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Lauréate baroque au Festival Juventus

jeudi 9 juillet 2009 par Richard Letawe
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Le Festival Juventus présentait ce soir la troisième lauréate de son édition 2009, la nonantième depuis le lancement du festival en 1991, la violoniste baroque Marie Rouquié, française de 25 ans, qui a étudié essentiellement aux conservatoires de Lyon et de La Haye, auprès d’Odile Edouard et d’Enrico Gatti.

A-t-elle été prise de trac pour son premier concert à Cambrai, était-elle en méforme ce soir ? Toujours est-il que la première partie du programme fut un ratage à peu près complet, et un moment particulièrement fastidieux pour l’auditeur. Deux sonates de Tartini et de Nardini pour commencer, toutes deux jouées avec une timidité, un manque de conviction et une instabilité technique absolument rédhibitoires. Les phrasés sont courts et sans ambition, les notes sont égrenées sans nuances, aucune possibilité expressive de la musique n’est explorée, et quand un mouvement est attaqué avec un peu plus de fermeté, comme le premier allegro de la sonate de Nardini, c’est pour retomber après quelques mesures dans l’apathie surarticulée.

La sonate de Bach est marginalement meilleure : la violoniste commence enfin à donner l’impression de vouloir faire chanter son instrument, mais le résultat sonne encore très étriqué et pas très juste. Assez raide et monotone, le clavecin de Benjamin Alard participe plutôt de la grisaille ambiante, ce n’est pas chez lui qu’il faudra espérer trouver le salut.

Le duo est rejoint pour la deuxième partie par la flûtiste Alexandra Grot et trois membres du Quatuor Zaïde pour interpréter le Concerto brandebourgeois n°5. Marie Rouquié semble bien plus à l’aise en leader qu’en soliste, elle communique de l’entrain à ses partenaires, et mène un dialogue subtil et équilibré avec la flûtiste. Rassemblant des instruments anciens et modernes, l’ensemble est équilibré et sonne bien, sans disparité stylistique.

Après avoir reçu des mains de Benjamin Alard la sculpture en verre et le diplôme qui matérialisent son entrée dans la famille des lauréats Juventus, Marie Rouquié se lance dans son bis, la passacaille finale des Sonates du Rosaire de Biber, pour laquelle elle demande par avance pardon de la longueur. Pourtant, s’il y avait quelque chose à retenir de ce concert, ce fut bien ce bis, qui racheta en bonne partie l’impression plus que mitigée qu’avait laissée la première partie. Libérée, ne jetant plus de regards désespérés au public, concentrée sur sa tâche, Marie Rouquié a montré pourquoi elle jouait, et quelle était sa vision de l’œuvre. Elle a mis de l’intensité dans ses phrasés, fait sonner et vibrer son instrument généreusement, sans crainte de déranger, et donné de l’ampleur, de la nuance, et de la dynamique à sa sonorité. Malgré quelques raideurs de phrasés, et l’une ou l’autre hésitation d’archet, elle a enfin conquis l’auditoire. C’est frustrant, car le reste du programme a dès lors fait figure de « coup pour rien », mais c’est rassurant pour cette jeune violoniste qui nous a montré, à la vingt-cinquième heure l’étendue très réelle de ses qualités musicales.

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- Cambrai
- Théâtre municipal
- 07 juillet 2009
- Giuseppe Tartini (1692-1770), Sonate pour violon et clavecin en la mineur
- Pietro Nardini (1722-1793), Sonate pour violon et basse continue en sol mineur
- Johann Sebastian Bach (1685-1750), sonate pour clavecin et violon en Mi majeur BWV 1016 ; Concerto brandebourgeois n°5 en Ré majeur BWV 1050
- Alexandra Grot, flûte ; Charlotte Juillard, violon ; Sarah Chenaf, alto ; Héloïse Luzzati, violoncelle (Concerto brandebourgeois)
- Marie Rouquié, violon
- Benjamin Alard, clavecin











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