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Laurent Naouri aux Journées romantiques, une savoureuse incongruité

mardi 15 septembre 2009 par Carlos Tinoco
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Laurent Naouri
DR

L’ouverture de la sixième édition des Journées romantiques proposait un concert de l’invité d’honneur 2009 : Laurent Naouri. Commençons par saluer l’initiative d’un festival plein de fraîcheur, qui offre dans un cadre inhabituel (une péniche amarrée sur les bords du bassin de la Villette) des concerts de qualité. Remercions aussi Laurent Naouri qui s’est prêté au jeu avec une bonne humeur évidente, allant, intitulé du festival oblige, jusqu’à entamer son récital par du Schubert. Contre emploi s’il en est : Naouri est un roc, infiniment plus proche de Gargantua que de Werther. Mais dans un cadre comme celui-là, et avec autant d’enthousiasme, on pardonne beaucoup. D’autant que la suite du programme, à des années lumières de tout romantisme, lui convenait nettement plus.

Evidemment, si Laurent Naouri, qui excelle à camper des personnages effrayants à l’opéra (que l’effroi soit dans le registre comique ou tragique), annonçait un récital tout Schubert au TCE, on serait en droit de s’interroger. Mais s’il a envie de tenter l’aventure avec quelques mélomanes réunis dans un cadre charmant pour communier de manière plus décontractée et plus intime avec la musique, pourquoi lui en faire le reproche ? On pourrait bien sûr relever que les aigus sont pour le moins fragiles (même si, habilement, Naouri les susurre comme s’il s’agissait d’un choix d’interprétation), ou que le frémissement mélancolique attendu dans Schubert est totalement absent. Mais on n’avait pas besoin de ce concert pour se douter qu’il n’est pas l’héritier de Hans Hotter ou, en plus français, de Gérard Souzay. Son registre est ailleurs, on le savait, et on a goûté à sa juste valeur cette incartade audacieuse, d’autant qu’il s’y est prêté avec sincérité.

Bien sûr, les Histoires Naturelles de Ravel et leur comique pince-sans-rire étaient beaucoup plus dans ses cordes et il y a retrouvé toute sa truculence. En outre, cette manière d’être cabotin sans roublardise, par envie de partager le rire, fait merveille dans un tel répertoire et permet d’oublier que cette voix puissante n’a pas toujours la finesse requise. La seule ombre au tableau est l’absence totale d’humour du piano de Maciej Pikulski, par ailleurs codirecteur artistique du festival. Ce fut un accompagnateur paradoxal durant tout le concert. Cet habitué du genre (il est le pianiste exclusif de José Van Dam) écoute certes son partenaire et le suit avec une grande subtilité. Mais dès que le piano doit prendre en charge le caractère du discours (la poésie désespérée chez Schubert ou la cocasserie chez Ravel), on est déçu. Il ne s’y passe pas grand-chose et cela freine le chanteur dans son élan.

Enfin les Poulenc, précédés par un rappel du contexte effroyable dans lequel furent composés les poèmes d’Apollinaire, ont permis de retrouver une autre facette de Laurent Naouri, celle qui lui a permis notamment d’être un très beau Golaud : la dimension tragique. Malheureusement, la faiblesse de l’acoustique et la complexité des vers d’Apollinaire n’en rendaient pas la compréhension facile, malgré une diction excellente.

En rappel un retour à Ravel (Don quichotte à Dulcinée) a conclu un concert très sympathique qui aura confirmé que la musique dite classique se porte fort bien d’être ainsi déboutonnée.

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- Paris
- Péniche Anako
- 08 septembre 2009
- Franz Schubert (1797-1828), Auf dem Strom, D 943 et Einsamkeit, D 620
- Maurice Ravel (1875-1937), Histoires Naturelles
- Francis Poulenc (1899-1963), Calligrammes
- Laurent Naouri, baryton
- Maciej Pikulski, piano











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