ClassiqueInfo.com




Le Comte Ory au Grand-Théâtre de Genève

vendredi 30 décembre 2011 par Emmanuel Andrieu
JPEG - 71.8 ko
Antonis Koroneos, Le Comte Ory ; Silvia Vazquez, La Comtesse Adèle
© GTG/Vincent Lepresle

Après avoir mal débuté sa saison avec un Andrea Chénier de triste mémoire, le Grand-Théâtre de Genève termine l’année avec un nouveau ratage, tant sur le plan musical que scénique. Rarement on aura vu le public local se lever si promptement de son siège une fois le spectacle terminé, les artistes n’obtenant (bien mollement) que deux rappels… Un rendez-vous manqué d’autant plus regrettable que Le Comte Ory est (en principe) un pur régal de drôlerie et d’étourdissement vocal.

Pour un metteur en scène, la difficulté du Comte Ory est de parvenir, sous l’apparence de la grosse farce, à faire ressortir la subtile ironie de la partition de Rossini. Le vaudeville grivois imaginé par Scribe s’inscrit de fait en porte-à-faux avec une musique constamment élégante et sophistiquée. Le trio de la chambre en offre une parfaite illustration : sur un quiproquo que Feydeau n‘aurait pas désavoué, le Cygne de Pesaro greffe ce que Berlioz considérait comme « sa plus subtile et délicate musique ».

JPEG - 127.6 ko
Antonis Koroneos, Le Comte Ory ; Jean-François Lapointe, Raimbaud ; Isabelle Henriquez, Dame Ragonde
© GTG/Vincent Lepresle

Dans les décors et les costumes d’Ezio Toffolutti, qui respectent avec goût le climat de parodie médiévale inspiré des Très Riches Heures du Duc de Berry (tours de châteaux et animaux de la ferme découpés dans un livre pour enfants), Gian Carlo del Monaco n’a pas la main légère, et tend à souligner à gros traits ce qui devrait rester du domaine de l’allusion. Là où Rossini sourit aimablement, lui ricane vulgairement, multipliant gags et clins d’œil douteux, généralement situés au dessous de la ceinture. Tel ce personnage rajouté, chauve, ventru et pervers, qui se promène nu sous son manteau pour offrir aux villageoises la vision de son sexe rabougri, ce dont ces dernières se moquent au lieu de s’en offusquer... Scène navrante de vulgarité et de platitude !

JPEG - 100.3 ko
Antonis Koroneos, Le Comte Ory ; Silvia Vazquez, La Comtesse Adèle ; Monica Bacelli, Isolier
© GTG/Vincent Lepresle

Las, on ne sera pas plus à la fête avec l’exécution instrumentale et guère mieux avec la distribution vocale, du moins en ce qui concerne le rôle-titre.
Côté fosse, l’Orchestre de la Suisse Romande semble jouer Rossini pour la première fois et le chef italien Paolo Arrivabeni ne parvient jamais à restituer la couleur, le phrasé, la pulsation rythmique et la verve de cette partition unique.

Côté chanteurs, le ténor américain d’origine grecque, Antonis Koroneos, déçoit lourdement. Manquant totalement de la vis comica que requiert sa partie, il délivre un chant peu raffiné qui, de plus, trahit l’effort dès qu’il doit donner du volume. Sa prononciation de notre langue laisse par ailleurs à désirer et ses vocalises se révèlent franchement laborieuses.
L’Adèle de la soprano espagnole Silvia Vazquez procure plus de satisfaction, même si elle est sur scène aussi peu à l’aise - pour ne pas dire empotée - que son confrère. Mais son timbre cristallin, son indéniable abattage vocal, ses vocalises d’une agilité stupéfiante emportent les suffrages du public, notamment à la fin de son grand air du I, « En proie à la tristesse », aux portamenti maîtrisés et qu’elle conclut sur un son filé enchanteur. Pour son jeune âge, elle fait preuve d’une exactitude de style méritoire et d’une technique déjà très sûre.
Andrea Concetti, voix riche et sûre, constitue une bonne surprise dans le Gouverneur. Il franchit avec aplomb les écueils de sa tessiture et nous gratifie de graves magnifiquement sonores. Jean-François Lapointe s’impose facilement en Raimbaud grâce à sa faconde communicative, apportant de surcroît un soin exemplaire aux moindres détails du texte. Sans problèmes, Isabelle Henriquez et Bénédicte Tauran, respectivement Dame Ragonde et Alice.

JPEG - 84.5 ko
© GTG/Vincent Lepresle

Mais le principal attrait de cette distribution a été l’excellente prestation de Monica Bacelli en Isolier. Elle possède en effet les couleurs sombres et sensuelles du malicieux page, avec un physique qui se prête idéalement au travesti. De plus, elle fait preuve d’une maîtrise parfaite du langage rossinien et ravit par sa grande sensibilité musicale, sa justesse irréprochable et sa diction à l’avenant.

Les chœurs, comme à l’accoutumée au Grand-Théâtre, se montrent splendides de précision et de cohésion, toujours aussi remarquablement préparés par leur chef, Ching-Lien Wu. Ils sont, avec les comprimari, la plus grande source de satisfaction de la soirée.

Lecteurs, artistes, éditeurs, organisateurs de concerts, notre article vous a intéressé ?
Vous désirez lâ€â„¢insérer dans votre revue de presse ?

"Nous serons ravis de le voir mentionné sur votre site internet. Vous pouvez, sans autorisation préalable de notre part, en extraire de courtes citations, à la condition expresse quâ€â„¢un lien *fonctionnel* soit fait vers notre site.

En cas de citation sur un support papier, les noms de lâ€â„¢auteur et de notre site doivent être obligatoirement mentionnés.

Pour toute précision, nâ€â„¢hésitez pas à contacter notre rédaction : richard.letawe(at)classiqueinfo.com"

- Genève
- Grand-Théâtre
- 22 décembre 2011
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Le Comte Ory, Opéra comique en deux actes. Livret d’Eugène Scribe et Charles Delestre-Poirson.
- Mise en scène, Gian-Carlo del Monaco ; Décors et Costumes, Ezio Toffolutti ; Lumières, Vinicio Cheli.
- Antonis Koroneos, Le Comte Ory ; Silvia Vazquez, La Comtesse Adèle ; Monica Bacelli, Isolier ; Jean-François Lapointe, Raimbaud ; Andrea Concetti, Le Gouverneur ; Isabelle Henriquez, Dame Ragonde ; Bénédicte Tauran, Alice.
- Chœur du Grand-Théâtre de Genève ; Ching-Lien Wu, direction des chœurs
- Orchestre de la Suisse Romande
- Paolo Arrivabeni, direction.






Accueil | Contact | Plan du site | | icone statistiques visites | info visites 810897

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Opéra   ?

Site réalisé avec SPIP 3.0.16 + AHUNTSIC

Creative Commons License