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Le Bach décharné de Philip Pickett

lundi 31 mars 2008 par Bertrand Balmitgère
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Julia Gooding
© Robert Workman

« Il faut dégraisser le mammouth ! », tel est le célèbre slogan, qu’aurait pu utiliser Philip Pickett en guise de présentation de son concert de Pâques à Strasbourg.

Car le moins que l’on puisse dire, c’est que le chef anglais est l’un des fidèles adeptes de cette manière de diriger Bach. En effet, Pickett à l’image des précurseurs du genre que sont Josuah Rifkin ou Paul Mc Creesh, fit le choix de nous présenter l’Oratorio de Pâques ainsi que la cantate BWV 66, avec un chœur comprenant seulement un soliste par partie. L’orchestre était lui aussi réduit au strict minimum, avec pensez donc, un seul violoncelle pour assurer le continuo ! Ceci n’étant qu’un exemple des plus emblématiques des choix artistiques du chef.

Cette vision allégée de Bach a ses vertus. Mc Creesh en a fait l’éloquente démonstration au disque. Mais en concert, surtout dans une aussi grande salle que celle du Palais de la musique et des congrès de Strasbourg, rarement les œuvres présentées nous aurons paru aussi faméliques. Tout ceci étant criant dès le chœur d’ouverture de la cantate. La musique manquait cruellement de chair, de vie, un comble pour de telles œuvres !
Bach ne doit-il pas être le reflet d’une exaltation, tel un acte de foi ? Si c’est le cas comme nous le pensons, Pickett s’est mis d’entrée hors jeu. Sa direction était comme sans saveur, fade et figée. Qu’ils nous semblaient loin les Jacobs, Hengelbrock, Herreweghe et autres Gardiner ! On ne criera pas à l’immense surprise, car Pickett n’est pas connu pour être un grand spécialiste de Bach (si ce n’est d’honorables concertos brandebourgeois pour Decca), et est bien plus à son aise dans le répertoire médiéval par exemple (on peut citer les Carmina Burana, chez l’Oiseau Lyre).

Du point de vue orchestral, malheureusement pour nous, le New London Consort est fidèle à son chef, au point de le suivre dans ses errances. Ce fut un festival de « pains » de la part des trompettes, à croire qu’il est impossible d’en jouer correctement en direct. Les couleurs de l’orchestre se révélèrent d’une teinte obscure voire blafarde. Où était donc passé la lumière de la résurrection...pouvait-on se demander à la fin de l’Oratorio de Pâques ?

Tout ceci relançant la question du choix de la salle. Une église n’aurait elle pas était plus indiquée ? Car dans une telle acoustique et avec un si petit effectif, nous en venons à plaindre a posteriori les auditeurs qui se trouvaient au fond du PMC.

Rarement un concert aussi court pourtant dans le temps (environ une heure et dix minutes) nous aura semblé aussi long, interminable même. C’est vraiment dommage car au milieu de cet océan d’approximation une artiste d’exception sauva le concert du naufrage total : Julia Gooding. Quelle voix ! Un miracle même, si l’on compare sa performance à celle de ses partenaires d’un soir, que nous ne citerons même pas, pour ne pas leur infliger la honte.
Gooding semblait comme un poisson dans l’eau avec ce parti pris d’un soliste par partie. Il faut dire qu’elle participa aux enregistrements de Mc Creesh chez Archiv. En tout état de cause, devant tant de charisme, une vraie dimension dramatique et une voix aussi cristalline, on comprit vite qui était la spécialiste de Bach sur scène, il n’y en avait qu’une, c’était elle, les autres, Pickett compris étant renvoyés à leurs études.

Un petit mot encore, à propos de la désastreuse mise en scène voulut par Pickett voulant que chaque soliste descende depuis le fond de la salle de concert, pour rejoindre la scène, au fil des interventions de chacun. Ajouter à cela que Pickett avait demandé à ses chanteurs de mimer certaines scènes de l’Oratorio de Pâques. C’est dans de tels instants que l’on se félicite du fait que le ridicule ne tue pas.

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- Strasbourg
- Palais de la Musique et des Congrès
- 17 mars 2008
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), Cantate BWV 66 « Erfreut euch, ihr Herzen » (Que les coeurs se réjouissent), Oratorio de Pâques BWV 249
- Julia Gooding Soprano ; Faye Newton Soprano ; Catherine King mezzo-soprano ; Christopher Robson Contre tenor ; Andrew King Ténor ; Joseph Cornwell Ténor ; Benjamin Bevan Baryton-basse ; Michael George Baryton-basse
- New London Consort
- Philip Pickett, direction






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