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Le Bolchoï à Paris

vendredi 15 mai 2009 par Karine Boulanger
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Alexander Vedernikov
DR

Le programme choisi par l’Orchestre du Théâtre Bolchoï pour sa venue à Paris le temps d’un concert visait à illustrer l’excellence de la formation dans le répertoire qui est le sien, à la fois sur le versant du lyrique et sur celui du ballet, et on sait à quel point ce dernier est primordial pour le théâtre moscovite.

Plutôt que de choisir les suites tirées du ballet Casse-noisettes, Alexander Vedernikov a présenté le premier acte dans son intégralité et sa continuité, de façon à montrer la logique du ballet, très narratif dans sa première partie, alors que la seconde, si elle ne manque pas d’éléments très populaires, est avant tout conçue comme une suite de numéros.

L’exécution se montre pourtant assez monotone, et ce en raison avant tout du manque de nuance, de variété dans la dynamique, imprimé par le chef à son orchestre. De l’ouverture à la tempête de neige, tout est pris dans un tempo relativement allant, mezzo forte, les cordes se voyant refuser tout lyrisme (ouverture), avant le début de la bataille. Certaines parties manquent de netteté et semblent déstructurées (« variation turque », n°4, au début flou et curieusement peu rythmé). Cet acte si vivant se déroule sans surprises, sans la légèreté ni l’ironie (Grossvater, n° 5) qui le caractérisent, passant à côté des éléments inquiétants (ouverture des cadeaux, n°4) et burlesques (galopades et disputes des enfants). L’ensemble culmine sur une bataille pour laquelle Vedernikov déchaîne un véritable cataclysme, noyant les cordes et engloutissant les appels des bois. La tempête de neige manque de furie, simple spectacle de lourds flocons contemplés bien douillettement derrière la fenêtre à l’abri du froid et du vent, et non l’irrésistible tourbillon qui manque de faire périr l’héroïne et son casse noisette. Ajoutons un dosage des pupitres privilégiant souvent les cuivres qui renforce la lourdeur de certains passages (n°6, songe de Clara).

La seconde partie est plus réussie, le chef semblant plus à son aise dans l’opéra. L’ouverture de Rousslan et Loudmila, pièce de concert par excellence, est prise à toute vitesse, enlevée par des cordes virtuoses, littéralement cravachée par le chef qui en exalte le côté épique, laissant cependant chanter les violoncelles dans les passages plus calmes. Le ballet de l’acte III, plus sage et d’esprit très « classique » vigoureusement scandé, contraste avec la polonaise de l’acte III d’Eugène Onéguine, robustement menée, n’évitant pas l’emphase et une certaine pompe qui peut s’harmoniser avec la réception si courue du prince Grémine.

La fin de l’acte III d’Eugène Onéguine montre le chef d’orchestre attentif aux chanteurs, les ménageant sans jamais laisser l’orchestre les couvrir. Vasily Ladyuk et Ekaterina Shcherbachenko, respectivement Tatiana et Onéguine, retrouvent des rôles dans lesquels ils s’étaient déjà faits remarquer du public parisien, lors des représentations de l’opéra de Tchaïkovski données dans la mise en scène de Tcherniakov qui ouvrit la saison de l’Opéra de Paris. Ekaterina Shcherbachenko possède la jeunesse, la grâce et les émotions à fleur de peau de l’héroïne de Pouchkine, laissant paraître sur son visage expressif les sentiments contradictoires de Tatiana lors du court prélude orchestral annonçant la scène finale. La voix est plutôt légère, d’essence lyrique, avec un beau métal et des aigus parfois marqués d’un vibrato serré. Vasily Ladyuk, à la voix solide, est un Onéguine dont les émotions semblent plus extérieures, plus « démonstratives », comme si l’amoureux éperdu était un nouveau rôle pour ce fat passé à côté de l’existence en prétendant être détaché de tout. Piotr Migunov, Grémine et Rousslan, est sans conteste un chanteur à surveiller : le timbre est de toute beauté, la voix homogène sur toute la tessiture avec des aigus qui semblent aisés. L’instrument au timbre particulièrement riche demande un certain lyrisme, un tempo assez retenu pour se déployer complètement, la virtuosité de Rousslan pouvant parfois prendre l’interprète en défaut.

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- Paris
- Salle Pleyel
- 12 mai 2009
- Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-193), Casse-Noisette, Acte I ; Eugène Onéguine, Polonaise (acte III), Air du prince Grémine (acte III, scène 1), Scène finale (acte III, scène 2)
- Mikhaïl Ivanovitch Glinka (1804-1857), Rousslan et Loudmila, Ouverture, Récitatif et air de Rousslan (acte II, scène 8), Cavatine de Gorislava (acte III, scène 13), Danses (acte III)
- Ekaterina Shcherbachenko, soprano
- Vasily Ladyuk, baryton
- Piotr Migunov, basse
- Orchestre du Théâtre Bolchoï
- Alexander Vedernikov, direction






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