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Le Barbier des familles

mardi 22 mai 2012 par Richard Letawe
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Philippe Georges, Bartolo ; Pierre-Yves Pruvot, Figaro
© Danielle Pierre

Dernière représentation de la saison de l’Atelier Lyrique de Tourcoing ce soir avec le Barbier de Séville de Rossini dans une reprise d’une production qui avait été créée en 2005. Cette année-là, l’Atelier Lyrique avait proposé une intéressante confrontation entre les deux œuvres homonymes, de Paisiello puis de Rossini, qui avaient été confiées à la même équipe scénographique et en partie au même plateau vocal.

Sept ans plus tard, on retrouve encore ce soir quatre des chanteurs qui avaient enthousiasmé le public lillois [1], Hjördis Thébault, Renaud Delaigue, Pierre-Yves Pruvot, trois chanteurs qui sont depuis le début de leurs carrières respectives des invités privilégiés du théâtre tourquennois, ainsi que Philippe Georges en Don Bartolo.

La soirée est cependant un peu moins réussie que dans nos souvenirs, la faute essentiellement à une direction assez poussive de Jean-Claude Malgoire. L’ouverture déjà pose certaines questions : menée à des tempi fort lents mais bien contrastés, elle ressemble alors plutôt à un morceau de concert qu’au prélude d’un pétillant opéra bouffe. Cela n’aurait été rien si le chef avait trouvé par la suite le bon rythme, mais au contraire, l’orchestre a été le plus souvent dirigé à un train de sénateur, étirant les airs, essoufflant l’action et surtout les chanteurs qui auraient sûrement préféré un débit moins empesé. La Grande Ecurie était pourtant ce soir, à la quatrième représentation de la série, en bonne forme, avec des vents assez savoureux et surtout des cordes soyeuses et précises, mains il faut reconnaître qu’on va rarement écouter le Barbier de Séville pour son orchestre plutôt que pour les prouesses de ses chanteurs.

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Renaud Delaigue, Basilio ; Philippe Georges, Bartolo
© Danielle Pierre

Classique, la mise en scène, légèrement remaniée par Arnaud Décarsin, exploite un ingénieux décor, un mur amovible en tissu, qui éclairé sous un certain angle devient translucide et laisse apparaître la structure d’une grande cage métallique figurant ainsi le logis de Don Bartolo. Pratique et lumineux, ce décor permet à l’action de se dérouler sans heurts et avec un minimum d’accessoires tout en restant extrêmement aisée à saisir. Ceci dit, cette mise en scène bien rodée est parfois un peu morne au premier acte, qui manque de fantaisie et apparait assez fastidieux. Au deuxième acte, avec des acteurs qui libèrent leur énergie scénique, le spectacle est plus rythmé et finalement assez plaisant à suivre.

Point fort des débuts de cette production, Pierre-Yves Pruvot est resté un Figaro d’excellent niveau, à la voix puissante et à la justesse assurée, qui connaît le rôle comme sa poche, mais qui aurait besoin d’un chef qui lui donne un peu plus d’entrain, car mené à un train de sénateur dans la fosse, son air d’entrée est plutôt soporifique. L’émission est légèrement engorgée au début, mais la voix se libère ensuite, et chant et jeu de scène se conjuguent pour donner toute la verve requise au personnage.

Hjördis Thébault a également gardé toutes ses qualités : timbre nacré, égalité des registres et agilité des vocalises font une Rosina généreuse, au caractère piquant mais aux manières distinguées. Renaud Delaigue, un peu moins frais qu’à l’habitude, offre pourtant une incarnation habile de Basilio, sournois et patibulaire à souhait. Philippe Georges est un peu décevant en Bartolo dont il possède certes le tempérament scénique, mais qu’il chante de façon assez confidentielle.

Enfin, par rapport à la création de la production, la distribution a gagné une Berta [2], mais a perdu un Almaviva. Fausto Reinhart est un excellent comédien, qui déguisé en maître de musique offre certainement la prestation scénique la plus drôle de la soirée, mais un chanteur encore perfectible, au timbre ravissant mais à la justesse plus que précaire dès que la tessiture monte un tant soit peu ; alors que Yumiko Tanimura est une chanteuse racée, aux aigus brillants et à la technique solide.

Un Barbier de Séville de bon niveau donc, donné devant une belle assistance, mais qui aurait requis un peu plus d’énergie pour s’imposer dans les mémoires.

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- Tourcoing
- Théâtre municipal Raymond Devos
- 15 mai 2012
- Gioachino Rossini (1792-1868), Il Barbiere di Siviglia. Opera buffa en deux actes, livret de Cesare Sterbini
- Mise en scène, Christian Schiaretti, Arnaud Décarsin ; Scénographie, Renaud de Fontainieu ; Costumes, Annika Nilsson ; Lumières, Julia Grand
- Fausto Reinhart, Almaviva ; Philippe Georges, Bartolo ; Pierre-Yves Pruvot, Figaro ; Hjördis Thébault, Rosina ; Yumiko Tanimura, Berta ; Renaud Delaigue, Basilio ; David Witczak, Fiorello ; Cyril Romoli, Ambrogio
- Chœur de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
- La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- Jean-Claude Malgoire, direction

[1] l’ALT était alors l’invité de l’Opéra de Lille

[2] la précédente était atroce











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