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Le Livre du Cœur d’Amour épris : Doulce Mémoire, l’enchantement permanent

mercredi 5 octobre 2011 par Philippe Houbert
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René d’Anjou
Peinture de Nicolas Froment
© musée du Louvre

Ce qu’il y a de bien, avec Denis Raisin-Dadre, c’est qu’on ne s’ennuie jamais. S’il est un musicien à qui l’ont peut faire confiance les yeux fermés, pour partir à l a découverte de nouveaux territoires musicaux, goûter à de nouvelles approches, c’est bien lui. On a la garantie de la surprise, de l’exigence, et de la qualité. Tel fut encore le cas en ce concert qui bouclait le cycle du désordre amoureux à la Cité de la musique.

René d’Anjou est passé à la postérité sous l’appellation de « bon roi René » grâce à sa sagacité, son intelligence politique, sa capacité à gérer ses territoires (on lui doit l’un des premiers barrages) et son goût des arts : un vrai prince de la Renaissance, quelques décennies avant l’heure. En 1457, il écrit Le Livre du Cœur d’Amour épris, histoire d’amour chevaleresque traitée de façon allégorique, à la trame des plus complexes. Un poète se voit arracher le cœur par Cupidon. Le chevaler Cœur part à la conquête d’une belle, Douce Merci, retenue en captivité par Refus, Honte et Crainte. De nombreux retournements de situation interviendront avant une fin pas du tout « happy end ».

Denis Raisin Dadre a pris prétexte de ce récit pour bâtir un programme autour de l’amour passionné, l’amour douloureux et l’amour égaré exprimé dans les chansons du XVème siècle. Des extraits du Livre, lus par Philippe Vallepin, alternaient avec des séries de trois à quatre pièces instrumentales et chansons. Bien sûr, Gilles Binchois et Guillaume Dufay occupèrent la place principale dans les musiques sélectionnées, toutes dans le rythme ternaire lent et envoutant qui, pièce après pièce, emmena le public dans un autre temps. Après un court temps de « chauffe », l’alto Paulin Bündgen, délivra une magnifique et très sensible performance dans des chansons rivalisant d’élégance et de raffinement, telles que Mon chier amy, Pour l’amour de ma doulce amye, la Dolce vista (Dufay), Adieux mes très belles amours, Les très doulx jeux, Qui veut médire (Binchois). Mais nous eûmes aussi le plaisir de la découverte d’une chanson d’un Gilet Velut, dont on ne connaît que très peu de choses, si ce n’est que sa musique – ici, le rondeau Je voel servir – est très inspirée de l’ars subtilior de la fin du XIVème siècle, ainsi que celle de Philippe Caron, auteur actif dans la seconde moitié du XVème siècle.

Les pièces instrumentales, tirées de recueils de danse du XVème siècle bourguignon, et du Buxheimer Orgelbuch, reprenant des chansons de Binchois et Dufay dans une version instrumentale, furent magnifiquement interprétés par les valeureux équipiers de Denis Raisin-Dadre, lui-même très en verve avec sa série de flûtes. Angélique Mauillon, très sensible harpiste, Pascale Boquet, formidable et très modeste luthiste, et Lucas Peres, excellent gambiste, contribuèrent tous à ce périple amoureux hors du temps.

On ne peut s’empêcher de mettre ce délicat spectacle aux moyens modestes, en relation avec la grosse machine Borgia entendue une semaine auparavant en début de cycle. D’un côté, l’artificialité d’un projet culturel qui n’apprend rien sur son prétexte, de l’autre le naturel d’une mise en parallèle entre texte et musiques aussi raffinés les uns que les autres.

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- Paris
- Cité de la Musique
- 21 septembre 2011
- Le Cœur d’Amour épris, d’après une lecture du Livre du Cœur d’Amour épris de René d’Anjou
- Pièces instrumentales du Buxheimer Orgelbuch et de recueils de danses de la cour de Bourgogne
- Chansons de Gilet Velut (actif vers 1409-1414), Guillaume Dufay (1400-1474), Gilles Binchois (1400-1460), Philippe Caron (actif durant la seconde moitié du XVème siècle)
- Doulce Mémoire : Denis Raisin-Dadre, flutes et direction ; Paulin Bündgen, alto ; Pascale Boquet, luth ; Angélique Mauillon, harpe ; Lucas Peres, viole de gambe, Philippe Vallepin, récitant






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