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Le Doric Quartet, promesse du midi

dimanche 28 septembre 2008 par Théo Bélaud
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© Doric Quartet

Ce jeune quatuor britannique ouvrait la saison des concerts du midi à l’Auditorium du Louvre avec un programme qui, sans en avoir trop l’air, était ambitieux à tous points de vue. Le Doric Quartet a démontré qu’il devrait sans doute faire partie de ceux avec qui l’on pourrait compter ces prochaines années, tant il semble évident qu’il est assis sur les plus saines des bases.

Plutôt que de souffrir d’inévitables comparaisons en choisissant un des plus célèbres des quatuors de Haydn, les Doric ont opté pour le relativement peu joué Op. 64/3. Ce qui frappe immédiatement à leur entame de concert est la stabilité rythmique très assuré, et l’assise sobre mais autoritaire du violoncelle de John Myerscough, sur lequel pèsent de lourdes responsabilités dans le premier mouvement. Comme souvent avec Haydn, la première mesure est ardue (c’est-à-dire homorythmique), et les Doric parviennent pourtant à éviter le débraillement ici. Et ceux aux quatre reprises du thème dans ses deux formules, puisque autant sûrs d’eux que scrupuleux, ils observeront par ailleurs toutes les reprises. La deuxième caractéristique évidente de l’ensemble est la conception unitaire de la discipline quartettiste, généralement marque de fabrique des quatuor britanniques : évidente quand le primarius élimine toute tentation d’esbroufe, par exemple dans le I, m. 28-32, sur les enchaînements sforzando-staccato sur les notes répétés et les ponts à nu. Troisième aspect remarquable : la sonorité, chaleureuse et, du fait de ce qui précède, homogène. Là encore, cela fait une raison de croire que les Doric pourront sans difficulté rejoindre les Britten, les Coull ou les Maggini en tant que dignes représentants de cet irrésistiblement distingué « son de quatuor anglais », quasiment sans égaux dans le mezza voce. Autant dire que les Doric étaient à leur affaire pour faire respirer de la meilleure façon l’adagio du 64/3, où la continuité entre les deux violons est capitale. L’équilibre du dialogue était également irréprochable dans le menuet, pris dans le sage allegretto indiqué, et refusant tout effet de soufflet, ou de manche en général, au thème, au profit d’une jovialité de ton très naturelle. Dans le trio, on remarquait le contrôle du staccato d’un violoncelle par ailleurs vraiment excellent sur l’ensemble de sa partition. Maîtrisé, le finale accusait tout juste un relatif manque de vrais pianos à la fin des phrases decrescendo par ailleurs remarquablement bien phrasées par Alex Redington.

Les quatuors de Brahms sont d’une difficulté d’exécution comme inversement proportionnelle à la médiocre notoriété dont ils pâtissent à l’aune du reste de la musique de chambre du compositeur : les monter n’est généralement pas considéré comme la chose la plus gratifiante du monde. Qu’un jeune quatuor en choisisse un, et même pas l’opus 67, pour se faire connaître, est fort méritoire. L’ut mineur est évidemment un chef d’œuvre de Brahms, et quand on a la possibilité assez rare de l’entendre en concert, il est permis d’en attendre beaucoup. Comme dans Haydn, les Doric y privilégient une respiration ample dès le premier volet (avec reprise également, ce qui est rare et pas qu’au concert), et font valoir leurs qualités de grain collectif. On pouvait cependant pointer un relatif manque de tension à l’intérieur des phrases, en particulier du premier thème, qui demande qu’on y serre le phrasé davantage quitte à faire fluctuer un peu le tempo, et pour mieux mettre en évidence la logique de tension/détente, mais celle extraversion/introspectition du second thème. Mais les Doric démontraient également qu’ils possédaient une échelle dynamique d’ampleur suffisante pour une telle musique, toujours avec un contrôle polyphonique imparable. La Romanze vivait quelque peu dangereusement, c’est-à-dire en courant le risque de l’alanguissement sentimental du fait d’un tempo retenu. Globalement, les Doric s’en tiraient cependant avec intelligence, évident de surcharger le second thème, et ne le raidissant pas non plus : la qualité de la pâte sonore faisait le reste sur ce passage sublime mais ô combien délicat et faisant appel à une complicité mûre (m. 27-30). C’est sur la récapitulation des thèmes que la conduite du mouvement paraissait un peu moins tenue, rythmiquement et expressivement.

A l’inverse du précédent, le troisième mouvement (une des plus grandes pages jamais composées par Brahms, les occasions de le dire ne sont pas fréquentes) était pris dans la moyenne interprétative rapide, ce qui ne facilite pas pour autant le travail : là encore, les jeunes britanniques faisaient preuve d’une acuité polyphonique assez irréprochable, mais manquant toutefois ici d’une forte personnalité dans le ton, leurs phrasés appliqués sonnant de façon assez neutre. On pense notamment à la superposition ultime dans la réexposition du troisième thème à l’alto (qui se substitue à celui joué dans l’exposé) avec celui du premier violon, qui devrait continuer à chanter jusqu’au retour du second (m. 55-65). Au moins les instrumentistes ne rencontraient-ils aucun problème de justesse dans ce mouvement (comme ailleurs du reste), ce qui n’est pas la moindre des difficultés ici, et pas la moins rédhibitoire quand elle se manifeste. La délicate fin du trio était elle remarquablement bien négociée par le second violon. Finale irréprochable, rythmiquement taillé dans la pierre et prouvant une dernière fois la force de concentration de cet ensemble, dont l’avenir pourrait être radieux. Sans doute leur personnalité interprétative est-elle encore en devenir, mais il est finalement assez rare de découvrir de jeunes quatuors ne souffrant d’absolument aucun défaut technique majeur, et proposant d’emblée un véritable son de quatuor, qui est lui presque déjà mûr - l’ensemble entame déjà sa onzième saison ! Il semble que ces élèves de membres des quatuors Alban Berg, Artemis, Hagen et LaSalle aient du reste déjà pris leur indépendance à l’égard de l’école concertante viennoise, l’influence semblant la plus évidente dans cet enseignement étant celle des Hagen. Leur consécration à la dernière édition du concours d’Osaka, espérons-le, les fera gagner à être connus L’amour de la musique, discret mais évident, devrait faire le reste.

A noter que la qualité d’écoute du public de l’Auditorium du Louvre, d’ordinaire remarquable (et louée) pour son caractère exceptionnel à Paris, a quelque peu déçu à cette occasion. La saison s’annonçant particulièrement passionnante, les occasions de se rattraper seront nombreuses.

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- Paris
- Auditorium du Louvre.
- 25 Septembre 2008.
- Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor n°65 en si bémol majeur, Op.64 n°3, Hob. III:67 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor n°1 en ut mineur, Op.51/1.
- Doric Quartet : Alex Redington, violon 1 ; Jonathan Stone, violon 2 ; Mark Brainthwaite, alto ; John Myerscough, violoncelle.











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