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Le London Philharmonic Orchestra joue Brahms à Dijon

jeudi 24 mars 2011 par Nicolas Mesnier-Nature
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Vladimir Jurowski
DR

Pour sa troisième journée thématique consacrée à Brahms, l’Auditorium de Dijon recevait ce dimanche 20 mars un grand orchestre – le Philharmonique de Londres – un grand chef – Vladimir Jurowski – et un grand soliste – Christian Tetzlaff. Les deux œuvres jouées font également partie du grand répertoire : le Concerto pour violon et la Symphonie n°4.

Vladimir Jurowski assure une continuité musicale indéniable entre la conception du concerto et celle de la symphonie. Le fait qu’il dirige le premier comme une symphonie avec violon – ce qui en soi n’est pas contradictoire – permettrait de craindre un risque d’enrobage envahissant du soliste. Or, il n’en est rien. Pourtant, le London Philharmonic joue fort, parfois très fort dans les tutti. La direction très énergique du chef emmène les cuivres sur des terrains très sonnants, et les cordes luttent de toutes leurs forces pour rétablir l’équilibre. Mais la gestique violente tempère aussi vite qu’elle soulève la puissance, offrant au violoniste un écrin aux couleurs primaires tranchées dans lequel il peut s’épanouir. On se demande parfois comment il va arriver à se faire entendre. Sa concentration, yeux clos, lui permet d’entrer dans le jeu du chef et d’émerger de la masse orchestrale. Tous les registres parlent. Christian Tetzalff possède un jeu très physique : le violon est le prolongement de son corps, qui envoie l’énergie demandée au moment opportun. Les tempi raisonnables du chef lui laissent le temps de chanter, et pas une note n’est perdue ou avalée par l’orchestre. L’échange entre les deux interprètes sonne juste : par exemple, à la fin du premier mouvement, juste après la longue cadence de trois minutes, le violoniste sait bien anticiper le climat serein de la reprise.

Le deuxième mouvement nous permet de profiter des qualités de l’harmonie du LPO. Parfois du bout de l’archet, Tetzlaff s’expose dans toute sa justesse, sans mièvrerie. Il se fond avec bonheur dans la nuance de l’orchestre, prenant parfois le son « par en dessous ». Enchaîné à l’Allegro final, les deux interprètes évitent l’écueil de la tziganerie pour s’appuyer sur un tout-énergique et festif enthousiasmant. Le dynamisme étourdissant n’oubliera pas de s’élargir dans les dernières mesures par un beau ralenti avant l’arrivée des accords conclusifs dans la droite ligne de tout ce que l’on a entendu jusqu’ici.

Vladimir Jurowski considère son soliste comme un membre de l’orchestre, ils ne se prêtent d’ailleurs pas à des échanges de regards répétitifs. Malgré sa forte présence, son un jeu remarquablement précis, faisant quasiment un sort à chaque note (Tetzlaff est aussi remarquable chambriste), son vibrato contrôlé et son sens du phrasé parfaitement maîtrisé, le violoniste ne joue pas le grand soliste s’opposant et luttant avec un orchestre accapareur. Il semble que lui aussi se considère comme un « super premier violon ».

Toutes les caractéristiques orchestrales précitées se retrouvent dans la Symphonie n°4 de Brahms. Il n’est pas sûr que la disposition des six contrebasses tout au fond, séparées des violoncelles par l’harmonie, soit idéale. Bien souvent, celle-ci aura tendance à interposer un rideau sonore entre les spectateurs et elles. Si le premier mouvement possède une belle continuité insérée dans un tempo assez paisible mais toujours nerveux et appuyé, l’Andante moderato permet enfin d’apprécier à sa juste valeur la qualité des vents et leur doux dialogue avec l’ensemble des cordes, dans un paysage sonore équilibré et apaisant. Pourtant, dès que le ton monte, on a l’impression que les deux familles luttent tour à tour pour se faire entendre. L’Allegro giocoso perd son allure joyeuse au profit d’une violence énergique électrique quasiment hors sujet. Le Finale expose toujours très fort de nombreux contrastes. Les variations qui le composent sont heureusement si bien écrites que jamais Brahms ne donne l’impression d’une succession de petites pièces travaillant le thème principal artificiellement. Sans cela, Vladimir Jurowski serait-il parvenu à l’unification par le son dont il a fait preuve ?

Le London Philharmonic, orchestre propre à tout jouer, se plie aisément aux desiderata des chefs. Malgré tout, l’optique expressionniste – voire pétaradante - qui lui est imposée ici n’est pas forcément la meilleure pour Brahms qui pâtit de cette extériorisation excessive. L’effet en concert est néanmoins assuré.

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- Dijon
- Auditorium
- 20 mars 2011
- Johannes Brahms (1833-1897), Concerto pour violon en ré majeur Op.77 ; Symphonie n°4 en mi mineur Op.98
- Christian Tetzlaff, violon
- London Philharmonic Orchestra
- Vladimir Jurowski, direction






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