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Le Comte Ory à New York

mardi 31 mai 2011 par Karine Boulanger
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© Marty Sohl/Metropolitan Opera

Désireux de remployer une partie de la musique écrite pour le Voyage à Reims à l’occasion du couronnement de Charles X en 1825, Rossini fit appel à Eugène Scribe et Charles Delestre-Poirson pour son nouvel opéra, s’inspirant directement d’un vaudeville à succès des deux auteurs. Un succès à sa création en août 1828, l’œuvre a pourtant progressivement sombré dans l’oubli, malgré quelques productions récentes et enregistrements [1].

La nouvelle production du Metropolitan Opera, confiée à Bartlett Sher, Michael Yeargan et Catherine Zuber, joue la carte de la fausse naïveté et de la reconstitution théâtrale. Le procédé n’est peut-être plus très original sur les scènes internationales, mais il faut reconnaître au spectacle un véritable charme, de la drôlerie sans vulgarité ni effets faciles. Le plateau donne à voir une scène du début du XIXe siècle, coulisses et machineries apparentes, aux décors de toiles peintes. Les costumes renvoient à l’esthétique troubadour, sans période ni style bien défini, mais avec goût.

La solide distribution repose sur un trio exceptionnel, constitué de Juan Diego Flórez, Diana Damrau et Joyce DiDonato. Le ténor argentin trouve dans le comte libertin un rôle à sa mesure, lui permettant de déployer une technique impeccable, des aigus rayonnants et une belle diction. On regrettera seulement une tendance à couper les phrases musicales pour négocier un aigu forte (« La paix du ciel, mes frères », « Une dame de haut parage » duo avec Isolier, acte I). L’interprète s’avère aussi très convaincant dans un rôle comique de roué mystifié par son page et la belle comtesse Adèle. Le duo entre la comtesse et Ory déguisé en nonne est irrésistible de drôlerie (« Ah ! Quel respect, Madame, pour vos vertus m’enflamme », acte II), les deux chanteurs s’en donnant à cœur joie. Juan Diego Flórez démontre aussi, lors de l’entrée du comte dans la chambre de la comtesse une belle musicalité avec une introduction sobre et remarquablement chantée (« A la faveur de cette nuit obscure », acte II).

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© Marty Sohl/Metropolitan Opera

Le ténor retrouvait sur scène Joyce DiDonato dans une œuvre de Rossini dont tous deux sont des défenseurs aguerris. La complicité entre les deux artistes est évidente dès le duo du premier acte (« Une dame de haut parage », acte I), chacun rivalisant de prouesses vocales sans jamais faire d’ombre à son partenaire. La mezzo américaine est comme d’habitude admirable avec un chant châtié, une diction irréprochable et une fougue qui font merveille dans le rôle du page amoureux et emportent la sympathie des spectateurs. Le trio du deuxième acte, avec Ory, la comtesse et Isolier est brillamment exécuté, soutenu par le comique de la direction d’acteurs.

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© Marty Sohl/Metropolitan Opera

Diana Damrau a déjà maintes fois démonté ses aptitudes dans le registre comique (Zerbinette dans Ariane à Naxos, la Femme silencieuse) et profite du rôle faussement candide de la belle Adèle pour camper une jeune femme un brin légère et rouée, avec humour et naturel. Il n’est plus nécessaire de présenter les qualités vocales de la chanteuses au timbre argentin mais sans aigreur et aux vocalises impeccables (« En proie à la tristesse », acte I). Le duo d’entrée de l’acte II entre Adèle et Ragonde (Susanne Resmark, « Dans ce séjour calme et tranquille ») est particulièrement réussi, la voix de la soprano se mariant bien au timbre de la mezzo.

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© Marty Sohl/Metropolitan Opera

Le reste de la distribution comporte un Michele Pertusi à l’autorité intacte dans le rôle du précepteur, au chant toujours souverain (« Veiller sans cesse, craindre toujours », acte I). Stephane Degout (Raimbaud) en revanche, semble en méforme, avec une diction incompréhensible (un défaut partagé avec Suzanne Resmark au premier acte, d’ailleurs) mais il peut se rattraper avec son air du second acte (« Dans ce lieu solitaire, propice au doux mystère »), reposant sur la vélocité du débit et la précision de l’articulation. Les chœurs et petits rôles sont très bien tenus.

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© Marty Sohl/Metropolitan Opera

L’orchestre est confié à Maurizio Benini, accoutumé à ce répertoire, et qui veilla à toujours soutenir les chanteurs. Malgré une ouverture un peu tonitruante, le reste de la représentation est dirigé avec délicatesse et une mise en place impeccable des grands ensembles (finale de l’acte I, par exemple).

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- New York
- Metropolitan Opera
- 21 avril 2011
- Gioacchino Rossini (1792-1868), Le Comty Ory, opéra en deux actes, livret d’Eugène Scribe et Charles-Gaspard Delestre-Poirson
- Mise en scène, Bartlett Sher ; décors, Michael Yeargan ; costumes, Catherine Zuber ; lumières, Brian MacDevitt
- Raimbaud, Stéphane Degout ; Alice, Monica Yunus ; Ragonde, Susanne Resmark ; le Comte Ory, Juan Diego Flórez ; le précepteur, Michele Pertusi ; Isolier, Joyce DiDonato ; la Comtesse Adèle, Diana Damrau ; courtisans, Tony Stevenson, Tyler Simpson ; le souffleur, Rob Besserer
- The Metropolitan Opera Chorus. Chef des chœurs, Donald Palumbo
- The Metropolitan Opera Orchestra
- Maurizio Benini, direction

[1le dernier en date, capté par Deutsche Grammophon, issu de représentations au festival de Pesaro en 2003, avec J. D. Flórez, M.-A. Todorovitch et S. Bonfadelli placés sous la direction de J. López-Cobos






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