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Le Faust de Schumann selon Harnoncourt

lundi 28 avril 2008 par Richard Letawe
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Nikolaus Harnoncourt
© eastwest records Lelli & Masotti

A presque quatre-vingts ans, au vu des immenses succès qu’il a connus, Nikolaus Harnoncourt pourrait se contenter de « tourner » avec un répertoire restreint, sans risque et connu par cœur, comme nombre de ses collègues le font/ l’ont fait. Au contraire, il continue à explorer chaque saison des œuvres nouvelles, et vient par exemple à Bruxelles avec les rares Szenen aus Goethes Faust de Schumann.

Entre ouvrage lyrique et oratorio, ces Scènes du Faust de Goethe, qui ont nécessité près de dix ans de travail à leur auteur, sont du meilleur Schumann, par la noblesse des thèmes, l’invention harmonique, l’élan mystique des pages chorales, la finesse et la subtilité de l’orchestration. L’œuvre culmine dans la troisième partie, composée en premier, celle de la rédemption de l’âme de Faust, d’une élévation extraordinaire. Pareille merveille mériterait amplement sa place au répertoire (ne mésestimons cependant pas les contraintes budgétaires, car l’œuvre nécessite un grand chœur, un chœur d’enfant et de nombreux solistes), et il est bien regrettable aussi que les enregistrements, somme toute assez nombreux (Abbado, Herreweghe, Daus, Klee, Britten,…) soient tous retirés des catalogues.

Les forces dont Nikolaus Harnoncourt était entouré étaient de première qualité, à commencer par quelques chanteurs de haut rang. Avec Christian Gerhaher, le Faust de Schumann a trouvé une incarnation majeure.

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Christian Gerhaher
© Alexander Basta/Sony BMG

Le baryton allemand fait preuve d’endurance, d’une projection étonnante, et son chant noble, délié et dépouillé, aux aigus si faciles, est d’une rare grandeur, et touche même à la perfection. Werner Güra, à la justesse irréprochable et à la diction exemplaire est lui aussi pleinement satisfaisant, de même que le solide Franz-Josef Selig, qui n’a que peu d’interventions à effectuer, et que la jeune Mojca Erdman, au timbre radieux.

Un petit cran en dessous, on mettra Elisabeth Von Magnus, fragile, un peu dépassée mais émouvante, Alastair Miles, Méphistophelès mordant, mais un peu court de souffle, et Birgit Remmert, qui assure mais sans faire d’étincelles. Gretchen enfin est interprétée par la soprano Christiane Iven, juvénile de timbre et d’expression, mais aux aigus manquant un peu de tenue et de substance.

Surtout sollicité dans la grandiose troisième partie, le Grand chœur de la Radio des Pays Bas est excellemment préparé, de même que les petits du Nationaal Kinderkoor, qui après une entrée hésitante chantent juste et sans forcer. Placés haut dans une loge de côté, rejoints par Gerhaher pour l’air des bienheureux, leur intervention fait son effet.

Emmené par son excellent concertmeister Liviu Prunaru, l’Orchestre du Concertgebouw est impeccablement concentré et très lisible. Sans baguette et sans podium, au contact direct de ses vieux amis, Nikolaus Harnoncourt donne une lecture transparente et engagée du chef d’œuvre de Schumann. Sa direction souple, très détaillée, patiente dans les deux premières parties, traduit merveilleusement dans la troisième l’exaltation, la spiritualité, et le miracle musical qu’a réalisé le compositeur.

Venu sûrement pour partie sur le nom de Harnoncourt plus que sur celui de Schumann, le public semble captivé, et donne une ovation debout aux interprètes, largement méritée. Nous attendons maintenant, le probable enregistrement qu’éditera Sony BMG de ce Faust par Harnoncourt, qui viendrait combler, non pas un vide, mais un gouffre discographique.

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- Bruxelles
- Palais des Beaux Arts
- 21 avril 2008
- Robert Schumann (1810-1856), Szenen aus goethes Faust, WoO3
- Christiane Iven, Mojca Erdmann, soprano ; Birgit Remmert, Elisabeth von Magnus, alto ; Werner Güra, ténor ; Christian Gerhaher, baryton ; Alastair Miles, Franz-josef Selig, basse
- Groot Oroepkoor, chef de chœur, Simon Halsey ; Nationaal Kinderkoor, chef de chœur, Wilma ten Nolde
- Koninklijk Concertgebouworkest
- Nikolaus Harnoncourt, direction






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