreille s’y perd, ce qui est l’écueil de toute surcharge scénique.

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Issues pour beaucoup du Nouveau Studio de l’Opéra de Lyon, les jeunes voix réunies ce soir pèchent globalement par une diction la plupart du temps incompréhensible, ce qui fait d’autant regretter l’absence de surtitrage pour cet ouvrage (le second en bénéficiera). C’est notamment le cas pour l’Enfant de la mezzo Pauline Sikirdji, par ailleurs assez pâle dans le rôle. Le timbre chaud et enveloppant de Majdouline Zerari convient bien, quant à lui, à Maman (elle chante aussi les parties de la Tasse chinoise et de la Libellule). Nous ne ferons pas le catalogue de toute la distribution, très nombreuse, mais mentionnerons le superbe duo miaulé d’Antoinette Dennefeld et de Jean-Gabriel Saint-Martin, et surtout les impayables numéros - en Théière puis en Rainette - du toujours exquis François Piolino. Les Chœurs et la Maîtrise de l’Opéra - dirigés respectivement par Alan Woodbridge et Karine Locatelli - doivent également être salués, pour leur sonorité et leur bel ensemble.

Après l’entracte, c’est donc le trop rare Nain de Zemlinsky qui est proposé au public lyonnais. On trouvera un lien formel entre les deux ouvrages grâce aux arbres de la forêt du premier, qui sont réutilisés pour servir de colonnes à un palais baroque dans le second.

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Dans le rôle-titre, le ténor allemand Robert Wörle est exceptionnel, avec son timbre clair et bien projeté. Son identification absolue au personnage est la marque des plus grands : il s’impose avec une sûreté et un éclat impressionnants, auxquels s’ajoute une émotion poignante. Une véritable découverte ! Le chef l’accompagne magnifiquement, sans jamais le couvrir, pas plus que Lisa Karen Houben, chanteuse-actrice attachante, à la voix pleine et émouvante dans le personnage de Ghita, le seul peut-être à comprendre le Nain. Karen Vourc’h, de son côté, incarne une Infante capricieuse à souhait, constamment au bord de la crise de nerf, sans que la conduite du chant n’en pâtisse. Enfin, Simon Neal est un Don Estoban à la voix sonore et au port altier.

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Cette partition fascinante, d’une rare richesse orchestrale, trouve dans le chef Martyn Brabbins un interprète d’exception : rendant justice à l’extraordinaire palette de couleurs de Zemlinsky, il ne perd jamais de vue la tension du drame, maintenue de bout en bout à son paroxysme.

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- Lyon
- Opéra
- 21 mai 2012
- Maurice Ravel (1875-1937), L’Enfant et les sortilèges, Fantaisie lyrique en deux parties. Livret de Colette.
- L’Enfant, Pauline Sikirdji ; Maman/La Tasse chinoise/La Libellule, Majdouline Zerari ; La Princesse, La Bergère/La Chauve-Souris, Heather Newhouse ; Le Feu/Le Rosignol, Mercedes Arcuri ; La Chatte/L’Ecureuil, Antoinette Dennefeld ; La Chouette/La Pastourelle, Elise Chauvin ; Le Fauteuil/l’Arbre, Simon Neal ; L’Horloge comtoise/Le Chat, Jean-Gabriel Saint-Martin ; La Théière/e Petit vieillard/La Rainette, François Piolino.
- Alexander von Zemlinsky (1871-1942), Der Zwerg, Conte tragique en un acte. Livret de Georg G. Klaren d’après « L’Anniversaire de l’infante » d’Oscar Wilde.
Le Nain, Robert Wörle ; L’Infante, Karen Vouc’h ; Ghita, Lisa Karen Houben ; Don Estoban, Simon Neal ; 1ère Camériste, Mercedes Arcuri ; 2ème Camériste, Heather Newhouse ; 3ème Camériste, Majdouline Zerari.
- Mise en scène, Grzegorz Jarzyna ; Décors, Magda Maciejewska ; Costumes, Anna Nykowska Duszynska ; Lumières, Jacqueline Sobiszewski ; Vidéos, Bartek Macias.
- Chœurs et Maîtrise de l’Opéra de Lyon. Chef des chœurs, Alan Woodbridge
- Orchestre national de l’Opéra de Lyon
- Martyn Brabbins, direction






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