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Le Couronnement de Poppée à Dijon

mercredi 25 avril 2012 par Emmanuel Andrieu
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© Frédéric Iovino

Moins de trois semaines après son éclatant succès à l’Opéra de Lille, c’est à Dijon que la production du Couronnement de Poppée - signée Jean-François Sivadier - faisait escale. Reprenant la « recette » - nous y reviendrons - qui avait déjà fait triompher sa mise en scène de la Traviata in loco en mars dernier, l’homme de théâtre français est en train de devenir un collaborateur privilégié de l’institution bourguignonne. Ce dont le public local ne semble pas se plaindre, au vu de l’étonnant accueil qui lui a été réservé au moment des saluts.

N’étaient quelques éléments de décors différents, on pourrait croire que c’est à nouveau la Traviata du mois précédent qui va être jouée. Ainsi, à l‘instar du spectacle précité et avant même que tous les spectateurs aient rejoint leur place, l’action théâtrale a déjà débuté. En costumes de ville, sur une scène ouverte jusqu’au mur de fond, les chanteurs-acteurs s’interpellent, mais prennent également à partie les musiciens, et jusqu’aux spectateurs eux-mêmes. Toutefois le livret reprend vite ses droits avec l’apparition d’un Néron, certes hirsute et peroxydé, mais en costume d’époque (ou presque).

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© Frédéric Iovino

D’une équipe jeune et particulièrement homogène, Sivadier tire le meilleur parti, et lui insuffle un véritable esprit de troupe, avec un mouvement et une complicité qui n’appartiennent qu’au théâtre. Les trois actes durant, sans exclure le chant ni la musique, il domine ici, avec ses procédés parfois convenus (changement des décors à vue) mais d’abord par sa force expressive et son rendu rigoureux du texte. Les héros que nous montre Sivadier sont des êtres bien vivants, qui laissent libre court à leurs sentiments et à leur passions. L’alternance quasi shakespearienne du tragique et du comique est bien mise en valeur, et ce n’est pas le moindre des mérites du metteur en scène français dont le travail brille aussi par une caractérisation fouillée de chaque personnage et une direction d’acteur millimétrée.

La distribution féminine est légèrement supérieure à la distribution masculine. Ann Hallenberg incarne une Ottavia torturée, qui atteint dans son adieu à Rome un rare pathétisme. Son beau timbre cuivré trouve dans cette partie un de ses meilleurs emplois. Sonya Yoncheva ne lui est pas inférieure, Poppea d’une belle et lascive féminité, enjôleuse et déterminée. Cette soprano bulgare sait plier sa voix jusqu’au murmure pour mieux séduire. Toute de délicatesse, la Drusilla d’Amel Brahim-Djelloul enchante par la suavité de son timbre comme par la conduite de son chant.

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© Frédéric Iovino

Coté masculin, la palme revient à l’Ottone du contre-ténor anglais Tim Mead. Il apporte beaucoup de relief à ce personnage secondaire et impressionne par une puissance vocale inhabituelle pour sa tessiture. En terme de relief, son collègue néo-zélandais Paul Whelan n’a rien à lui envier dans le rôle de Sénèque, qui semble tout droit sorti de la statuaire romaine : il s’y montre digne et majestueux. La scène de ses adieux à ses amis et à la vie, qui se déroule dans un hammam embrumé, est la plus émouvante de la soirée. Les rôles des deux nourrices sont confiés à des hommes, aux timbres de voix néanmoins très distincts. Ténor lyrique élevé, le suisse Emiliano Gonzalez-Toro confère à Arnalta des allures de matrones d’un éclat tout particulier, chantant à ravir la berceuse du deuxième acte « Adagiatti Poppea ». La Nutrice de Rachid Ben Abdeslam est tout aussi savoureuse. Il s’en donne à cœur joie dans ce rôle de travesti et emporte l’adhésion grâce à un humour décapant. Anna Wall (Fortuna & Pallade), Camille Poul (Amore) et Khatouna Gadelia (Virtù et Valetto) remportent également un beau succès personnel.

Reste le cas du contre-ténor vedette : Max Emmanuel Cencic. Nous avouerons avoir fort peu goûté sa voix trémulante, aux aigus systématiquement acides et criés. Nous reconnaîtrons néanmoins, vu le personnage hystérique qu’il incarne, que ce qui aurait été rédhibitoire ailleurs tombe à propos ici. L’acteur est ainsi bien plus convaincant que le chanteur, qui apporte à l’empereur un dramatisme et une conviction farouches, le caractère névrotique et inquiétant du personnage se traduisant par des gestes nerveux, voire violents.

Au pupitre, Emmanuelle Haïm dirige avec beaucoup de sensibilité dramatique un Concert d’Astrée particulièrement précis et elle invite les différents interprètes - chanteurs et musiciens - à un dialogue permanent, à la fois intime et subtilement nuancé.

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- Dijon
- Auditorium
- 01er avril 2012
- Claudio Monteverdi (1567-1643), L’Incoronazione di Poppea. Opéra en un prologue et trois actes. Livret de Giovanni Francesco Busenello d’après Tacite.
- Mise en scène, Jean-François Sivadier ; Scénographie, Alexandre de Dardel ; Costumes, Virginie Gervaise ; Lumières, Philippe Berthomé.
- Sonya Yoncheva, Poppée ; Max-Emanuel Cencic, Néron ; Ann Hallenberg, Octavie ; Tim Mead, Othon ; Paul Whelan, Sénèque ; Amel Brahim-Djelloul, Drusilla ; Rachid Ben Abdeslam, La Nourrice/Homme de la maison de Sénèque ; Emiliano Gonzalez Toro, Arnalta ; Anna Wall, La Fortune/Vénus/Pallade ; Khatouna Gadelia, La Vertu/Valet ; Camille Poul, L’Amour/Damigella ; Aimery Lefèvre, Mercure, Consul ; Patrick Schramm, Homme de la maison de Sénèque/Licteur/Consul ; Mathias Vidal, Soldat/Homme de la maison de Sénèque/Lucain/Tribun ; Nicholas Mulroy, Soldat/Libertus/Tribun.
- Le Concert d’Astrée
- Emmanuelle Haïm, direction.






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