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Le Crépuscule des Dieux à l’Opéra du Rhin

lundi 28 février 2011 par Richard Letawe
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© Alain Kaiser

Débutée en 2007, la Tétralogie de l’Opéra du Rhin se termine enfin avec le Crépuscule des Dieux, dont la première avait lieu en cette fin du mois de février à Strasbourg.

Nous n’avons pas suivi en personne les premières journée du cycle, mais l’accueil de la critique, y compris dans nos colonnes pour Die Walküre et Siegfried avait été globalement très favorable, ce qui au vu de ce Götterdämmerung nous semble largement justifié.

Metteur en scène prolifique, David McVicar a parfois tendance à surcharger ses productions d’accessoires et de figurants, faisant perdre le fil au spectateur au gré de scénographies tourbillonnantes. Dans ce Crépuscule au contraire, McVicar va à l’essentiel, se concentre sur les personnages principaux, et réalise un spectacle à l’esthétique racée, qui ne trahit jamais l’action, lui donnant une traduction visuelle sobre et efficace, pour ce qui ressemble au final à un retour à la simplicité originelle du mythe, sans détours ni fioritures. Les « trouvailles » de mise en scène sont rares et pertinentes, comme les fameux et magnifiques centaures qui figuraient dans Die Walkûre et qu’on retrouve ici conduits par Siegfried et Waltraute ; comme les parures japonisantes des Gibichungen, dont la sophistication et la morgue font une opposition théâtrale très fructueuse avec la simplicité et la rudesse des mœurs du gros bras Siegfried ; comme encore la très belle dernière image, après une immolation très réussie, ou un « fils du Rhin » vient déposer l’Or, fondu en masque sur les rives du fleuve.

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© Alain Kaiser

Saluons également le rythme parfait de cette mise en scène, collant parfaitement à la musique, la finesse de la direction des acteurs, qui paraissent toujours naturels et concrets, et la très grande beauté des costumes, que les personnages habitent avec aisance.

L’Opéra du Rhin possède donc maintenant avec ce Ring une production majeure, aboutie et cohérente à son répertoire, à laquelle sa qualité confèrera à n’en pas douter une belle longévité, et qui sait, une vie dans d’autres lieux, elle le mériterait…

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© Alain Kaiser

Musicalement, c’est aussi la fête grâce à une distribution déjà bien affûtée pour un soir de première. Les trois Nornes d’abord ouvrent la soirée de manière admirable, on retrouvera d’ailleurs plus tard la seconde, Hanne Fischer, en parfaite Waltraute, au chant lumineux et à la présence scénique pleine d’émotion, et la troisième, Nancy Weissbach, en Gutrune, où elle fait preuve d’un beau tempérament vocal. Son frère bénéficie lui aussi d’une interprète raffiné avec Robert Bork, au chant toujours soigné, et qui incarne de façon très convaincante le veule gunther. Egalement excellent, l’Alberich d’Oleg Bryjak, un rôle qu’il interprète avec succès sur les plus grandes scènes. Traitée par le metteur en scène avec une confiance absolue dans les capacités de ses actrices à incarner leur personnage, la scène des Filles du Rhin, un simple plateau nu que quelques jeux de lumières vont transformer en cours d’eau crédible, permet d’apprécier un somptueux trio féminin.

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© Alain Kaiser

L’impressionnante stature de Daniel Sumegi, grimé en samurai, confère à son Hagen une crédibilité scénique certaine, qui compense une voix belle et puissante, mais qui manque encore un peu de métal et de noirceur pour être tout à fait adaptée au rôle.

Enfin, les deux protagonistes principaux, Siegfried et Brünnhilde font une entrée difficile, lui assez faux, elle accablée d’un fort vibrato, au point que leur duo du premier acte est fort éprouvant. Ils font ensuite tous deux meilleure figure : Lance Ryan est un Siegfried au timbre un peu ingrat, mais dont la puissance, l’endurance et la bravoure sont très réjouissantes, alors que Jeanne-Michèle Charbonnet, à partir de sa confrontation avec Waltraute est beaucoup mieux en voix, assure avec héroïsme les difficultés de son rôle, pour finir en apothéose dans une immolation mémorable, à l’émotion parfaitement contrôlée.

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© Alain Kaiser

Un mot encore pour les chœurs, admirablement préparés et scéniquement très convaincants, qui participent pleinement à la réussite de ce spectacle.

Dans la fosse, Marko Letonja, qui était déjà là pour la Walkyrie, offre une lecture étonnamment fluide et légère de cet impressionnant monument, dont il éclaire de main de maître la polyphonie. On ne lui reprochera donc pas quelques légères baisses d’inspiration, dans un « Voyage sur le Rhin » assez plat par exemple, car prise dans sa globalité, cette lecture simple et chantante, aux accents chambristes et aux phrasés élégants, est formidablement convaincante. L’Orchestre Philharmonique de Strasbourg est un peu moins à la fête, à cause de cuivres souvent enroués et de bois à la saveur très neutre, mais offre grâce essentiellement à des cordes aux textures soyeuses, une prestation courageuse.

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© Alain Kaiser

L’Opéra du Rhin peut donc être fier des éminentes qualités de cette production du Ring, qui scéniquement autant que musicalement aura atteint des sommets. Prochaine étape de la saison de la maison alsacienne, Don Pasquale à Mulhouse et Colmar en mars et Carsen en avril à Strasbourg l’Affaire Makropoulos mise en scène par Robert Carsen, nouveau jalon d’un cycle Janacek que Marc Clémeur avait initié lors de son mandat à l’Opéra des Flandres, qui a déjà donné une magnifique Jenufa.

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- Strasbourg
- Opéra du Rhin
- 24 février 2011
- Richard Wagner (1813-1883), Götterdämmerung. Opéra en trois actes. Troisième journée du Festival scénique sur un livret du compositeur.
- Mise en scène, David McVicar ; Décors, Rae Smith ; Costumes, Jo van Schuppen ; Lumières, Paule Constable ; Mouvements, Andrew George ; Masques, Vicki Hallam ; Responsable déplacements, David Greeves
- Siegfried, Lance Ryan ; Brünnhilde, Jeanne-Michèle Charbonnet ; Hagen, Daniel Sumegi ; Gunther, Robert Bork ; Alberich, Oleg Bryjak ; Gutrune/Troisième Norne, Nancy Weissbach ; Waltraute/Deuxième Norne, Hanne Fischer ; Première Norne, Sarah Fulgoni ; Woglinde, Anaïs Mahikian ; Wellgunde, Kimy Mc Laren ; Flosshilde, Carolina Bruck-Santos
- Chœurs de l’Opéra national du Rhin. Chef de chœur, Michel Capperon
- Orchestre Philharmonique de Strasbourg
- Marko Letonja, direction






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